CONVENTIONS ET ACCORDS INTERNATIONAUX - LOIS, ORDONNANCES ET DECRETS, ARRETES, DECISIONS, CIRCULAIRES, AVIS, COMMUNICATIONS ET ANNONCES (TRADUCTION FRANÇAISE) SOMMAIRE CHARTE NATIONALE
SOMMAIRE PROCES-VERBAL de proclamation des résultats du référendum sur la charte nationale, p. 712 LOIS ET ORDONNANCES ORDONNANCE no 76-57 du 5 juillet 1976 portant publication de la charte nationale, p. 714
REPUBLIQUE ALGERIENNE DEMOCRATIQUE ET POPULAIRE CHARTE NATIONALE
712 JOURNAL OFFICIEL DE LA PROCES- REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976 VERBAL de proclamation des résultats du Référendum sur la Charte Nationale L’an mil neuf cent soixante seize et le vingt neuf du mois de juin à 20 heures, la Commission électorale nationale s’est réunie au siege de la Cour suprême, en présence de : Mr Benbahmed Mostefa, Président et de MM. Bekkouche Yahia Aouissi Mecheri Fardeheb Boumediène Teguia Mohamed Tidjani Abdelkader Lomrt Thameur, Membres désignés. La commission a procédé au recensement des votes tels qu’ils sont contenus dans les procès-verbaux de centralisation des résultats au niveau des wilayas et des ambassades ou consulats algériens. Les plis scellés contenant les procès-verbaux de centralisation des résultats du Référendum avec leurs annexes ont été déposés, en vue de la prociamatton des résultats au bureau. Il a été procédé ensuite à leur recensement. Les résultats de cette opération ont été consignés au tableau ci-après La Commission a ensuite étudié les observations et reciamations contenues dans les procès-verbaux de centralisation des cultats établis par les commissions électorales de la wilaya, de l’ambassade ou du consulat. La commission électorale nationale a ensuite proclamé les, résultats du Référendum sur la Charte Nationale Nombre d’électeurs inscrits 7.940.978 Nombre de votants 7.290.671 Nombre de suffrages exprimés 7.248.603 Etat descriptif des résultats du référendum sur la charte nationale : WILAYAS OUI NON Adrar 55.547 voix 4.187 voix El Asnam 344.442 voix 4.140 voix Laghouat 123.148 voix 4.698 voix
Oum El Bouaghi 176,469 voix 219 voix Batna 256.581 voix 518 voix Béjaïa 199.172 voix 6.377 voix Riskra 219.556 voix 820 voix Béchar 81.858 voix 830 voix Blida 328.610 voix 9.262 voix Bouïra 155.745 voix 1.327 voix Tamanrasset 16.063 voix 430 voix Tébessa 168.818 voix 41 voix Tlemcen 227.862 voix 5.547 voix Tiaret 248.258 voix 1.667 voix Tizi Ouzou 390.773 voix 1.134 voix Alger 508.916 voix 37.870 voix WILAYAS OUI NON Djelfa.. 150.538 νοix 293 voix Jijel 222,209 voix 2.030 voix Sétif 416.101 voix 2.173 voix Saïda 161.615 voix 1.896 voix Skikda 179.361 voix 3.285 voix
Sidi Bel Abbès 252.592 voix 2.405 voix Annaba 187.735 voix 900 voix Guelma 250.615 voix 1.302 voix Constantine 273.368 voix 1.089 voix Médéa 189.507 voix 3.138 voix Mostaganem 296.810 voix 953 voix M’Sila. 186.242 voix 284 voix Mascara 176.348 voix 1.517 voix Ouargla ………. 80.675 voix 2.284 voix Oran 364.561 voix 1.113 voix QUI NON Pour l’ensemble du territoire national, les résultats obtenus sont : AMBASSADES OUI NON Ambassades d’Algérie à : Congo Brazzaville 9 voix 0 voix Ghana 19 voix 1 voix Arabie Séoudite 409 voix 5 voix ….. Syrie 228 voix 8 voix 6.840.095 voix 103.729 voix CONSULATS OUI NON Consulats algériens de: Indonésie 8 voix 0 voix Iran 18 voix 1 voix Suède 252 voix 4 voix Belgique ….: 1.873 voix 202 voix
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA AMBASSADES QUI NON Ambassades d’Algerie à: Egypte 115 voix 5 voix Lybie 307 voix 22 voix Tunisie 3.651 νοιχ 72 volx Yemen du Nord 11 voix 0 volx Irak 52 voix 2 voix Jordanie 15 voix 0 voix Koweit 22 voix 1 voix Côte d’Ivoire 23 voix 0 voix …….. Soudan 7 voix 0 voix Mali 10 voix 0 voix Guinée 17 voix 0 voix Zaïre 9 voix 0 volx …… Japon 17 voix 2 voix Pakistan 5 voix 0 voix Chine 15 voix 2 voix Corée 3 VOLX 0 volx REPUBLIQUE ALGERIENNE 713 CONSULATS QUI NON Consulats algériens de : Bulgarie 76 voix 25 voix R.F.A. 1.056 voix 47 voix Angleterre 417 voix 20 voix … Italie 159 voix 7 voix Espagne 49 voix 2 voix R.D.A. 2.333 voix 89 voix Tchecoslovaquie 129 voix 0 voix …. Yougoslavie 43 voix 0 voix Pologne 224 voix 2 voix U.R.S.S. 611 voix 8 voix Suisse 611 voix 8 voix U.S.A. 150 voix 6 voix Canada 51 voix 9 voix Mexique 13 voix 0 voix Argentine 10 voix 0 voix … Cuba 19 voix 0 voix • France …. 276.894 voix 14.219 voix OUI NON Pour l’ensemble des suffrages exprimés à l’étranger, les résultats sont : 289.938 voix 14.779 voix Pour l’ensemble des suffrages (en territoire national et al’étranger), les résultats du référendum sont : OUI 7.130.033 voix NON 118.508 voix OBSERVATIONS Néant Le présent procès-verbal a été établi en dix exemplaires, dont adresses respectivement a MM te ministre de l’interieur (cinq (quatre exemplaires). Fait et clo à Alger, le 29 juin 1976. Le président de la commission électorate nationale, (Nom + Signature) BENBAHMED Mostefa l’un sera conservé au siège de la cour suprême et les autres exemplaires, et le ministre de la justice, garde des sceaux Les membres de la commission électorale nationale, (Noms et Signatures)
- M. BEKKOUCHE Yahia M. ACUISSI Mechert
- VI. FARDENEB Boumediène 4 M. TEGUIA Mohamed 6 M. TIDJANI Abdelkader M. LOMRI Thameur
714 JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976 LOIS ET ORDONNANCES Ordonnance n° 76-57 du 5 juillet 1976 portant publication de la charte nationale. AU NOM DU PEUPLE, Le Conseil de la Révolution, Vu la Proclamation dụ 19 juin 1965, Vu les ordonnances nºs 65-182 du 10 juillet 1965 et 70-53 du 18 djoumada I 1990 correspondant au 21 juillet 1970 portant constitution du Gouvernement; Vu le discours présidentiel du 19 juin 1975; Vu l’ordonnance n° 75-69 du ler novembre 1975 portant création d’une commission supérieure de la charte nationale: Vu l’ordonnance n° 76-51 du 3 juin 1976 portant convocation du corps électoral et organisant le référendum sur la charte nationale; Vu l’adoption du projet de charte par la conférence nationale dų 19 juin 1976; Vu la proclamation officielle des résultats définitifs du référendum du 27 juin 1976 consacrant l’approbation de la Charte Nationale par le peuple, sur proposition du Front de Libération Nationale; Ordonnę : Article 10г. La Charte Nationale, source suprême de la politique de la Nation et des lois de l’Etat et dont le texte suit, prend effet à dater de sa publication. Art. 2. - La présente ordonnance sera publiée au Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire, Fait à Alger, le 5 juillet 1976 Le Président du Conseil de la Révolution, Houari BOUMEDIENE CHARTE NATIONALE INTRODUCTION Bien des événements séparent l’Algérie d’aujourd’hui de celle de juillet 1962. Mais ce qui distingue véritablement les deux époques, ce sont, avant tout, les progrès évidents, les accomplissements d’envergure qui ont vu le jour pendant ce lans de temps. Car, ce qui est important au regard de l’histoire, c’est ce qui est appelé, suivant les termes de la Proclamation du 19 juin, à «survivre aux événements et aux hommes ». Les transformations fondamentales que l’Algérie & connues pendant la decennie écoulée, entrent bien dans un tel cadre et acquièrent, de ce fait, une réelle portée historique. Le moment est précisément venų de reprendre tous ces acquis, arrachés au prix de mille épreuves, d’en approfondir la logique interne, de les assimiler dans leur signification globale et d’en faire le tremplin d’une entreprise plus vaste. Le présente Charte Nationale se propose, à cet égard, d’exprimer une expérience et de formuler une stratégie. Entre celle-ci et celle-là, le lien est évident. Les principes qui guident notre action ne sont pas intemporels; ils résultent de la pratique de tout un peuple résolument engagé dans la construction de son avenir. C’est ce qui fait leur force et leur confère, tout à la fois, la rigueur et l’audace qui sont la marque de notre Révolution. C’est dire à quel niveau d’exigence accrue se situe la présente charte. Une nation qui a réussi Pune des plus prodigieuses remontées de l’histoire contemporaine, se doit constamment d’adapter et d’enrichir sa plate-forme de combat pour mieux assurer la continuité révolutionnaire. Pours’uvant la tâche de clarification politique et de progrès idéologique qui se développe depuis plus de vingt ans Appel du ler novembre 1954, Plate-forme de la Soummam de 1956, Programme de Tripoli de 1962, Charte d’Alger de 1964, Proclamation du 19 juin 1965, - la Charte nationale constituera, sans aucun doute, une contribution nouvelle à l’œuvre d’émancipation totale du peuple algérien dont elle exprime, tout à la fois, les aspirations profondes et la volonté la plus résolue. Les pays du Tiers-Monde connaissent une dynamique nouvelle née d’un besoin irrépressible de ehangement et d’ouverture. Ils se trouvent, aujourd’hui, à un tournant important de leur histoire, et la communauté internationale tout entière n’échappe pas aux répercussions de l’événement. Les aspirations des peuples du Tiers-monde et leurs épreuves toujours recommencées sont les nôtres. La volonté de changement qui nous est commune et qui est déjà l’objet de tant de sacrifices, doit se faire en harmonie avec les réalités vécues, les valeurs efficaces inhérentes à un leng passé de luttes libératrices et les impératifs d’une sppiété moderne et démocratique basée sur la justice sociale et le progrès économique. Cette société sera, en particulier, appelée à prémunir les siens contre les aléas d’un développement difficile, le retour des féodalités exploiteuses, et tous les périls internes et externes que les séquelles coloniales et les systèmes de mainmise étrangère tentent de perpétuer. Cependant, l’objet commun de libération et de changement que se propose d’atteindre le Tiers-monde ne nous dispense pas de percevoir des clivages dans le processus historique de transformation, et d’effectuer, en conséquence, une analyse adequate pour chacun de nos pays, mir de conjurer les maux dont il souffre et de hâter l’avènement d’une solidarité effective. Concernant le cas précis de l’Algérie, il est nécessaire, dans la perspective du renouvellement de notre champ de vision, d’esquisser les grandes lignes d’une trajectoire à travers laquelle le peuple algérien peut se definir, expliciter les raisons d’être de son destin actuel et préciser les voies et les moyens pour transcender le présent vers ur. avenir meilleur. Cette approche établira ze lien étroit entre la résistance séculaire contre le polonialisme, le combat arme pour l’indépendance, et l’option socialiste actuelle qui en découle tout naturellement. Le visage de tout un pays apparaîtra, ainsi, nettement, rendant plus perceptible cette marche en avant. Une vue neuve des choses, une détermination plus grande tout cela exige de nous un vilan, une mise au point où les principes qui sont à la base de notre entreprise historique apparaîtront encore avec plus. de clarté, de vigueur et de fermeté. Le caractère populaire du mouvement qui a toujours porté l’Algérie à couvrir les étapes de son histoire, constitue la hase méme en dehors de laquelle aucune action d’envergure, aucun sursaut émancipateur durable, aucun progrès collectif ne peuvent s’expliquer objectivement. En effet, dès les débuts de l’invasion coloniale au XIXème siècle, ce qui frappa le plus, ce fut l’engagement massif des couches les plus profondes du peuple, notamment dans les campagnes, en un mouvement de résistance qui allait se prolonger durant des décennies, révérant, à travers des fortunes diverses, une remarquable continuité historique. Si l’appareil d’Etat qui existait en 1830 s’effondra pratiquement au premier choc, ce furent les masses populaires qui prirent le relais du djihad autour d’Abdelkader. Un clivage se produisit d’emblée, entre, d’une part, les couches conservatrices et feodales liées au Maghzen, certains éléments opportunistes de la grande bourgeoisie des villes qui prirent fait et cause pour l’occupant ou s’accommodèrent facilement de sa présence, et, d’autre part, les autres groupes sociaux, petite paysannerie exploitée, lettrés, petits artisans, qui composerent le gros des forces de résistance et devaient, par-là même, supporter, pendant une quarantaine d’années, tout le poids d’une guerre de génocide, de rapines et de dévastations.. Ainsi se forgea le contenu populaire du nationalisme algérien, contenu qui ne fera que se radicaliser à mesure que le colonialisme étendra son système d’eppression. Relativement faible, la bourgeoisie nationale, qu’un exode massif hors du pays, au moment de a conquête française, rendit plus vulnérable encore, se laissa finalement éliminer au profit d’une nouvelle couche de notables pro-colonialistes. Tous ces faits ont eu pour conséquence de retardei, et même d’exclure, l’échéance d’un mouvement politique nationaliste bourgeois de contestation et de relative dignité. Ils ont.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA du même coup, levé une grave hypothèque, laissant le champ libre, le moment venu, aux seules forces patriotiques et anticolonialistes issues des classes moyennes, des petits artisans des villes ces travailleurs et de paysans. En d’autres tetthes. ce qui pouvait apparaître comme une lacune, alait, au contraire, degager la voie vers un nationalisme populaire libérateur ; puis, à l’indépendance, vers un processus d’édification de la société qui avait été débarrassée, au préalable. e la malumise ou de la tutelle des forces réactionnaires cominantes. La lutte patriotique qui s’est deroulée en Algérie pendant 130 ans environ face à l’occupation étrangère, se manisiestait à travers toutes les formes possibles d’action et avec un soubassement plus ou moins precis de couche sociale et de sens national liberateur, mais selon la même constante visant à sauvegarder la société, son patrimoine foncier, ses acquis historiques et son étre collectif. Premiere guerre d’independance organisée dans le cadre d’un Etat et sous le comman dement de l’Emir Abdelkader contre les envahisseurs français, de 1832 a 1847; révaites et soulèvements régionaux de grande amplitude se succédant jusqu’en 1882 et, d’une façon beaucoup plus restreinte, jusque dans les debuts du XXème siècle: résistance aux séquestres et vols mass is de terres ay profit des colons; efforts de recupération acharnés, parfois réussis de fonds agraires appartenant à de larges collectivités paysannes spoliées et refqulées; combat politique nationaliste structure apparu dans les années 1920 et ne ressant d’affirmer. des lors, une dominante populaire et la revendication pleine et entière de la personnalité algerienne et de l’indépendance du pays. et refus opiniatre opposé par lui à l’assimilation organique à la nation française, édictée avec la complicité de la bourgeoisie liberale; événements du 8 mai 1945 ayant entraîné de la part des colonialistes les massacres effroyables que l’an sait, ce qui allait déterminer les patriotes à choisir plus tard. des moyens radicaux de lutte armee déclenchement de la guerre de libération enfin, mobilisant à partir du ler novembre 1954 et de manière progressive. les forces militantes d’avant-garde les paysans et la nation dans son ensemble pour les engager dans la voie d’une veritable révolution: tout cela exprimait la volonté du peuple algérien d’abolir un passé dem pris de la personne humaine et du droit des gens. d’obscurantisme et d’assujettissement à l’occupant étranger Cette volonte de devenir national et de rupture violente avec le système colonialiste n’a cessé d’animer la Révolution dont les prolongements insoupçonnés et la vigueur accrue, au fur et à mesure qu’une guerre de genocide et de dévastation multipliant les massacres et accumulait tes ruines, ont, du même coup transforme profondément la société algérienne. les struc- Les mentales des masses populaires, et le contenu qualitatif de leurs acquis La Revolutior du ler novembre a sauvé, par l’action directe et le recours aux masses opprimées, le courant le plus dynamique du nationalisme populaire algérien Elle a surtout permis au nationalisme d’avant-garde de dépasser ses contradictions de renouveler certains le ses concepts fondamentaux et de retrouver grâce à l’exemple et au brassage de nouvelles forces sociales issues du combat libérateur le chemin le plus sur vers le socialisme. Les divers paliers de la prise de conscience liee au déroulement de la guerre de libération sous la conduite du Frout de libération nationale (FLN) et de l’Armée de libération nationale (ALN), entre 1954 et 1962 se situent en amont et en ava d’impacts revolutionnaires decisifs par lesquels l’Algérie militante rompait irrevocablement avec l’existence des partis politiques attentistes devenus inoperant dans la dernière décennie de l’ère coloniale. avec les utopies du libéralisme bourgeois la demagogie sectaire. le goût du compromis, les incertitudes. illusions et véliéités quant au choix des votes et moyens propres à assurer pour toujours l’édification du pays et son indépendance nationale sur des bases conformes à la justice sociale au progrès économique et culturel et à la souverainete ina.iénable du futur Etat algérien A ces impacts ideologiques interues, il convient d’ajouter ceux qui déterminèrent, au moment de ſa lutte armee. de grandes répercussions dans le monde entier répercussions grâce auxquelles la revolution algerience allait contribuer indirectement à nåter l’accession à l’indépendance du Maghreb et du reste de l’Afrique, à renforcer le courant anti-impénaliste chez les peuples arabes et à déterminer, partout ailleurs une appréciation lus juste des problèmes de l’oppression colonialiste et de la décolonisation. Le nationalisme populaire algérien a sté ainsi, l’un des rares mouvements de liberation à avoir pu mener jusqu’au bout, un lutte qui a débouché sur un Pouvoir révolutionnaire et non sur une indépendance dominee par la bourgeoisie et confisquée à son sell profit. REPUBLIQUE ALGERIENNE 715 Mais le contenu populaire du nationalisme algérien, qui contribua a la libération du pays, ne doit pas se suffire à lui-même. Il exige un approfondissement ideologique de même que le refus de toute auto-satisfaction. Confronté à l’occupant étranger aussi bien qu’aux forces rétrogrades internes, le mouvement istorique de liberation fortifia, de proche en proche, sa conscience de lutte à partir d’aspirations à l’indépendance et au recouvrement par le peuple de ses terres spoliées, de ses valeurs culturelles niées, de son identite nationale .enacée. Puis, il acceda a un sens plus grand de l’organisation d’abord politique, ensuite révolutionnaire armée, enfin progressiste de substrat économique et social visant a l’instauration du socialisme. L’enchaînement de tous ces faits capitaux a donné lieu, au cours d’une lutte armée sans merci, à un véritable creuset idéologique en puissance où l’élan nationaliste populaire militant trouve son prolongement naturel dans l’édification du socialisme. Une revolutoin libératrice de l’ampleur de celle que connaît l’Algérie déploie, par la force des choses, des efforts exceptionnels pour réanimer et mobiliser des énergies humaines qui demeuraient prisonnières de certaines habitudes anti-sociales et victimes de l’impact destructeur de la colonisation. Elle charrie, en même temps, et en dépit de sa vocation progressiste, des faiblesses, des aspirations au conservatisme, des tentations bourgeoises, des relents féodaux, des appétits égoïstes, mais c’est toujours de l’intérieur qu’elle retrouve sa voie initiale de pureté idéalogique et d’action efficace de redressement. Le 10 juin 1965 fut l’un de ces grands moments de la Révolution retrouvée. Aujourd’hui, l’heure est venue d’un nouvel élan destiné à prolonger le premier et à le porter à un autre Balier, celui de la democratie à consolider par des institutions complémentaires, d’un développement global à dynamiser, de Qesoins socio-économiques à satisfaire d’une façon durable, de droits et garanties civiques à assurer à tous les citoyens avec une extême exigence, par fidelité à notre combat émancipateur et pour le succès de l’édification socialiste. Des considérations objectives nous aideront à déblayer graduellement la voie dans laquelle nous nous engageons. Dans plus d’un pays du Tiers-Monde, le développement ne concerne, en général, que de rares secteurs qui sont souvent dominės par des capitaux étrangers et orientés vers des objectifs de caractère néo-colonial. L’accumulation du capital se déroule généralement dans un contexte de départ défavorable et carence. Elle oblige à réduire la consommation de populations déjà privées du minimum vital, eependant que les couches sociales nanties et politiquement puissantes, en dépit de leur petit nombre, cherchent à établir peur elles-mêmes un modèle de consommation de type capitaliste qu’elles s’appliquent, de plus, à imposer en tant que système idéologique. Les pays du Tiers- Monde doivent done trouver, par un effort qui leur soit propre, les modes de développement et les structures politiques qui correspondent le mieux à leurs conditions objectives. Pour sortir de la stagnation, ils doivent découvrir leur propre voie et fonder leurs institutions en fon tion des objectifs à atteindre, des structures sociales à améliorer du niveau culturel et de conscience politique des masses populaires à renforcer vers plus de progrès. Le développement exige, à la fois, l’établissement de structures socio-économiques r uvelles et justes, la récupération des richesses naturelles et leur valorisation, le relèvement du niveau intellectuel et politique des masses, une épargne collective substantielle, une planification très stricte des priorités, une répartition équitable des revenus Cela implique des efforts et des sacrifices que seules des institutions représentatives appropriées, basées sur l’adhésion et la participation des masses populaires, peuvent rendre possibles. L’Algérie, pays du Tiers-Monde, ne peut échapper à la règle commune Dès les débuts de la guerre de libération, l’idée de l’instauration d’une société nouvelle au profit des masses populaires gagnait du terrain et s’approfondissait au fur et à mesure de l’experience acquise. La radicalisation de la lutte armee. les sacrifices énormes qui furent consentis pour le triomphe de la cause nationale, la fusion complete pendant sept ans et demi entre le Front de liberation nationale Armée de libération nationale (FLN-ALN), les petits salariés et artisans et les paysans pauvres engagés dans le combat, ont contribué à approfondir davantage le contenu democratique et populaire du futur Etat algérien et à aftermir la volonte de tout mettre en œuvre, plus tard, afin que le développement du pays ne serve pas à enrichir une minoritė ‘affairistes et de privilégiés, mais puisse se réaliser, au contraire, au profit des masses populaires Déjà, chez les moudjahidine et les militants conscients, l’idée d’édifier un Etat bourgeois se confondait, purement
716 JOURNAL OFFICIEL DE LA et simplement, avec celle de contre-révolution, tant s’avérait étroit le lien dialectique qui existait entre la nature populaire de l’action libératrice anti-colonialiste et le caractere socialiste de la nouvelle société à construire. Le programme de Tripoli, avait, pour l’essentiel, répondu à ces préoccupations en assignant à la révolution démocratique et populaire ses tâches principales. Cependant, durant les trois premières années de l’indépendance, la politique définie par ce programme n’a pu ni être appliquée ni encore moins être approfondie et enrichie. Si les objectifs du programme de Tripoli et de la Charte d’Alger étaient toujours proclamés bien haut, leur aboutissement et tout ce qui pouvait en faire une réalité tangible, se voyaient bloqués. Le redressement du 19 juin 1965 allait remettre la Révolution sur une vole plus correcte. La Proclamation du 19 juin affirmait solennellement que la stabilité et la confiance enfin rétablies, le Conseil de la Révolution s’attachera à la remise en œuvre et au redressement de notre économie. Cela n’est possible que si toute forme de phraséologie et d’empirisme est bannie et si, en définitive, les voies et les moyens sont objectivement précisés et compris de tous ». Il est maintenant notoirement admis que le Pouvoir révolutionnaire a tenu ses promesses. Les immenses progrès réalisés par l’Algérie dans tous les domaines sont considérés, d’une façon générale, comme un défi au sous-développement. C’est dire que le Pouvoir révolutionnaire n’a pas seulement relancé l’économie et créé les conditions qui nous rapprochent du décollage économique; il a aussi, par des mesures radicales, jeté les bases de l’édification d’une société socialiste. Les structures mises en place et les transformations profondes introduites dans la texture de la société ne relèvent ni de shémas dogmatiques ni d’un empirisme circonstanciel. Elles découlent toutes d’une vision claire des buts à atteindre, d’une juste appréciation des conditions objectives du pays, et d’une volonté politique résolue. Elles sont le résultat de la riche expérience politique réalisée aussi bien durant la guerre de libération nationale qu’au cours du combat acharné pour le développement économique et le renouveau social. Tous ces acquis, obtenus en l’espace d’une décennie d’efforts soutenus, constituent la base de l’évolution politique de l’Etat et les assises matérielles indispensables au progrès de la société. Il ne s’agit donc pas d’échafauder des théories détachées du réel, mais de partir des acquis, du concret, du vécu, afin d’en tirer des enseignements. Nous pouvons, désormais, approfondir la conception de nos structures, définir encore plus, en en précisant les modalités, le genre de société que nous voulons édifier, tracer les perspectives d’avenir de notre action globale. Cela implique une clarification rigoureuse destinée à dissiper les équivoques, à éliminer les scepticismes, à consolider et à développer les institutions destinées à satisfaire les besoins légitimes des citoyens tant au plan de la dignité de la personne humaine, qu’à celui du travail, de la santé, du logement, du savoir, des loisirs, de la formation technique et professionnelle, d’une justice et d’une sécurité appelées à les protéger contre tous les abus. Continuité révolutionnaire comme dynamique de transformation, mais aussi, continuité nationale en tant que fidélité à soi, en dehors de toute équivoque. Il s’agit, en effet, d’un pays qui n’a cessé d’évoluer depuis son lointain passé chargé de hauts faits et d’apports concrets à la civilisation universelle, et au sujet duquel on ne doit pas confondre traditions antisociales et figées, avec traditions vigoureuses de lutte et de progrès. Les grandes vertus du peuple algérien et son patrimoine plusieurs fois millénaire ne doivent pas être un objet de superstitieuse vénération, mais la base réelle d’une promotion continue, par le travail productif, la créativité culturelle, le sens de la justice, le civisme, le dévouement, l’amour irrépressible de l’indépendance et la démocratie. Il ne faut pas que, par une interprétation erronée des traditions, notre société, à peine émergée du désastre, retombe dans les ornières du passé alors qu’elle dispose d’atouts positifs considérables pour s’imposer dans le monde moderne. A ce propos, il convient de ne pas oublier que, lorsque les féodalités disparaissent en tant que forces politiques, elles laissent derrière elles une « éthique » à leur image. Cette éthique féodaliste peut imprégner dangereusement les modes de penser et d’agir de bon nombre d’Algériens relativement à leurs conduites sociales à propos de la condition de la femme, de l’esprit de clan, du parasitisme familial ou communautaire, des solidarités injustes, du culte de l’argent, de la morale financière, d’une vision fataliste du monde à travers laquelle la hiérarchie des groupes sociaux est conçue comme définitive maîtres et serviteurs, exploitateurs et exploités, riches et pauvres, prépondérants et dominés. Si la guerre de REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976 libération a contribué à anéantir ces forces rétrogrades, i1 restera à la révolution culturelle et à une morale socialiste conséquente, de détruire les survivances de l’esprit féodal et l’imprégnation ideologique insidieuse néo-bourgeoise Une révolution doit aussi créer les conditions permanentes qui sont susceptibles de prémunir la société contre les maux dont elle a souffert. De là, la nécessité d’une organisation de l’acquis et des forces capables de mener jusqu’au bout la révolution, d’appliquer le socialisme et de le défendre.. Il est évident que cette organisation ne doit pas être le fruit du spontaneisme et ne pas tabler sur des schémas conformistes selon lesquels, de par l’appartenance à telle catégorie sociale, on doit se considérer d’emblee comme un allié de la révolution sans qu’une prise de conscience préalable et une préparation adéquate à ce rôle actif ne viennent soutenir et stimuler les efforts. Certes, les paysans pauvres ont plus que d’autres souffert de la conquête coloniale, du féodalisme mercenaire et de la guerre de génocide qui marqua les dernières années de la domination étrangère. Mais si, dans leur ensemble, les forces objectivement acquises au socialisme travailleurs des villes, paysans pauvres, jeunesses ouvrière et intellectuelle se sentent concernées par l’avenir de la révolution, il ne faut pas moins agir avec acharnement, un sens rigoureux de l’organisation et une conscience accrue des droits et devoirs institutionnels, pour les motiver davantage. Il faut en faire, à la fois, des citoyens responsables et des militants socialistes pleinement conscients des obectifs de l’édification d’un monde nouveau dont ils seront les premiers bénéficiaires et qu’ils devront défendre contre les dangers internes et externes. C’est là une exigence qui rejoint les critères fondamentaux par lesquels va s’exprimer, à l’avenir, l’adhésion au programme socialiste. C’est plus qu’un engagement, c’est la raison d’être et d’agir de tout un peuple qui se manifestera à travers les institutions démocratiques, un parti rénové, des organisations de masse mieux structurées, une économie et une culture reflètant la double fidélité à la révolution et à la nation. Pour préserver et approfondir les acquis de notre révolution, l’Etat socialiste et les différents organes du pouvoir feront en sorte que dans tous les secteurs une sélection des cadres les meilleurs et les plus engagés soit réalisée. Appuyant cette sélection avec la dernière rigueur, des lignes d’action viendront, dans tous les domaines, hater les transformations nécessaires et que les dix années précédentes ont largement amorcée. Les acquis déjà obtenus et les grands projets nationaux déjà entamés ou à venir, expriment la finalité de la révolution algérienne dans les secteurs industriel, agricole et culturel qui composent, paa leur étroite imbrication, la dialectique même du changement global de la société dans le sens du socialisme. Il conviendrait de situer chacune de ces actions dans un contexte plus large que celui de la technique: I importe que l’accomplissement de la révolution industrielle, de la révolution agraire et de la révolution culturelle, se traduise par l’édification d’une administration rénovée, définitivement débarrassée des séquelles coloniales, et ne soit pas l’occasion pour les affairistes, les bureaucrates médiocres et les agents incompétents, les arrivistes et les pseudo-militans, de stériliser, de discréditer cet immense élan ou de s’enrichir impunément à ses dépens. D’où la nécessité d’une lutte vigoureuse et infatigable contre les dépassements, les ❘ habitudes sociales nocives, les carences, la mauvaise application des normes, les déviations idéologiques. L’impact sur le terrain social, sur les mentalités ainsi mises en éveil ou ébranlées par un processus novateur, le sens du travail, les audaces à propulser et les tabous à enfreindre, la révélation positive de possibilités humaines longtemps contrecarrées ou sans emploi judicieux tout cela devra entrer en ligne de compte pour l’appréciation dynamique, et non plus opérationnelle, de la révolution culturelle, de la révolution agraire et de la révolution industrielle et de leur contexte politique de rigueur. Sans oublier d’envisager les obstacles à vaincre, toutes les habitudes sociales nocives à éliminer, la nécessité d’un minimum de vigilance, et même de coercition, pour corriger l’action en cours. Pour toutes les forces sociales qui agissent dans ces trois domaines essentiels et complémentaires de la Révolution, il faut qu’intervienne obligatoirement l’évocation précise des moyens de formation et de prise de conscience; celle des droits, des devoirs moraux, des obligations professionnelles, humaines et civiques. Cette action contribuera à faire des paysans, des travailleurs et de la jeunesse, non des citoyens inertes et privilégiés, peu soucieux de servir et se dévouer et enclins à une facile autosatisfaction, au parasitisme et à des appétits malhonnêtes devant les biens du peuple confiés à leurs soins et placés sous leur sauvegarde, mais des producteurs pleins d’émulation et des
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA militants éclairés par un sens politique et un savoir rationnel volontairement acquis. Au cours de la longue lutte populaire de libération et, surtout, à la veille de l’indépendance, les idées en faveur d’un choix socialiste apparaissent dans les consciences et les démarches des militants du Front de Liberation Nationale (F.L.N.) et des moudjahidine de l’Armée de Liberation Nationale (A.L.N.). Ce système socio-économique et moral qui allait progressivement se concrétiser dans l’après-guerre, ne pouvait prendre, en toute logique, que le contre-pied de tout le système féodal et impérialiste et des puissants groupes d’intérêts capitalistes étrangers e compradores. L’indépendance représente à la fois l’insertion éclairée dans l’universel qui nous fut longtemps interdit, et l’acheminement progressif et sûr vers le socialisme, seule voie capable de parachever l’effort conscient et inlassable de décolonisation >, et de réparer les immenses ravages matériels et moraux: d’époques successives de régression ou de déclin. Faute de quoi, dette indépendance se réduirait à une simple réalité administrative, un mécanisme habile fait pour le prestige, l’apparat, l’embourgeoisement, la vénalité, et reconduirait les schémas anciens fondés sur une conception féodale ou affairiste du monde. Loin des idées simplistes, des slogans démagogiques et de tout esprit de revanche sociale, l’Algérie, à la veille d’amorcer un nouveau tournant et d’ajouter à ses acquis substanciels depuis le redressement du 19 juin 1965 d’autres conquêtes, présente un bilan sincère et procède avec toutes ses masses populaires mobilisées dans le cadre d’un vaste débat autour de la Charte Nationale, à la conception d’une stratégie globale. Le socialisme, en Algérie, est un mouvement irréversible. A l’image de la révolution armée elle-même, il s’accomplira sans défaillance. TITRE PREMIER L’EDIFICATION DE LA SOCIETE SOCIALISTE I. - L’ALGERIE: UN PEUPLE ET UNE NATION Le peuple algérien se rattache à la Patrie arabe dont il est un élément indissociable. L’Algérie est une Nation. La Nation n’est pas un assemblage de peuples ou une mosaïque d’ethnies disparates. La Nation, c’est le peuple lui-même pris en tant qu’entité historique et agissant consciemment dans la vie quotidienne et dans un cadre territorial bien défini en vue de réaliser avec tous les citoyens qui le composent, les tâches communes d’un destin solidaire et partager ensemble les mêmes épreuves et les mêmes espérances. Toutes les tentatives du colonialisme de nier l’existence de la Nation algérienne pour mieux perpétuer sa domination, se sont heurtées à la résistance et à la vigueur de cette Nation plusieurs fois séculaire. C’est grâce au sacrifice d’un million et demi de martyrs que la Nation algérienne s’est fait reconnaître et consacrer dans le monde. L’Algérie n’est pas une création récente. Déjà, sous Massinissa fondateur du premier Etat numide, et de Jugurtha, initiateur de la résistance à l’impérialisme romain, s’était dessiné le cadre geographique et commençait à se forger le caractère national qui devaient tous deux affirmer leur permanence à travers le développement historique de l’Algérie durant plus de deux millénaires. A ces deux caractéristiques principales se sont ajoutés progressivement à partir du 7ème siècle, les autres éléments constitutifs de la Nation algérienne, à savoir son unité culturelle, linguistique et spirituelle, et la centralisation de son économie que sous-tendaient une rare volonté d’indépendance et un attachement indéfectible à la liberté. En effet, dans la première moitié du 7ème siècle allaient intervenir des mutations historiques fondamentales marquant le passage du monde ancien au moyen-âge c’est précisément à ce carrefour de l’histoire que surgit une civilisation tout à fait nouvelle porteuse d’une éthique, d’une religion et d’une culture à vocation universelle. Objectivement, l’Islam et la culture arabe étaient un cadre à la fois universel et national, créateur de nouvelles formes de vie et de pensée, et une dynamique de libération au plan de la société et de l’économie. Désormais, c’est dans ce double cadre et en relation avec une civilisation efficiente se réalisant avec le concours de tous et englobant le sous-continent maghrébin et une grande partie REPUBLIQUE ALGERIENNE 717 de la Méditerranée et de l’Asie, que va se déterminer le choix de notre peuple et se dérouler son évolution. Les Etats qui se sont succédés sur la terre algérienne depuis le moyen-âge, des Rostoumides à l’Emir Abdelkader en passant par la dynastie des Zirides Hammadites et celle des Abdelwadites - Zyanides, ont consacré les acquis historiques du. maghreb central à travers ses valeurs musulmanes et sa spécificité nationale saillante, prolongeant ainsi et enrichissant les traditions du plus lointain passé. On peut affirmer que ces différentes périodes de notre Histoire ont constitué un creuset où se sont fondus intimement les brassages ethniques, les apports de toutes sortes, comme les créations nouvelles du génie national, tout cela pour aboutir à une expression originale de la personnalité arabo-musulmane de notre peuple, et à une conscience claire de son espace géographique. A partir du 16ème siècle, l’Algérie voyait son organisation étatique et administrative se renforcer. Sa vitalité et sa cohésion de toujours lui permirent, entre autres, de faire face aux agressions continuelles de l’Europe, et, à partir de 1830, d’opposer une très longue résistance à l’invasion coloniale française. La survie de l’Algérie pendant toute la durée de la domination coloniale, et en dépit d’une politique de peuplement étranger intensif et d’oppression totalitaire, ne fut pas un miracle. Elle est bien le résultat de luttes incessantes qui aboutirent à la reconquête de la souveraineté nationale. La Révolution algérienne, prolongeant la guerre de libération nationale de Novembre 1954, constitue, pour la Nation, un acquis majeur et un moment privilégié de son Histoire. En effet, la Nation algérienne, grâce à la révolution, commence à maîtriser les moyens concrets d’une évolution nécessaire au double plan de la modernité et du socialisme qui doit la prémunir à jamais contre le retour de tous les naux et de tous les périls du passé. Ainsi s’éclaire l’apport historique de l’Algérie à la cause arabe contemporaine. Si, durant sa guerre d’indépendance, ‘Algérie a tout naturellement bénéficié de la solidarité agissante des peuples arabes frères, c’est pour, finalement, contribuèr, à son tour, grâce à l’issue victorieuse de son combat, au renforcement du potentiel stratégique des pays arabes et au progrès de leur lutte anti-impérialiste. En se construisant aujourd’hui dans le cadre de ses options socialistes, et en donnant, une fois de plus, la preuve de la maturité de son peuple et de ses capacités, l’Algérie a conscience d’apporter sa pleine contribution à l’œuvre d’émancipation du monde arabe, à sa transformation et à son renouveau. II. - L’ISLAM ET LA REVOLUTION SOCIALISTE Le peuple algérien est un peuple musulman. L’Islam est la religion de l’Etat. Partie intégrante de notre personnalité historique, l’Islam se révèla comme l’un de ses remparts les plus puissants contre toutes les entreprises de dépersonnalisation. C’est dans un Islam militant, austère, mû par le sens de la justice et de l’égalité, que le peuple algérien s’est retranché aux pires heures de la domination coloniale et qu’il a puisé cette énergie morale, cette spiritualité qui l’ont préservé du désespoir et lui ont permis de vaincre. Le déclin du monde musulman ne s’explique pas par des causes purement morales. D’autres facteurs de nature matérielle, économique et sociale tels que les invasions étrangères, les luttes intestines, la montée des despotismes, l’extension de l’oppression féodale et la disparition de certains circuits économiques mondiaux, y ont joué un rôle déterminant. Aussi, l’éclosion des superstitions et le foisonnement des mentalités passéistes ne doivent pas être considérés comme des causes mais plutôt comme des effets. Concentrer ses attaques sur ces pratiques aberrantes et en négliger le conditionnement social, c’est tomber dans un moralisme inopérant. En fait, pour se régénérer, le monde musulman n’a qu’une issue: dépasser le réformisme et s’engager dans la voie de la révolution sociale. La révolution entre bien dans la perspective historique de l’Islam. L’Islam, dans son esprit bien compris, n’est lié à aucun intérêt particulier, à aucun clergé spécifique, ni à aucun pouvoir temporel. Ni le féodalisme ni le capitalisme ne peuvent le revendiquer ou s’en prévaloir. L’Islam a apporté au monde une conception très élevée de la dignité humaine qui condamne le racisme, le chauvinisme, l’exploitation de l’homme par l’homme. Son égalitarisme foncier peut trouver une expression adaptée à chaque époque.
Il appartient donc aux peuples musulmans dont le destin, aujourd’hui, se confond avec celui du Tiers-Monde, de prendre conscience des acquis positifs de leur patrimoine cülturel et spirituel, de le réassimiler à la lumière des valeurs et des mutations de la vie contemporaine. C’est dire que toute entreprise qui se fixe, aujourd’hui, pour objectif une reconstruction de la pensée musulmane, dolt, pour être crédible, renvoyer obligatoirement à une entreprise beaucoup plus vaste: la refonte totale de la société. A notre époque de transformations sociales decisives, les peuples musulmans sont appelés a secouer les jougs anachroniques du féodalisme, du despostisme, de l’obscurantisme sous toutes ses formes. Les peuples musulmans réaliseront, de plus en plus, que c’est en renforçant leur lutte contre l’impérialisme et en s’engageant résolument dans la voie du socialisme, qu’ils répondrotit le mieux aux impératifs de leur fol, et qu’ils mettront l’action en accord avec les principes. TROIS OBJECTIFS HISTORIQUES Le socialisme, en Algérie, se propose essentiellement un triple objectif :
- La consolidation de l’indépendance nationale;
- L’instauration d’une société affranchie de l’exploitation de l’homme par l’homme ;
- a promotion de l’homme et son libre épanouissement. Ces trois objectifs sont indissociables et interdependants. fis s’inscrivent dans une même dynamique du développement historique. La consolidation de l’indépendance nationale et l’épanouissement de l’homme ressortissent au contenu de la Révolution démocratique Populaire mais ne recevront leur plein effet que par l’édification de la société socialiste. Il s’agit de consolider, d’abord, l’indépendance nationale en liquidant toutes les formes d’influence impérialiste ou néocolonialiste et en affrontant résolument la tâche historique du développement sans laquelle il ne saurait y avoir, à notre époque, ni de progrès économique ni de nation vraiment viable. Mais pour être rationnel et harmonieux, le développement doit être considéré comme un tout et fondé sur l’adhésion des masses et à leur service. Ceci suppose une conception radicale de la démocratie, qui, dépassant les formes connues de la démocratie bourgeoise, doit s’identifier avec la démocratie socialiste. Cependant, si le socialisme fait l’homme, c’est encore l’homme qui fait le socialisme. D’ailleurs, l’homme nouveau postulé par le socialisme ne surgira pas mécaniquement. Ce n’est pas là une simple profession de foi humaniste, mais une mise en garde contre les schématisations sommaires et les attitudes d’esprit mécanistes si fréquentes dans les sociétés retardées. Un accent particulier sera done mis sur l’homme, sur l’initiative individuelle, et l’esprit créateur de chacun. C’est là une tâche éminente de la Révolution Démocratique Populaire qui, loin d’être dépassée à l’étape de la construction du socialisme, en constituera l’une des pierres angulaires. IV. LE SOCIALISME APPORTE UNE REPONSE COHERENTE AUX PROBLEMES DE NOTRE TEMPS Le socialisme est un produit de l’évolution moderne. Si des théories sociales ont existé à toutes les époques, reflètant souvent d’une manière utopique, les aspirations de l’humanité, à un nouvel âge d’or, il a fallu attendre l’expansion des forces productives du capitalisme au milieu du 19ème siècle pour voir l’idée socialiste se cristallisér en tant que tendance historique du devenir social. La supériorité du socialisme sur les systèmes sociaux antérieurs réside dans le fait qu’il allie aux acquisitions les plus avancées de la science et de la technique moderne, les principes d’une organisation sociale plus rationnelle, plus juste et plus humaine. Quels qu’aient été ses mérites à l’étape de son expansion le capitalisme est resté fondamentalement lié à une entreprise d’exploitation de l’homme par l’homme jusque-là inconnue dans l’Histoire. Fondé sur l’unique loi du profit, le capitalisme a transformé l’homme en marchandise, fait de l’artisan et du paysan des prolétaires, réduit des continents entiers à la misère et au sous-développement. Né par contre-coup du capitalisme et de son incapacité à résoudre les problèmes sans cesse croissants qu’il a engendrés, le socialisme apporte une réponse cohérente aux questions brûlantes de notre époque Deja, le triomphe du socialisme en de nombreux pays, a non seulement bouleversé le destin de centaines de millions d’hommes, mais créé une situation interhationale nouvelle caractérisée par le renforcement du mouvement anti-impérialiste, l’essor des luttes de libération nationale, et l’extension üniverselle de l’idéologie socialiste. Le socialisme, en Algérie, ne procède d’aucune métaphysique matérialiste et ne se rattache a aucune conception dogmatique étrangère à notre génie national. Son edification s’identifie avec l’épanouissement des valeurs islamiques qui sont un élément constitutif fondamental de la personnalité du peuple algérien. Le socialisme, en Algérie, traduit les aspirations profondes du peuple travailleur et s’enrichit des apports de l’expérience socialiste mondiale. Son approche des problèmes de notre société et de notre développement s’inspire de l’esprit scientifique, et participe à la promotion de l’humanité vers le progrès. Fondé sur la science et sur le rejet de l’exploitation de l’homme par l’homme, 11 donne une primauté élevée à la spiritualité de l’homme, dans le respect de la liberté de pensée et de la liberté de conscience consacrées par la Charte Nationale. Le socialisme n’est pas une religion, c’est une arme théorique et stratégique qui tient compte de la réalité de chaque peuple et implique par-là même, le rejet de tout dogmatisme. V. EN ALGERIE, LE SOCIALISME EST UN PROCESSUS SOUS-JACENT AU MOUVEMENT DE LIBERATION NATIONALE Une Révolution authentique est une révolution qui réussit à rattacher le passé au présent tout en l’axant sur l’avenir, à intégrer les acquis les plus valables, les plus progressistes du patrimoine historique, culturel et spirituel aux idéaux du socialisme. Il ne s’agit pas là d’une simple juxtaposition de concepts métérogènes mais d’une démarche vivante liée au processus révolutionnaire. C’est seulement dans la lutte révolutionnaire que peuvent être dépassées les contradictions de l’ancienne société, et que sera transcendé le conflit de la conscience traditionnelle et de la modernité. La Révolution du ler novembre 1954 constitue, à cet égard, une illustration d’une portée inestimable. La guerre de libération nationale s’est transformée en une grande Révolution La Révolution Démocratique Populaire - et celle-ci, peu à peu, en un processus socialiste d’une grande envergure. Cette progression historique ininterrompue a rêvélé le caractère créateur de l’action des masses. La lutte du Front de Libération Nationale (F.L.N.) et de la glorieuse Armée de Libération Nationale (A.L.N.) a été le creuset où s’est forgée l’Algérie nouvelle, une Algérie indépendante, progressiste, résolument engagée dans la voie socialiste. Ces différentes composantes n’ont pas été surajoutées après coup; mais participent dans leur unité profonde, d’un même développement organique. Le socialisme, en Algérie, n’est ni une option arbitraire, ni un système importé qu’on aurait plaqué de l’extérieur sur le corps inerte de la Nation, mais un processus vivant qui plonge ses racines dans la lutte de libération nationale, un processus intimement lié à la Nation renaissante et à son devenir. Libération nationale et libération socialė, sont, à notre époque, fondamentalement solidaires. La mise en cause radicale du colonialisme débouche sur une mise en cause du capitalisme. La prise de conscience, au niveau des masses, que les deux systèmes sont étroitement liés et que l’un n’est que la projection périphérique de l’autre, crée les conditions d’un approfondissement de la conscience nationale en conscience socialiste. La colonisation, en Algérie, du fait même de son caractère de peuplement, a revêtu une forme d’oppression extrême confinant au génocide. C’est ainsi qu’elle s’est soldée par la destruction de l’Etat, la ruine des anciennes structures socio-économiques, l’élimination des couches dirigeantes traditionnelles et des éléments éclairés de la population, l’expropriation du peuple, son refoulement systématique et son déracinement. Dans une société profondément nivelée par l’oppression coloniale, où la classe dominante est incarnée non par la bourgeoisie nationale maintenue à l’état embryonnaire, mais par une bourgeoisie étrangère toute puissante, le mouvement national prend d’emblée une dimension sociale insoupçonnée. De simple transfert de souveraineté, l’indépendance devient synonyme d’une refonte totale de la société. En Algérie, les idées d’émancipation sociale commencèrent à mûrir dans la conscience populaire dès les premières années
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA de la guerre d’indépendance. Des mots d’ordre tels que la terre à ceux qui la travaillent », « l’independance ne saurait être qu’un drapeau, émergèrent rapidement des champs de batailie. Supportant tout le poids de la lutte, es masses populaires paysans, artisans, travailleurs, petits comunerçants, étudiants… imposèrent immédiatement leur marque au Front c. Libération Nationale (FLN) et à l’Armée de Libération Nationale (ALN). Les transformations politiques et sociales, qui se produisirent durant les années de guerre, de reçurent certes pas une formulation idéologique très claire. Mais tel était leur poias, qu’il sera de moins en moins possible d’en ignorer l’impact politique et idéologique. L’effondrement complet des structures économiques de la colonisation et l’exode massif de la minorite coloniale furent l’occasion pour les masses d’exprimer concrètement leurs aspirations jour, et que sociales la . propriété C’est ainsi privée que des le secteur moyens socialiste de production vit le accusa son premier recul. Le Pouvoir révolutionnaire issu du mouvement du 19 juin 1985, reprenant et précisant les revendications fondamentales des masses, fit faire à la Nation un bond décisif en accélérant la décolonisation économique et en procédant à la mise en place de puissantes structures socialistes. La nationalisation méthodique des terres, des mines des hydrocarbures, du commerce extérieur, des banques, des societés d’assurances, des transports, des biens vacants immobiliers et de toutes les firmes étrangères, mit entre les mains de la nation tous les leviers de commande économiques. Chaqu victoire sur le néo-colonialisme fut une victoire dans la voie de la consolidation de l’indépendance nationale. une victoire pour le socialisme. En 1972, la mise en œuvre de la Révolution agraire devait approfondir et confirmer cette orientation. VI. LE SOCIALISME ET LE TIERS-MONDE Le socialisme se révèle comme un processus sous-jacent au processus de libération nationale. Il comporte un caractère de nécessité interne qui favorise sa progression dans les esprits et lui confère sa marque authentique. C’est de cette adhérence au mai national que le socialisme tire le secret de sa vitalité dans le Tiers-monde. Tous les pays qui luttent pour une indépendance réelle s’engagent dans une dialectique socialiste. On a parfois baptisé vote non capitaliste un tel phénomène. Cette thèse est incapable de rendre compte des développements réels de la pratique sociale dans nos pays. Dès lors qu’un pays lutte pour l’indépendance réelle, qu’il décide d’abolir la propriété privée des moyens de production et qu’ll se prononce dans les faits pour la fin de l’exploitation de l’homine par l’homme, il s’engage dans une voie socialiste. Ne pas le reconnaître, c’est privilégier le dogme sur la réalité et nier la dynamique profonde du processus révolutionnaire à notre époque. C’est là une démarche inedite, qui reflète exactement la situation des pays du Tiers-monde, I niveau de leurs forces productives et leur position dans l’économie mondiale. Le capitalisme a pris dans nos pays son visage le plus hideux : celui du colonialisme, du néo-colonialisme et de l’impérialisme. Dès lors, le socialisme n’y pouvait avoir un sens qu’en étant. d’abord, l’expression de la lutte du peuple tout entier contre les monopoles étrangers et leurs suppôts autochtones. En d’autres termes, le socialisme, dans les pays nouvellement indépendants, ne saurait obéi aux mêmes conditions que dans les pays industrialisés où existe une importante classe ouvrière qu ne connaît d’autre oppression que celle de sa propre classe capitaliste. Ne pas tenir compte d’un tel postulat reviendrait à limiter considérablement la portée du socialisme, à le figer dans sa démarche, à le réduire à un modèle unique et obligatoire. Cette attitude unilatérale aboutirait, en fait, à dénaturer le socialisme en le détachant de son substrat national. Le socialisme est devenu le patrimoine de l’humanité entière. C’est à un socialisme mûri et développé de l’intérieur, un socialisme vivant, créateur, en lequel les peuples se reconnaissent pleinement, que tend, de plus en plus, le processus historique. Cela n’implique nullement un recul sur le plan de la rigueur, mais constitue une preuve nouvelle de la vitalité du socialisme et de son universalité. Dans les pays nouvellement indépendants, le prolétariat n’existe, généralement, qu’à l’état embryonnaire; souvent, sa conscience de classe retarde et il n’est pas toujours la couche REPUBLIQUE ALGERIENNE 719 sociale la plus opprimée. Bien plus, dans les pays qui ont connu une colonisation de peuplement. cette situation se trouve aggravée par le fait que les travailleurs autochtones étaient relégués dans une condition de sous-prolétaires, les emplois existants étant, en priorité, réservés aux ressortissants de la puissance coloniale. Produit du capital colonial ou néo-colonial, beaucoup plus que d’un capital national clairsemé ou inexistant, le prolétariat, dans nos pays, n’occupe, en tout état de cause, qu’une place mineure, les monopoles impérialistes ayant consacré toute leur ér ergie non pas à industrialiser le Tiers-monde, mais à piller ses ressources et à tirer le plus de profits d’une main-d’œuvre abondante et à bon marché. L’exploitation capitaliste a ainsi entraîné non pas la formation d’une classe ouvrière relativement importante, mais la paupérisation accélérée des masses paysannes, la ruine de leur économie traditionnelle, sans que leur soit fourni, pour autant, “exutoire de l’industrialisation. L’essor du capitalisme moderne s’est réalisé au détriment du liers-monde. Si, dans les pays capitalistes, le capital a engendré la classe ouvrière, il a, dans le reste du monde, engendré le sous-développement. Le sous-développement n’est pas un état naturel, spontané, l’absence de développement, mais a marque d’une longue exploitation capitaliste sous sa forme la plus inhumaine et la plus dégradante. Même quand elles conservent leur façade traditionnelle, les sociétés passées sous la griffe des monopoles capitalistes perdent leur cohésion interne et s’affadissent. Leur culture, leurs institutions, leur religion même, sont polluées et comme faussées par l’action dissolvante du capitalisme. Archaïques, elles voient leur archaïsme s’aggraver. Telle est, dans le Tiers-monde, la loi du capitalisme international qui ne laisse de choix, en définitive, qu’entre la Révolution et la déchéance historique. Dans les pays en vole de développement, le socialisme puise sa dynamique profonde dans la lutte contre l’impérialisme sous toutes ses formes. Cette lutte s’étend nécessairement à l’elimination du capitalisme national qui est condamné à n’être, réellement ou potentiellement, qu’un appendice du capitalisme mondial. C’est un fait que, dans les pays en voie de développement, les forces socialistes ne sont pas toujours dirigées par un protetariat encore peu nombreux, mais par une avant-garde formee de l’ensemble des patriotes révolutionnaires parmi lesquels les travailleurs assument un rôle grandissant. Dans l’étape actuelle que traverse le Tiers-monde, ce n’est pas le prolétariat numériquement faible ou pratiquement inexistant - qui institue le socialisme, c’est l’édification du socialisme, qui ne fait qu’un avec l’édification de la nation, son industrialisation et sa modernisation, qui assure l’émergence du prolétariat. Cependant, à la différence de ce qui se produit dans la société capitaliste, un tel prolétariat est marqué, dès sa naissance, du sceau de la liberté et intégré d’emblée, dans une société qui lui ouvre de larges perspectives dans la direction des affaires de la collectivité. Cela ne veut pas dire que ce prolétariat en formation doit rester passif ni que sa promotion est acquise d’avance; tout au contraire, son rôle et ses responsabilités s’accroîtront au fur et à mesure que l’edification du socialisme avance, que la bataille de la production s’intensifie et que l’indépendance nationale se consolide. La faiblesse ou l’inexistence d’un prolétariat moderne n’est ni un obstacle insurmontable pour la construction du socialisme, ni un argument sérieux pour son ajournement. De même qu’ils n’ont pas attendu que le prolétariat prenne le pouvoir dans les métropoles pour engager la lutte pour l’indépendance, les anciens pays colonisés ne peuvent attendre, aujourd’hui, l’avènement d’un prolétariat autochtone pour entamer leur développement socialiste. Les pays du Tiers-monde évoluent vers le socialisme en s’appuyant sur la masse des paysans pauvres, les travailleurs des villes, les cadres nationaux révolutionnaires. Ces derniers, formés de patriotes conséquents ayant fait leurs preuves dans les luttes anti-colonialistes et anti-impérialistes de leur peuple, se recrutent dans les milieux les plus divers: militants politiques, syndicalistes, militaires, intellectuels… Ils jouent un rôle d’avant-garde dans la lutte révolutionnaire pour le triomphe de l’indépendance nationale et les déaux du socialisme. L’avènement des peuples du Tiers-monde sur la scène historique bouleverse certaines conceptions qui avaient cours jusque-
720 : JOURNAL OFFICIEL DE LA
là, et renouvelle profondément la problématique socialiste. Cela
ne signifie pas qu’il faille verser dans un tiers-mondisme >
inconsistant qui, prétendant tout puiser dans sa propre
substance, reviendrait à tourner le dos aux acquisitions
révolutionnaires les plus marquantes de notre époque. Ce dont
les peuples du Tiers-monde ont le plus besoin, c’est d’une
pensée révolutionnaire qui les rende à eux-mêmes, qui les
pousse vers plus de conscience, de créativité, une pensée qui
désaliène et non une pensée qui substitue une aliénation à
une utre.
Dans les conditions des pays nouvellement indépendants, le
socialisme n’est pas extérieur à la natior; il s’édifie en même
temps qu’elle, il s’identifie avec son développement organique.
L’avenir de la Révolution socialiste dans le liers-monde, sera
de plus en plus fonction d’une pensée nationale créatrice qui
se transforme d’une manière dialectique en pensée socialiste.
Ainsi, toute Révolution, pour être socialiste, doit être d’abord
nationale, tout comme toute Révolution nationale conséquente
doit, nécessairement, déboucher sur le socialisme.
VII. DE LA REVOLUTION DEMOCRATIQUE POPULAIRE
A L’EDIFICATION DU SOCIALISME
Le socialisme, en Algérie, est un approfondissement de la
Révolution du 1 novembre 1954, son aboutissement logique.
La guerre de libération nationale contre le joug étranger
s’est transformée en Révolution Démocratique Populaire. La
Révolution Démocratique Populaire comporte un triple contenu :
anti-impérialiste, anti-féodal et un contenu populaire.
: Le contenu anti-impérialiste a trait à la liquidation du colonialisme, du néo-colonialisme et de l’impérialisme, à la promotion d’une indépendance réelle dans ses différentes composantes
politique, économique, diplomatique, militaire.
Le contenu anti-féodal ou démocratique, cońcerne la liquidation des structures précapitalistes dans ce qu’elles ont
a’archaïque, de périmé et de réactionnaire. Il s’agit, notamment,
des structures tribales, patriarcales, semi-féodales, du style de
vie qu’elles perpétuent, des mentalités qu’elles sous-tendent. La
Révolution a non seulement pour tâche de liquider toutes ces
survivances archaïques mais d’en prévenir le retour. Fondamentalement, il s’agit de faire de l’homme algérien, le citoyen
conscient d’une nation moderne.
Le Contepu populaire de la Révolution Démocratique se
résume dans la devise: < par le peuple et pour le peuple >.
Par peuple », il faut entendre les masses populaires, et non
une couche sociale privilégiée qui s’emparerait du pouvoir pour
imposer sa domination.
Les Révolutions Démocratiques bourgeoises qu’à connues
l’Europe à partir du XVIIIème siècle, ont remplacé la monarchie féodale, par le pouvoir de la bourgeoisie. A notre époque,
et plus particulièrement dans le Tiers-monde, les Révolutions
Démocratiques sont le fait des masses populaires beaucoup plus
que de la bourgeoisie. Cette dernière, du fait de l’exiguïté de
son assise sociale et de sa dépendance vis-à-vis de l’impérialisme, se révèle généralement incapable de promouvoir jusqu’au
bout une véritable politique de développement et d’indépendance nationale. Ce phénomène est particulièrement sensible
en Algérie: ce sont les masses qui ont pris la tête du mouvement de libération nationale, et c’est aux masses, qu’en
toute logique, est revenue la tâche historique de la Révolution
Démocratique.
En Algérie, la Révolution Démocratique Populaire a enregistré des succès décisifs. L’œuvre de restauration nationale
peut être considérée, aujourd’hui comme pratiquement achevée :
un Etat souverain et organisé, maître de ses destinées; un territoire débarrassé de toute occupation étrangère; une économie décolonisée et en plein développement un peuple libre
qui marche dans la voie du progrès.
Le moment est donc venu de définir les tâches qualitativement nouvelles qui s’imposent à la Révolution et conditionnent le succès de l’édification socialiste.
Cela implique l’approfondissement de l’orientation populaire
et sa structuration au moyen de critères précis, la consolidation
des acquis du socialisme, leur organisation et leur extension
dans le cadre de principes et d’institutions qui en rendront
le caractère irréversible. Il s’agit, en un mot, de donner au
socialisme dans notre pays, son contenu théorique et pratique
adéquat et c’est là l’objet de la Charte Nationale.
REPUBLIQUE ALGERIENNE` 30 juillet 1976
Quand la phase socialiste a-t-elle commencé ? Il serait
malaisé d’avancer une date précise; le processus socialiste
ne se présente pas d’emb.ee d’une façon homogène, mais par
bonds successifs, poussant des pointes dans telle direction plutôt
que dans telle autre. Si les terres de la colonisation ont pu
être récupérées par les travailleurs de la terre au lendemain
de l’indép ndance, c’est à partir de 1966 que les bases matérielles du socialisme ont commence à tre posées avec la
nationalisation des mines, du secteur bancaire et des assurances; ces bases devaient ensuite, de plus en plus, s’élargir
grâce à la reprise en main du commerce extérieur et des transports, à la récupération méthodique des autres richesses nationales qui a culminé dans la bataille du pétrole en 1971
et à la mise en train d’un vaste programme d’industrialisation
conçu dans une perspective socialiste.
C’est cependant en 1972, avec l’entrée en vigueur de la
Révolution agraire et la Gestion Socialiste des Entreprises, que
le processus d’édification socialiste a, véritablement, franchi
son cap décisif.
L’expérience de la dernière décennie montre à l’évidence que,
dans notre Révolution, le contenu démocratique national et le
contenu socialiste sont indissolublement liés et que l’un n’est
que l’approfondissement continu de l’autre.
est devenu aujourd’hui impossible de séparer ce qui
relève de l’édification nationale et ce qui relève de l’édification
socialiste. Ces deux concepts coincident plus que jamais. Il
n’y a pas d’un côté les tâches d’édification nationale et de
l’autre, sus, due dans le vide, l’option socialiste.
La phase historique en cours peut être caractérisée comme
une phase de consolidation stratégique du socialisme dont elle
doit préparer le triomphe définitif. L’assimiler d’ores et déjà
à un tel triomphe, serait trop idéaliser la réalité et faire le jeu
d’un aventurisme inconscient, la réduire une simple étape
démocratique serait sous-estimer l’avance du socialisme dans
notre pays et rester en retrait du développement historique.
VIII. PRINCIPES FONDAMENTAUX DE L’EDIFICATION
DU SOCIALISME
I. - Abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme
Ce principe est réalisé par la socialisation des moyens de
production.
Cela pose le problème de la propriété privée et de sa fonction
sociale.
En Algérie, la propriété privée ne doit pas être une source
de puissance sociale. Elle ne doit pas constituer la base de
rapports d’exploitation entre le propriétaire privé et les
travailleurs. Elle peut seulement s’exercer dans les limites où
elle ne porte aucun préjudice aux intérêts des masses laborieuses et ne constitue ni un frein ni un opstacle à l’évolution
inexorable de notre société vers le socialisme. L’essentiel est
que l’intérêt privé ne l’emporte pas sur l’intérêt collectif, que
la propriété privée s’insère dans le processus de développement,
qu’elle serve l’individu sans porter atteinte aux fondements de
la sociéte nouvelle.
Il existe deux sortes de propriétés privées: la propriété
exploiteuse et la propriété non exploiteuse.
La propriété exploiteuse est celle où la détention d’un
capital entréprise agricole, industrielle, commerciale ou de
service permet d’exploiter le travail d’autrui et d’en tirer un
profit qui enrichit le propriétaire au détriment du travailleur.
La propriété privée non exploiteuse concerne les biens dont
l’individu peut disposer pour son travail, pour son logement,
pour sa culture, sa santé, ses loisirs et, d’une manière générale,
pour son usage personnel et familial.
A Le socialisme reconnaît la propriété privée non exploiteuse
et l’intègre dans la nouvelle organisation sociale.
En Algérie, la notion de propriété non exploiteuse ne revêt
pas un contenu formel, mais un contenu réaliste.
Outre les biens d’usage personnel ou familial, elle comprend
les petits moyens de production ou de services qui peuvent être
exploités soit à titre individuel soit à l’aide d’une main-d’œuvre
restreinte.
Ainsi définie, la propriété non exploiteuse permettra, même
au stade le plus avancé de la société socialiste, le maintien
de tout un éventail d’activités socialement utiles telles que:
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
l’artisanat de production ou de service:
le coramerce de detail;
la petite propriété du paysan ou de l’éleveur;
l’unité du petit fabricant ou du petit entrepreneur de
travaux, etc…
Le maintien de ces activités n’obéit pas à un choix conjoncturel mais à un choix idéologique.
B. L’existence d’un secteur prive national n’est pas contradictoire avec l’étape historique tuelle où le secteur
socialiste occupe une place prédominanie.
Il convient, cependant, de faire la distinction entre le secteur
privé qui joue un rôle utile pour l’économie du pays sans
porter atteinte a l’édification socialiste, et le secteur privé
parasitaire ou compradore qui constitue un danger non seulement pour le socialisme mais pour tout développement économique indépendant.
a) Le secteur parasitaire ou compradore doit être combattu
et élimine sans réserve.
Ce secteur, dont la place dans la production est quasi-nulle,
se définit essentiellement par sa liaison avec les firmes néocolonialistes et les monopoles capitalistes étrangers auxquels
il sert d’intermédiaire ou de paravent.
b) Il existe dans l’industrie, le bâtiment, le tourisme, etc…,
un secteur privé detenu par les nationaux. Les entreprises de
ce secteur sont garanties dans le cadre de la loi.
Dans le domaine de l’industrie, l’intervention du secteur prive
national est à restreindre aux activités qui relèvent de la
petite entreprise et qui portent sur le dermer stade de la
transformation industrielle. Ces activités doivent se situer en
aval des productions sortant des usines de l’Etat, notamment
lorsqu’il s’agit de fabriquer, à petite échelle, certains objets
de consommation courante. Les approvisionnements du secteur
privé, particulierement en ce qui concerne des produits provenant de l’extérieur, doivent être assurés par les entreprises
nationales. L’obligation de passer par les entreprises nationales
pour ce qui est des importations aura pour résultat de limiter.
voire d’éliminer les risques de conjonction avec les milieux
capolistes étrangers.
Par ailleurs, le système fiscal empêchera le secteur privé
d’assurer une capitalisation monopuristique tandis que les lois
sociales protègeront les droits des travailleurs en organiseront
leur participation à la gestion des entreprises.
Il est évident que le maintien dans l’industrie, le bâtiment,
1 tourisme, etc. d’un secteur privé, constituera toujours un
risque potentiel pour une remontée du capitalisme.
La sécurité de l’option socialiste implique donc que le secteur
privé ne trouve pas la possibilité de se transformer en plate-forme pour la prise du pouvoir. Ses activités doivent donc
être situées, limitées de telle sorte qui ne pourra pas acquerir
la puissance économique et influer sur les centres de décision
de l’Etat.
2 Un développement intégral et harmonieux sur la base
d’une planification scientifique dans sa conception, démocratique dans son élaboration et impérative dans son
application
Le socialisme en Algérie - comme d’ailleurs dans le reste
du Tiers-monde ne se borne pas à un réajustement des
rapports de production au caractère atteint par les forces
productives mais implique un effort gigantesque pour dévelupper pleinement ces forces productives que créent la base
natérielle du socialisme.
Le socialisme représente un stade supérieur par rapport
à la société capitaliste il ne saurait se greffer sur le sous-
• développement.
Il s’agit donc, non seulement, de récupérer les richesses
nationales aliénées par les monopoles étrangers, de socialiser
les moyens de production existants, mais encore d’en creer
de nouveaux en mettant en branle toutes les forces productives du pays: mise en valeur des ressources naturelles, politique d’industrialisation audacieuse, modernisation de l’agriculture, formation intensive des cadres.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 721
C’est pour traduire cette préoccupation fondamentale, que
le Pouvoir revolutionmaire a pulse a Rev sution industrieine,
La Revolution agraire e la Revolution culturelle, destinees toutes
mes trois, a la réalisation d’une meme fin: assurer un depeloppement integral et harmonieux du pays Grace a l’élaboration
et à la mise en œuvre des plans nationaux et de programmes
spéciaux de développement régional, l’Algérie est entrée résolument dans l’ère du progrès moderne et du développement
veritable.
Le socialisme n’exige pas seulement le developpement, 11
en est l’âme et le ressort. En integrant de i’veloppement dans
sa véritable perspective historique, c’est-à-dire dans le cadre
d’une retonte globale de la société, le socialisme lui assure
es conditions premières du succès.
A cet effet, la planification s’affirme comme un instrument
de direction et de démocratisation de l’économie et comme
un moyen de répartition équitable des fruits et des charges
du dévelopement.
3 Le travail non seulement un droit mais aussi un devoir
et un honneur
En liquidant les bases objectives, de l’exploitation et en libérant les forces productives, le socialisme réhabilite au plus
neut point le travail des hommes. Il considère le travail
comme le facteur fondamental de la producion et de l’accumulation et comme la source principale de tout progrès social
e de la richesse économique.
La société socialiste est fondée sur le travail. Elle abolit
radicalement le parasitisme, l’oisiveté: elle condamne la
paresse, le laisser-aller et le fatalisme.
Le socialisme fait du travail non seulement un droit, mais
aussi un devoir et un honneur.
A notion de travail doit être liée celle de dignité Ce
qui fait la dignité de l’homme c’est son travail, ce qui entraîne
sa decheance, c’est l’oisivete. Sans travail, le citoyen devient
une charge pour la société.
Bannır à jamais le chômage, tel est l’un des objectifs les
p’us pressants du socialisme en Algérie.
Partant du principe de l’égalité des sexes le socialisme qui
reconnait la place essentielle qu’elle occupe dans la cellule
familiale en tant que mère, epouse, et citoyenne, encourage
la femme, dans l’intérêt de la societe, à occurer un poste de
travail.
Le principe du socialisme de chacun selon ses capacités,
a chacun son travail », doit devenir le principe central de
Lotre organisation sociale.
Le travail doit être rémunéré selon la quantité et la qualité
du travail fourni Cela permet de récompenser l’effort, de
stimuler l’initiative et de favoriser la production.
Le socialisme rejette l’egalitarisme simpliste qui ne tient
pas compte du mérite personnel et des talents individuels et
constitue une prime à la médiocrité.
4 Satisfaction prioritaire des besoins fondamentaux des
masses populaires
En bannissant ‘injustice et l’exploitation, et en revalorisant
le travail. le socialisme doit assurer la satisfaction des besoins
fondamentaux des masses populaires.
Dans une première phase, il a pour objectif essentiel, d’assurer, au minimum à chaque citoyen, un modèle de consommation correspondant aux normes d’une vie décente: Logement,
nourriture, vêtements, santé, scolarisation des enfants, culture
et loisirs.
Les besoins fondamentaux des masses, satisfaits, la croissance economique permettra à tous les Algériens d’accéder
progressivement à une qualité de vie supérieure.
Par ailleurs, l’Algérie socialiste considère comme un devoir
impérieux d’assurer l’existence de ceux qui ne peuvent pas
encore, ne peuvent plus, ou ne pourront jamais travailler.
Elle est responsable de la vie et des conditions d’existence de
chaque citoyen et doit liquider radicalement des fléaux sociaux
qui opligent l’être humain à s’humilier pour vivre.
722 JOURNAL OFFICIEL DE LA
L’Etat doit créer toutes les conditions pour que chaque
Algérien puisse satisfaire ses besoins essentiels dans la dignité.
Ces investissements sociaux, s’ils représentent une lourde charge
pour la société, ne constituent pas moins un facteur fondamental
du développement. Non seulement ils favorisent la promotion
d’importantes couches de la population, qui étaient releguées
dans une condition infra-humaine sous le régime colontal,
mais, en les insérant résolument dans la production, ils assurent
à cette dernière un soutien de plus en plus vaste.
5 Libération de l’individu et sa promotion comme citoyen
responsable
Dans les pays avancés, le socialisme bénéficie d’un acquis
historique énorme celui de la société bourgeoise, de ses
techniques, de son savoir-faire, de ses traditions démocratiques.
Dans les pays retardés, le socialisme doit tout créer par
lui-même y compris la société, sous sa for ne moderne, de
manière à faire de la nation une association libre de citoyens
libres.
Cela signifie, qu’en Algérie, le socialisme ne peut en aucun
cas, escamoter les tâches démocratiques nationales. Ces tâches
comprises dans la Révolution Démocratique Populaire sont
permanentes elles doivent rester in souci majeur du socialisme.
La liquidation des structures objectives de l’exploitation, la
satisfaction des besoins fondamentaux des masses, sont une
condition nécessaire, mais nor suffisante d’un développement
socialiste. Pour qu’il y ait édification socialiste, il faut qu’il
y ait engagement conscient, capacité politique des travailleurs
à assumer leur mission historique à l’avant-garde de la nation.
Le travailleur dans l’usine socialiste. le paysan dans la
coopérative de la Révolution agraire, sont en principe des
producteurs libres. Mais pour le devenir réellement, ils doivent
acquérir une conscience politique en rapport avec leur nouvelle
situation sociale. En d’autres termes, pour être des producteurs
libres, les travailleurs doivent être en même temps des citoyens
conscients. Leur conscience socialiste et leur conscience civique
doivent se développer simultanément et se renforcer l’une par
l’autre.
Le socialisme doit créer les mécanismes adéquats qui permettront à l’individu, objectivement liberé ou en voie de l’être,
de se sentir pleinement responsable et cela sur la base des deux
principes suivants :
A) assurer rigoureusement le respect des droits fondamentaux
de l’homme, notamment :
l’égalité devant la loi; nul n’est au-dessus des lois ;
- une justice égale pour tous ;
la sécurité du citoyen contre tous les emplètements et la
jouissance paisible des fruits de son travai;
la promotion de la femme et sa pleine participation à la
vie politique, économique, sociale et culturelle de la nation;
la liberté de conscience;
- la liberté de pensée;
la liberté d’opinion et d’expression à condition qu’elle ne
soit pas utilisée pour porter atteinte à la Révolution.
Ce qui implique l’extirpation de l’esprit féodal, de l’esprit
tribal, de l’esprit de clan, et du régionalisme, le rejet du
nepotisme, du favoritisme et de la corruption, ainsi que
le développement du sens divique, de l’esprit critique et
de la conscience démocratique.
B) Bannir systématiquement tout sectarisme, tout dogmatisme,
tout autoritarisme et tout bureaucratisme qui auraient pour
effet de Freiner le développement des facultés du travailleur
intellectuel et manuel, ainsi que sa créativité.
C’est à un tel objectif que répond, notamment la gestion
socialiste des entreprises et que concourent toutes les autres
institutions de la démocratie socialiste.
En faisant du travailleur un producteur gestionnaire responsable, on crée, du même coup, les conditions les plus propices
à la promotion de l’homme et du citoyen.
Cette tâche, pour être menée à bien, requiert de la part
du Parti, de l’Organisation syndicale et des autres organisations
de masse, un effort soutenu tendant à renforcer la conscience
socialiste des travailleurs, à leur inculquer le sens de la disci-
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
pline collective et de la morale socialiste. Ainsi, sera peu à
peu éliminée la contradiction qui subsiste encore entre le
niveau de conscience des travailleurs, et les nouveaux rapports
de production socialistes.
La Févolution algérienne s’est faite sur la base de l’initiative
créatrice des masses populaires. L’édification socialiste doit,
a son tour mettre à profit une telle expérience et lui donner
son plein développement.
Le socialisme, en Algérie, s’affirmera ainst comme un systeme où l’homme n’est ni un idéal abstrait et lointain, ni un
instrument passif et résigné, mais l’artisan libre, conscient et
volontaire de la société nouvelle.
IX. LES FORCES SOCIALES DE LA REVOLUTION
Pour étre appliqués avec succès, les principes du socialisme
exigent une connaissance ciale des forces sociales en présence,
de a nature des rapport qu’elles entretiennent entre elles.
Cela implique une stratégie de la Révolution fondée sur les
données concrètes de la sociéte.
La société algérienne se caractérise, aujourd’hui, par une
très grande mobilité. D’une part, les masses copulaires - travailleurs paysans volent teur rôle socio-economique s’élargir,
leur poids politique gagner en importance à la suite des transformations structurelles réalisées par le Pouvoir revolutionnaire.
D’autre part, on assiste a “emergence d’une tendance néobourgeoise, notamment a travers des tentatives de nature
compradore. et dont l’action politique et idéologique ne doit
être, en aucun cas, sous-estimée Entre ces deux tendances
extrêmes, les couches moyennes restent encore ouvertes à tous
les courants mais elles sont dans leur majorité, favorables aux
options nationales du pays.
Le maintien, dans le cadre de notre option socialiste, de
la petite entreprise privée non exploiteuse, exige une action
idcologique intense en direction des couches noyennes en vue
de faire de ces couches un allié de la Révolution.
En ce qui concerne le secteur privé, il doit apporter sa
contribution au développement du pays en orientant ses activités vers des tâches utiles et complémentaires de l’effort
national. Cependant, l’Etat socialiste fera la différence entre
ceux qui travaillent honnêtement dans le respect de la loi et
ceux qui cherchent à la transgresser.
A cet egard, le secteur parasitaire ou compradore doit être
non seulement combattu et éliminé, mais son influence
insidieuse sur tous les plans, enrayée.
Dans la phase actuelle, la Révolution doit se prémunir
contre deux dangers qui la menacent et qui font le jeu de la
réaction:
ຈ) La sous-estimation du combat idéologique et qui est
susceptible d’engendrer l’indifférence et la démobilisation et
dont l’opportunisme le carriérisme, le dilettantisme, ne sont
pas les moindres maux.
b) La tendance au populisme et au gauchisme, qui se traduit
par la démagogie, l’absence de rigueur dans les principes, le
refus systématique de toute autorité, et la dissolution du sens
des responsabilités Cette tendance, d’essence vetite bourgeoise,
rabaisse la Révolution à un spontanéisme infantile et en constitue la négation.
Quelles sont les forces fondamentales de la Révolution ?
Ces forces sont les travailleurs manuels et intellectuels -,
es paysans, les djounoud, la jeunesse, et les eléments patriotiques révolutionnaires.
D’origines sociales diverses, ces derniers, militants de la première heure et moudjahidine, forgés dans le creuset du Front
de Libération Nationale et de l’Armée de Libération Nationale
ont, depuis l’indépendance, poursuivi sans relâche leur mission
dans les rangs du Parti et de l’ANP ou dans les autres rouages
et organismes de l’Etat 2 l’instar de la Révolution dont ils
sont le produit authentique, ils ont évolué de la position anticolonialiste à la position anti-impérialiste et de la position antiimpérialiste à la position socialiste. C’est ce noyau patriotique
révolutionnaire qui a amorcé le développement socialiste du
pays et continue, en communion avec les autres forces sociales
de la Révolution, à en orienter les destinées. Force qualitativement importante de la Révolution dont il traduit la continuité
et l’esprit créateur, il assume un rôle d’avant-garde dans l’emergence d’une pensée nationale progressiste et socialiste.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
C’est en renforçant l’alliance des travailleurs, des paysans,
des djounoud, de la jeunesse, et des elements patriotiques révolutionnaires, que la Révolution deviendra invincible et qu’elle
pourra progresser résolument dans la vole du socialisme.
Cette alliance se fera sous la direction d’un Parti d’avant-garde, seul capable de mener jusqu’à son terme le combat idéologique et politique pour la transformation des mentalités et le
développement de la conscience socialiste.
C’est grâce à un tel combat que la Révolution parviendra à
surmonter les contradictions nées du développement même du
pays et de sa progression dans la voie socialiste.
1. - Les travailleurs :
Est qualifiée travailleur toute personne qui vit du produit de
son travail, qu’il soit intellectuel ou manue’ et n’emploie pas
à son profit d’autres travailleurs dans son activité professionnelle.
La Révolution a transformé radicalement et dans l’espace de
dix années, le sort des travailleurs. Elle leur a ouvert la voie
à l’amélioration continue de leur niveau social, technique et
culturel; elle a élargi leur rôle tant au sein des unités de
production qu’ u niveau de la nation; elle a fait peu à peu
reculer ‘a menace du sous-emplos et du chômage elle a enfin
garanti aux travailleurs la stabilité de l’emploi sans laquelle ils
ne peuvent aspirer à un niveau de vie décent fonde sur un
revenu régulier.
D’autre part, la Révolution élargit de plus en plus les avantages sociaux des travailleurs et leur donne des possibilités
d’accès à la science et à la technologie modernes qu’ouvrent
l’expansion continue et diversifiée de l’économie et l’introduction
permanente de nouvelles techniques. L’extension en particulier
du système de formation professionnelle facilite l’adaptation
du travailleur à son emploi, contribue à l’amélioration de son
niveau de vie et le met à l’abri du chômage technique.
Engagés dans l’édification de l’économie nationale, qui constitue la base matérielle du socialisme, les travailleurs approchent
de près les réalités quotidiennes et sont confrontés aux luttes
qu’il faut mener pour augmenter la production et donner ainsi
plus de bien-être au peuple. Ils acquierent ainsi, par leur participation à la bataille du developpement, au niveau des ateliers,
des chantiers, des usines, une expérience sociale irremplaçable.
Les travailleurs ont un rôle décisif à jouer dans le développement de la Révolution car ils contribuent d’une manière déterminante à la consolidation des assises économiques du socialisme. Leurs responsabilités dépassent donc la sphère de leurs
intérêts en tant que travailleurs: c’est d’eux en effet que
dépend l’accélération, ou le ralentissement de l’effort economique du pays, et, par-là, l’édification même du socialisme.
Les travailleurs doivent donc placer leur rôle de producteurs
dans un contexte social qui déborde le cadre de l’entreprise
Loin de se limiter à exécuter des tâches dont la signification
leur échappe. ils doivent accomplir leur travail er en saisissant
les répercussions tant sur l’équilibre économique de l’entreprise
que sur l’état général de l’économie.
Chaque travailleur apportera sa contribution au progrès de
la Révolution. Son engagement révolutionnaire se traduira
d’abord par le renforcement de la productivité.
Les travailleurs tendront de toutes leurs forces, à accroître
non seulement la production mais à ameliorer la finition et la
qualité des produits, sans lesquelles ces derniers perdraient une
partie de leur utilité sociale. L’esprit d’initiative, la capacité
d’innovation, la recherche des techniques propres à améliorer
la productivité et la production doivent devenir chez les travailleurs un impératif de tous les instants.
Les travailleurs doivent utilise. de façon responsable les
moyens de production mis à leur disposition par la collectivite,
éviter le laisser-after et combattre le gaspillage Les moyens de
production constituent entre leurs mains une arme de combat
pour une societe plus juste Us doivent donc veiller à ce qu’ils
ne soient pas detournés de leur destination première qui consiste
à augmenter les richesses matérielles de la cation. L’efficacité
avec laquile ils les utilisent a. des répercussions directes tant
sur la condition des travailleurs qui les emploient que sur ie
niveau de vie du peuple tout entier En effet, l’accumulation
du capital étant réalisée au profit des masses populaires, les
REPUBLIQUE ALGERIENNE 723
conditions matérielles du peuple restent étroitement dépendantes du développement de la production.
Si l’édification socialiste s’appuie sur un nombre de plus en
plus large de travailleurs, il n’en demeure pas moins que son
avenir repose sur la qualité de leur formation ideologique et le
degré de leur conscience civique et politique Les travailleurs
les plus conscients, les plus expérimentés et les plus compétents,
doivent assurer un rôle d’avant-garde dans l’éveil et la formation idéologique et politique des autres travailleurs et animer
les organes de la gestion socialiste des entreprises. Ces organes
constituent pour les travailleurs un instrument efficace pour la
concrétisation de leurs aspirations comme producteurs, comme
citoyens et comme force révolutionnaire engagée dans la construction du socialisme.
Grâce à leur participation active au fonctionnement régulier
des instances collectives, les travailleurs pourront acquérir des
compétences techniques et de gestion qui renforceront leur position dans la production et fortifieront leur rôle au sein de la
nation. Ils feront preuve d’autant plus d’esprit responsable qu’il
ne saurait y avoir contradiction entre leurs intérêts et ceux
de l’entreprise qui les emploie.
Entre une sociéte où les entreprises appartiennent à la collectivité et sont gérées en association avec les producteurs et sous
leur contrôle, et une société où les travailleurs restent sous la
férule du capital privé et ne peuvent espérer aucune amélioration fondamentale de leur sort, ie choix des travailleurs ne
saurait faire aucun doute.
Si les travailleurs algériens commencent déjà à vivre le sociaisme en tant que producteurs. ils savent cependant tout ce qui
reste encore à faire pour bénéficier d’un bien-être, dont la
réalisation est liée a l’édification du socialisme et a la poursuite
de l’effort de développement.
Si le succès de la Révolution signifie la promotion économique,
sociale et politique des travailleurs, son échec aboutirait automatiquement à la restauration de leur exploitation par une
minorité de privilégiés. L’avenir des travailleurs se confond ainsi
avec le destin de la Révolution, le succès de la propriété collective et le développement dé la production. Les travailleurs
doivent donc jouer un rôle moteur dans l’accélération du processus revolutionnaire et la construction du socialisme. C’est
pourquoi les travailleurs doivent intensifier leur participation
à la gestion des affaires publioues. L’Etat socialiste veillera en
particulier à ce qu’ils aient une représentation conséquente
dans toutes les assemblées populaires.
2. Les paysans:
Les paysans représentent la partie la plus déshéritée du
peuple algérien. Ne possédant aucun privilège matériel ou social
légué par le passé et qu’ils pourraient chercher à conserver,
c’est dans l’avenir qu’ils placent leurs espoirs de promotion. Ils
ont un intérêt vital au succès du socialisme, et associent leur
destin a celui de la Révolution en dehors de laquelle ils ne
voient aucune autre alternative.
La Révolution Agraire a commencé à modifier profondément le
sort des paysans. Arrachés a l’ignorance et à l’exploitation, ils
mettent désormais en valeur et à leur propre profit une terre
que la Révolution leur a attribuée. Leur promotion sociale, cuiturelle, économique et politique, est ainsi intimement liée à la
Révolution.
L’adhésion des paysans au système coopératif leur permet,
d’acquérir une expérience dans la pratique du socialisme qui les
piace aux premières lignes du front de la Revolution.
L’importance numérique de la paysannerie algérienne,
SOI experience de lutte séculaire pour la liberation
nationale, permettent d’augurer favorablement de son rôle dans
le processus révolutionnaire. Une des tâches essentielles de la
Révolution algérienne est de renforcer la mobilisation de la
paysannerie autour de ses nouvelles conquêtes. Si la Revolution
a donné aux paysans la terre et les moyens matériels pour la
travailler elle doi maintenant les aider à élever leur conscience
sociale et à placer leur action dans un cadre qui depasse les
horizons étroits de leur unite de production. Elle doit leur
permettre d’acceder à des tormes modernes de pensee, de travail
et d’organisation, a s’ouvru targement aux problèmes de a
nation et du monde. La pavsannerie représente un immense
potentiel d’energie qui doit pouvoir s’integrer, peu à peu, dans
724 JOURNAL OFFICIEL DE LA
la marche de l’ensemble du pays C’est pourquoi, le rôle politique de la paysannerie doit se manifester, d’une mamère de
plus en plus sensible grâce, notamment, à la participation active
de ses représentants aux travaux des diverses assemblées popu-
Jaires.
La paysannerie algérienne qui a supporté héroïquement le
poids de la guerre d’indépendance et bénéficié depuis la mise
en œuvre de la Révolution Agraire d’avantages concrets, doit se
sentir directement concernée avant toutes les autres couches
sociales par l’édification du socialisme.
3. La jeunesse :
De même qu’elle a participé au combat d’hier, la jeunesse ne
saurait, aujourd’hui, rester en dehors de la Révolution et ne pas
participer à l’édification de la sociéte nouvelle. Si beaucoup de
jeunes prennent déjà une part active au mouvement révolutionnaire, c’est, en ait, l’ensemble de la jeunesse qui devrait jeter
tout son poids dans la Révolution. C’est, en effet, sur la jeunesse
que reposent, pour une part non négligeable, la continuité de la
Revolution et l’édification du socialisme. La génération du 1”
novembre 1954 a libéré le pays et jeté les bases du socialisme;
elle doit pouvoir remettre l’héritage à des hommes qui soient
er. mesure de l’assumer et d’en comprendre la portée historique.
La jeunesse algérienne ne peut se hisser à la hauteur des
responsabilités qui l’attendent qu’à condition de bien se penétrer
de la grandeur des tâches à accomplir, et de refuser de calquer
ses idées, son comportement sur des modèles nocifs et inconsistants. L’imitation facile de comportements importés d’un
environnement social différent, est un facteur de démobilisation,
une déviation à la fois anti-nationale et anti-socialiste.
La jeunesse intellectuelle, plus particulièrement, ne doit pas
se couper des masses dont elle est issue dans sa grande majorité.
C’est grâce à une liaison permanente avec les masses populaires
et avec leurs problèmes quotidiens qu’elle pourra s’initier utilement aux tâches politiques et idéologiques de la Révolution Les
études ne doivent pas être une cause de privilèges ou une base
de revendications injustifiées, mais une source d’obligations précises envers la collectivité. La jeunesse doit utiliser ses connaissances au profit des masses populaires, non seulement en se
mettant résolument au service de leurs intérêts, mais en menant
parmi elles une action visant à accroître leur niveau culturel
et leur conscience sociale.
Aucun jeune ne doit rester à l’écart du travail idéologique
autour duquel toute la jeunesse du pays sera mobilisée. L’éducation idéologique et politique fortifie la conscience révolutionnaire des jeunes et multiplie leurs attaches avec la vie de leur
peuple et ses réalités. Il s’agit pour eux, en l’occurrence, de
prendre clairement conscience des grands problèmes qui se
posent au pays, des progrès déjà accomplis et des transformations qui restent à entreprendre pour abolir radicalement
la misère, l’ignorance, l’exploitation de l’homme par l’homme
et håter l’avènement d’une société socialiste.
La jeunesse algérienne possède une mentalité libre des préjugés inhérents à un ordre social révolu. Elle se montre réceptive
au mode de penser et de vie socialiste, qui exclut l’individualisme, et valorise les vertus de solidarité, de désintéressement
et d’abnégation au service de la collectivité.
Notre jeunesse a déjà prouvé qu’elle était capable de comprendre l’enjeu actuel. Elle soutient sans réserves les mesures
révolutionnaires du pays et apprcuve fermement l’option socialiste dans laquelle elle se reconnaît.
Le volontariat pour le succès de la Révolution Agraire a permis,
non seulement de mobiliser les jeunes autour d’objectifs concrets
d’une grande portée sociale, mais d’amorcer une pratique du
travail au sein des masses dont les résultats bénéfiques plaident
en faveur de cette expérience et de son développement continu
dans les prochaines années.
Par ses aspirations, par son effort de perfectionnement, sa
haine de l’injustice, sa volonté de construire un avenir meilleur,
la jeunesse algérienne ne saurait accepter d’autre société que la
société socialiste. Sa place est, aujourd’hui, plus que jamais,
aux côtés des paysans et des travailleurs.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
TITRE DEUXIEME
LE PARTI ET LETAT
Le système institutionnel algérien est basé sur l’unicité du
Parti.
Le Parti est la force d’avant-garde de direction et d’organisation du peuple pour la concrétisation des objectifs de la
Révolution. Il constitue le guide de la Révolution et la force
dirigeante de la société. Il est l’organe de direction, de conception et d’animation de la Révolution. A ce titre, il approfondit
constamment l’ideologie dans le cadre des orientations arrêtées
par la charte, définit les lignes d’actions et précise les perspectives de la Révolution socialiste et détermine les moyens à
mettre en œuvre pour consolider ses positions et assurer sa
marche en avant.
La direction du Parti oriente et contrôle la politique du pays.
Les institutions du Parti et leur mode de fonctionnement sont
fixés par les statuts.
Le congrès est l’organe suprême du Parti. Il est constitué
par les représentants des membres du Parti démocratiquement
élus par la base. Le congrès adopte les statuts du Parti dont le
fonctionnement doit obéir aux principes du centralisme démocratique, précise les orientations idéologiques, définit la politique
générale de la Révolution, détermine les objectifs à atteindre et
élit la Direction du Parti. La charte nationale étant le document
idéologique de référence du parti, le congrès pourra en approfondir les concepts et les orientations et y apporter les ajustements, les correctifs nécessaires, compte tenu des impératifs
de l’évolution de la Revolution dans tous les domaines.
Au niveau de l’Etat, les relations entre les différents organes
du pouvoir et les mécanismes qui les régissent sont déterminés
par la constitution qui sera soumise à l’approbation du peuple
par voie de référendum.
L’Assemblée Nationale et le Président de la République sont
élus au suffrage universel.
La direction du pays est l’incarnation de l’unité de direction
politique du Parti et de l’Etat. Dans le cadre de cette unité,
c’est la direction du Parti qui oriente la politique générale du
pays.
A ce titre, les fonctions déterminantes de responsabilité au
niveau de l’Etat sont détenues par des membres de la direction
du Parti tandis que les autres postes de responsabilité à caractère politique dans l’Etat sont confiés à des militants. De même,
les candidatures pour l’élection des organes éligibles de l’Etat
sont proposées au suffrage universel par le Parti.
Les organes du Parti et de l’Etat agissent dans des cadres
séparés et avec des moyens différents pour atteindre finalement
les mêmes objectifs.
Leurs attributions ne sauraient se chevaucher ou se confondre,
car l’organisation politique du pays est fondée sur la complémentarité des tâches entre les organes du Parti et ceux
de l’Etat.
Le Parti ne doit en aucune manière se substituer aux organes
administratifs. Cela conduirait à la dilution de la responsabilité
au niveau de l’administration, comme à une déviation du Parti
quant à la compréhension de son rôle qui est avant tout
politique et non administratif.
Le Parti doit agir sur l’administration aussi bien de
l’intérieur des militants étant désignés aux postes de
responsabilité que par la voie de ses instances hiérarchiques.
I. LE PARTI
Le développement accéléré du pays. l’édification d’une société
socialiste ne se font pas spontanement. Ils ne sauraient être
menés par les seuls appareiis adıministratifs. Ils ne peuvent être
que le résultat d’une action consciente des masses sous l’égide
d’une direction révolutionnaire. Cette action restera vaine si eile
n’est pas systématiquement organisée au sein d’un vaste mouvement politique animé par un Parti d’avant-garde, le FLN.
Les structures, les modes d’action, les normes de la vie du
FLN doivent évoluer avec le développement de la Révolution et
la nature des tâches à accomplir.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
1. Pour un Parti d’avant-garde
L’accroissement des dimensions et de la complexité des tâches
de la Revolution, la réalisation de la Révolution agraire,
la gen ansation de la participation des travailleurs et des
paysans à la gestion des affaires publiques et de la production,
l’exten..ion en un mot de la democratie socialiste exigent
du Parti, un renforcement conséquent de ses structures et
une rigueur nouvelle de la part des militants et surtout
des responsables.
Le Parti doit modifier ses modes d’organisation et les adapter
aux situations nouvelles. Cela ‘doit être le résultat d’une démarche élaborée qui tienne compte à la tois de l’expérience acquise,
des mutations opérées dans le processus révolutionnaire, des
possibilités présentes et des tâches futures.
Il s’agit, en d’autres termes, d’approfondir notre expérience
révolutionnaire de passer du contenu démocratique et populaire
de la Revolution, à son contenu socialiste. Sans un tel approfondissement, notre entreprise révolutionnaire dégénérerait en
populisme sans cor.tenu, en révolutionnarisme sans perspective.
Il s’agit, également, en se prononçant pour l’appropriation
collective des moyens de production, d’en tirer toutes les consequences ideologiques, stratégiques et organisationnelles. Cela umplique sur le plan du Parti, un travail idéologique et organisationnel créateur qui doit être le fait de toutes les énergies
révolutionnaires, un travail qu il sera fait appel au savoir et à
l’expérience de tous ceux qui combattent pour le triomphe des
options socialistes définies dans la charte.
Le Front de Libération Nationale est un Parti d’avant-garde.
C’est l’organisation de tous les elements conscients tendus vers
la réalisation d’un mérne but, la poursuite d’une même action,
et dont l’objectif ultime est le triomphe du socialisme. Ces
éléments choisis notamment au niveau des travailleurs,
des paysans et de la jeunesse, seront l’objet d’une sélection
rigoureuse.
Etre capable de faire le départ entre l’intérêt général et
l’intérêt particulier, et subordonner en toute circonstance au
premier le second; accepter la discipune inonolithique du Parti,
faire corps avec ie Parti et sa direction; travailler au renforcement de l’unité de direction du Parti et de l’Etat, appliquer
la critique et l’auto-critique et veiller au choix rigoureux des
responsables à tous les échelons; telles sont les conditions
premières de l’appartenance au Parti. Si dans le Parti, ces
conditions ne sont pas remplies, un tel Parti ne pourrait assumer
son rôle d’avant-garde de la Révolution.
2. Le Parti d’avant-garde et les militants
Pour répondre aux imperatifs de la phase nouvelle qui est
une phase de consolidation des acquis socialistes et de leur
extension dans tous les secteurs, le Parti doit renforcer avant
tout son unité idéologique. Ceci implique de la part de ses
membres, une communauté d’idées sur les problèmes fondamentaux de la Révolution. Cette unite de conception doit amener
les militants à une même approche des problèmes auxquels ils
sont confrontés quotidiennement.
Cela implique aussi que le Parti repose sur une base idéologique et politique très précise, et qu’il doit se débarrasser de
tous ceux qui transgressent les principes de la Révolution ou en
compromettent les idéaux. Seuls ceux qui coinbattent inlassablement pour le triomphe de l’option socialiste définie dans
la charte, qui sont convaincus de la justesse des idées du FLN
et s’engagent à les mettre en pratique, qui se consacrent pleinement à la lutte pour la réalisation de ses ideaux, peuvent
être membres du Parti. En s’intégrant au FLN, le militant
accepte de mener une lutte sans relâche pour la réalisation
totale de la Révolution, estimant que c’est là son idéal principal.
La force du FLN réside dans sa liaison indissoluble avec le
peuple. Le Parti ne peut organiser et mobiliser les masses sans
gagner leur confiance. Il accomplit sa mission par l’exemple
et le sens du travail de ses membres, par leur influence morale,
par l’ascendant qu’ils peuvent acquérir grâce à leur probité et
à leur dévouement.
Les membres du Parti, doivent donner l’exemple sur le plan
du civisme, de l’ardeur au travail, de l’accomplissentent du
devoir. Ils sont tenus d’observer une conduite exemplaire, de
placer les intérêts de la société au-dessus de leurs intérêts personnels. Le Parti n’est fort que dans la mesure où ses militants
sont les combattants les plus dévoués aux intérêts du peuple.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 725
L’admission ou le maintien d’éléments qui ne répondent pas à
ces critères affaiblit l’autorité du Parti, mine la confiance des
masses à son égard et altère la combativité des militants.
Les travailleurs et les paysans doivent occuper une position
dominante au sein du FLN. Cette position ne traduit pas seulement le fait qu’ils forment l’écrasante majorité de la population.
Elle correspond au rôle qu’ils doivent jouer et à la place qu’ils
doivent occuper dans la société socialiste.
Ceci n’implique nullement des restrictions spéciales pour les
autres groupes sociaux non exploiteurs. Les artisans, les petits
commerçants, pour ne citer que ceux-là, sont les alliés objectifs
de la Révolution et peuvent donc être memores du Parti à part
entière. Cependant, le Parti, en tant que responsable de l’orientation générale de la Révolution, ne peut s’en remettre à de
simples critères automatiques pour régler le problème crucial
de sa composition. L’adhésion au Parti doit être prononcée par
des instances et suivant une procédure destinée à vérifier, dans
chaque cas, si le futur militant remplit bien toutes les conditions
morales et politiques sans lesquelles il ne pourrait devenir
membre de l’avant-garde révolutionnaire.
3. Le combat idéologique du Parti
Les travailleurs, les paysans, les djounoud, les jeunes les plus
conscients, comme tous les éléments patriotiques révolutionnaires, doivent élever leur niveau culturel, idéologique et politique. C’est à cette condition qu’ils pourront assumer pleinement
leur rôle dans le progrès économique et social du pays, dans
la consolidation de l’indépendance nationale et le succès de
l’édification socialiste.
L’idéologie socialiste n’est pas un dogme figé elle ne se
réduit pas à des clichés sans vie, à des slogans interchangeables.
L’ideologie socialiste exige une élaboration théorique permanente qui s’enrichit sans cesse au contact de la pratique.
L’expérience révolutionnaire de l’Algérie, son originalité ainsi
que son nécessaire approfondissement, militent en faveur d’un
travail idéologique créateur dont le Parti sera l’artisan infatigable. Cette fonction idéologique est vitale pour la cohésion des
forces révolutionnaires, le renforcement et l’extension de la
conscience socialiste, la mobilisation permanente du peuple autour des objectifs de la Révolution.
Les militants et les cadres doivent assimiler la base théorique
de notre conception de la société telle qu’elle se dégage de la
Charte Nationale. Ils doivent acquérir, à cet égard, une double
formation théorique et pratique. L’institution d’une école supérieure des cadres devient une nécessité impérieuse. Elle implique un choix judicieux de formateurs rompus à l’action militante et d’un niveau intellectuel très élevé, qui ont fait la
preuve de leur adhésion totale aux orientations de la Charte
et qui soient capables de faire une liaison correcte entre la
théorie et la pratique.
La formation idéologique des militants et des cadres est inséparable d’une vie démocratique à l’intérieur du Parti. Les militants doivent pouvoir poser les problèmes dans leurs cellules et,
si nécessaire, devant les instances supérieures. La critique et
l’auto-critique sont un devoir pour chaque militant. Elles permettent de renforcer la combativité du Parti, stimuler ses activités créatrices et resserrer ses liens avec les masses. Chaque
militant doit pouvoir défendre courageusement ses opinions,
dénoncer les insuffisances et proposer des corrections; il doit
se rallier au point de vue de la majorité si son point de vue
est minoritaire. Pour assurer la cohésion de ses rangs, le Parti
doit allier organiquement un large développement de la démocratie à une discipline rigoureuse, concilier le sens de l’organisation et l’esprit d’initiative de ses membres.
Un travail idéologique conséquent doit renforcer la maturité
politique des masses, aiguiser leur conscience révolutionnaire.
Ceci a pour corollaire le refus de toute démagogie, la prise
en considération des critiques justifiées et une lutte résolue
contre le régionalisme, l’esprit de clan, le népotisme et le
travail fractionnel.
4. Les cadres du Parti et de l’Etat
Dans la réalisation des tâches de la Révolution, une responsabilité spéciale incombe aux cadres à tous les niveaux. Le
succès de notre vaste entreprise d’édification économique et de
transformation sociale sans précédent, exige, certes, une ligne
726 JOURNAL OFFICIEL DE LA
politique juste et des perspectives claires. Mais le choix des
hommes appelé à la mettre en application en détermine d’une
manière cruciale les résultats Le choix des hommes revèt donc
dans la phase actuelle, un caractère stratégique décisif.
Les cadres peuvent constituer un frein à tout effort de développement ou, au contraire, représenter une force motrice de
1. Revolution. C’est à travers eux que les masses jugent de la
santė morale et politique du mouvement révolutionnaire. Leurs
qualités conditionnent donc aussi bien la mobilisation des
energies populaires que le succès des actions de développement.
Leur choix doit donc être judicieusement élaboré et leur éducation constamment suivie car ils forment la base de l’activité
organisationnelle du Parti et de l’Etat.
Choisir des cadres qualifiés, c’est tenir compte en premier
lieu de l’engagement, c’est-à-dire de critères idéologiques et
politiques précis, s’identifiant aux options et aux principes de
la Charte Nationale. C’est, en d’autres termes, déceler les militants idéologiquement et puitiquement aguerris, qui comprennent
correctement et défendent les intérêts de l’Etat socialiste et la
ligne politique du Parti, qui sont capables d’une abnégation
pouvant aller jusqu’au sacrifice, pour inscrire dans les faits les
idéaux de la Révolution. Plus la formation idéologique des cadres
est bonne, plus ils orientent dans le sens voulu par la Révolution,
la solution des problèmes auxquels ils sont confrontés.
Choisir des cadres qualifiés, c’est aussi déceler les éléments
qui ont les compétences techniques et l’expérience nécessaires,
qui ont le sens de l’organisation et de la conduite des affaires
publiques.
Choisir des cadres qualifiés, c’est enfin promouvoir les militants intègres qui subordonnent leurs intérêts égoïstes à ceux
de la Révolution, qui vivent uniquement de leur salaire et ne
s’adonnent à aucune activité lucrative, ni directement, ni par
personne interposée.
On ne peut posséder des affaires ou y être intéressé et assumer des responsabilités dans le Parti ou dans l’Etat, c’est-à-dire
à l’avant-garde des travailleurs et des paysans et pour le succès
de la Révolution socialiste. C’est là une contradiction qu’il faut
éliminer sans réserve si l’on veut éviter le risque de voir s’instaurer des déviations dangereuses de nature à vider notre mouvement révolutionnaire de son contenu idéologique. Des convictions politiques solides, un dévouement absolu au pays, sont les
traits essentiels du cadre. Intégrité, engagement, compétence,
sont les trois critères fondamentaux auxquels doit répondre
chaque cadre du Parti, de l’Administration, des entreprises socialistes et des organisations de masse.
La répartition des cadres doit être subordonnée aux tâches
essentielles de l’édification. La Révolution veillera à ce qu’ils
soient pleinement utilisés et judicieusement répartis selon les
priorités.
L’intérêt de la Révolution exige une promotion hardie des
jeunes qui insufflent l’enthousiasme dans tous les secteurs, et
apportent une vision neuve dans l’appréhension des problèmes.
Cette promotion de jeunes, éprouvés dans la pratique, doit se
faire en observant le principe d’une intégration étroite des
cadres anciens et nouveaux. C’est là une loi du développement
continu de la Révolution.
5. Les organisations de masse
Les organisations de masse répondent à un impératif primordial de la Révolution mobiliser les couches les plus larges de
la population en vue de réaliser les grandes tâches politiques,
economiques, sociales et culturelles qui conditionnent le développement du pays et le succès de l’édification du socialisme.
Il s’agit d’organiser à tous les niveaux et à une vaste échelle,
les travailleurs, les paysans, la jeunesse, les femmes, de leur
donner une conscience accrue de leurs responsabilités et du
rôle grandissant qu’ils doivent assumer dans la construction
du pays.
Sous l’égide et le conrôle du Parti, les organisations de masse
doivent devenir une école de formation civique, de discipline
nationale et d’apprentissage de la démocratie socialiste. Elles
doivent devenir des organes actifs de diffusion de l’idéologie du
FLN et un réservoir de potentialités militantes qui constitueront la source principale de son recrutement.
Elles mèneront de front les activités qui leur sont propres
et celles beaucoup plus larges, qui ont trait au développement
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
national; elles allieront le travail de sensibilisation politique,
ideologique et éducationnel, aux táches pratiques qui découlent
des grandes options du pays.
Le Parti devra contribuer par tous les moyens au renforcement aes organisations de masse. Celles-ci devront être capables de mobiliser un nombre de plus en plus grand de citoyens
de tous âges et de toutes conditions.
Les organisations de masse sont régies dans leur fonctionnement interne par leurs propres statuts et réglements dont les
lignes directrices doivent être en conformité avec l’idéologie
et les orientations du Parti. Le Parti jouera un rôle d’impulsion,
d’orientation et de contrôle vis-à-vis des organisations de masse,
sans pour autant affaiblir leur capacité d’initiative, ou se substituer à elles. Il est donc impératif que les responsables au sein
des organisations de masse à partir d’un certain niveau de la
hiérarchie soient des militants du Parti.
Le Parti doit assurer, de la base au sommet, la coordination
entre les instances des différentes organisations de masse dans
le cadre des actions communes de caractère national qu’elles
doivent mener.
Les organisations de masse participent à la vie politique, éconon.ique, sociale et culturelle de la nation.
A. L’Union générale des travailleurs algériens.
Le droit syndical est un droit pour tous les travailleurs. A
ce titre l’UGTA, exerce les prérogatives d’encadrement des
travailleurs. Dans la phase actuelle d’édification du socialisme,
l’UGTA doit développer la conscience politique et la formation
idéologique des travailleurs. A l’heure de la gestion socialiste
des entreprises, de la Révolution agraire, de la réalisation des
plans nationaux, la responsabilité de l’UGTA s’accroît dans
tous les domaines. Avec l’élargissement de la base économique
du socialisme, le syndicat cerse d’être un instrument de lutte
contre un Etat exploiteur, pour devenir une partie intégrante
du pouvoir dans le cadre d’un Etat socialiste au service
des travailleurs et des paysans. L’édification du socialisme
dépend du niveau de conscience politique des travailleurs et
avant tout des responsables syndicaux. Aussi l’UGTA doit
prendre en compte les intérêts du pays, de la collectivité nationale et plus spécialement ceux, à moyen et à long termes, des
masses populaires dans leur ensemble. A cet effet, elle inscrit
ses actions dans le cadre iu développement général du pays
et participe à l’élaboration et à l’exécution des plans de développement, y compris les programmes spéciaux.
Les responsabilités confiées aux travailleurs dans le Parti,
dans les Assemblées populaires à tous les échelons, dans les
Assemblées de travailleurs des entreprises donnent à l’action
syndicale une dimension politique d’une grande envergure.
Le syndicat devient une école du socialisme.
Il doit travailler à élever le niveau politique et culturel des
travailleurs, à améliorer leur qualification technique et scientifique, à les préparer à assumer pleinement leur rôle de gestionnaires responsables. Le syndicat doit donc éduquer, instruire
et organiser les travailleurs pour l’accomplissement des tâches
de l’édification socialiste.
Dans le secteur privé, le syndicat reste le défenseur intransigeant des droits des travailleurs contre toute possibilité d’arbitraire et d’abus de la part du capital.
Dans le secteur socialiste, s’il a pour mission de protéger
les travailleurs dans leurs droits légitimes, il doit veiller à la
réussite totale de la gestion socialiste des entreprises, à l’exécution des plans, au développement et au perfectionnement de
la production, à l’amélioration de l’organisation et des rendements. Il doit, en outre, organiser les ouvriers en vue de protéger
le patrimoine de la collectivité, de s’opposer au gaspillage, à
la corruption et au bureaucratisme.
B. L’union nationale des paysans algériens.
-
Les tâches multiples et complexes de la Révolution agraire
ne peuvent être menées à bien sans la participation active
des principaux bénéficiaires les paysans. Les paysans doivent
prendre en main la gestion de leur propres affaires. s’organiser
pour défendre leurs intérêts et veiller à une application juste
et rigoureuse de la Révolution agraire. Pour assumer leur rôle,
les paysans s’organisent dans l’Union Nationale des paysans
| Algériens.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
Cette organisation de masse doit plus particulièrement bénéficier de l’appui du Parti et de l’Etat qui lui accorderont
les moyens nécessaires pour introduire au sein des masses
paysannes la formation idéologique, politique et technique
indispensable à la consolidation et à la défense de la Révolution
agraire.
L’U.N.P.A. doit se pencher sur les problèmes de la production
dans les campagnes, détecter les faiblesses ou les lacunes
qui apparaissent dans la mise en œuvre de la Révolution
agraire, et viser, de concert avec les organismes intéressés,
à les circonscrire et à les éliminer.
L’UN.P.A.devra mener des campagnes d’explication et de
clarification dont le but sera de mettre l’accent sur l’amélioration de la production et l’éveil de la conscience politique
du paysan.
L’U.N.P.A. doit ainsi devenir une organisation puissante et
représentative, apte à assumer sa mission à l’égard des paysans
comme à l’égard de la Nation dans l’édification de la société
nouvelle.
C) L’Union nationale de la jeunesse algérienne.
La formation politique de la jeunesse et sa mobilisation
revêtent une importance particulière. Pour que cette politisation
s’effectue de manière rationnelle et puisse survivre aux enthousiasmes passagers, il est indispensable qu’elle se réalise dans
le cadre d’une vaste organisation: l’Union Nationale de la
Jeunesse Algérienne.
Si l’Union Nationale de la Jeunesse Algérienne doit contribuer
à la solution des problèmes spécifiques de la jeunesse ayant trait
aux études, à la formation professionnelle, au travail, au
développement des activités culturelles et sportives, elle ne
constitue pas cependant une organisation syndicale. Elle doit
assurer aux jeunes l’éducation politique indispensable, veiller à ce
qu’ils s’ouvrent davantage aux réalités nationales, et renforcent
leur liaison avec les masses. La tâche principale de l’U.N.J.A.
est don d’encadrer puissamment la jeunesse algérienne, et
de l’intégrer dans le mouvement de transformation révolutionnaire du pays.
Aussi, l’U.N.J.A. doit-elle mobiliser l’ensemble de la jeunesse
autour des tâches d’édification nationale. Cette mobilisation
doit concerner toutes les couches de la jeunesse. Seule, en
effet, une mobilisation qui transcende les différences.d’origine
sociale peut répondre à la vocation révolutionnaire de notre
jeunesse, assurer sa cohésion, et l’entraîner dans des actions
hardies d’envergure nationale.
D) L’Organisation nationale des moudjahidine.
Les moudjahidine ont été la force d’avant-garde dans la
lutte de libération nationale.
Les moudjahidine qui sont dans les rangs du Parti et les
organismes de l’Etat et qui œuvrent pour la continuité de la
Révolution et son accomplissement socialiste représentent un
potentiel révolutionnaire important.
Aussi, l’Organisation Nat.onale des Moudjahidine doit devenir
une puissante organisation d’avant-garde sous l’impulsion du
F.L.N. et contribuer efficacement au renforcement du Parti et
de l’Etat socialiste. Elle doit, à cet effet, integrer dans ses
rangs tous les moudjahidine qui ont activement participé à
la lutte de libération nationale et qui poursuivent le combat
pour le triomphe de l’option socialiste du pays.
Appelée aussi à développer son action dans le cadre du Parti
et de l’Etat auxquels elle fournit ses éléments les plus conscients
et les plus engagés, l’Organisation Nationale der Moudjahidine
doit s’affirmer en tant que gardienne des traditions révolutionnaires de lutte et de progrès du peuple algérien. Assurant le
lien étroit unissant le passé au présent tout en l’axant sur
l’avenir, elle doit s’employer à perpétuer le vivant souvenir
des luttes héroïques de libération nationale et à populariser,
notamment parmi les nouvelles générations, l’esprit et les
valeurs immortels de la Révolution au er Novembre.
Ceci implique que l’Organisation Nationale des Moudjahidine
ne saurait être réduite à une association corporative au sens
étroit, destinée uniquement à défendre les intérêts de ses
membres. La protection des droits intrinsèques des moudjahidine
REPUBLIQUE ALGERIENNE 727
et des ayants droit et la sauvegarde de leur dignité dans une
société en pleine mutation sont une obligation nationale, une
attribution de tous les organes politiques du pays et une
prérogative des institutions de l’Etat.
E) L’Union nationale des femmes algériennes.
Durant la lutte de libération nationale, les femmes ont
prouvé leur esprit de sacrifice et ont lutté avec courage et
abnégation pour l’indépendance nationale et l’édification d’une
société nouvelle. Elles ent payé un lourd tribut pour être des
citoyennes à part entière dans un pays totalement libéré.
La Révolution algérienne doit répondre aux espoirs de toutes
les femmes du pays en créant les conditions nécessaires de
leur émancipation. La Revolution resterait en-deçà de ses
objectifs si les millions de femmes algériennes, qui constituent
pour la société un immense potentiel de changement, n’étaient
résolument intégrées dans son processus.
L’U.N.F.A., en collaboration étroite avec les autres organisations
de masse, doit tendre à regrouper toutes les femmes algériennes,
élever ses capacités d’organisation et de mobilisation et devenir
un instrument important de la promotion de la femme. Elle
doit être le cadre dans lequel la femme algérienne s’intégrera
pour réaliser pleinement ses droits et ses devoirs afin de
pouvoir concrétiser dans les faits son entière participation
au processus révolutionnaire.
L’U.N.F.A. doit adapter son action aux problèmes spécifiques que pose l’intégration de la femme dans la vie moderne.
Elle doit être consciente que l’émancipation de la femme
n’implique pas l’abandon de l’éthique dont notre peuple est
profondément imprégné.
Un effort tout particulier devra être mené en direction
des paysannes pour en faire un facteur conscient du succès
de la Révolution agraire, une force motrice de la transformation
socio-économique et culturelle des campagnes.
Pour atteindre ses objectifs, l’UNFA doit faire un travail
permanent de sensibilisation, d’éducation et de formation,
s’attacher avec persévérance à élever le niveau culturel et la
conscience politique des femmes, les mobiliser selon leurs
aptitudes et suivant les conditions locales, dans des tâches
pratiques d’envergure nationale, élargir sans cesse leur participation effective à la vie économique, sociale et politique du
pays.
II. L’ETAT SOCIALISTE
Après plus d’un siècle d’éclipse, l’Etat algérien a repris sa
fonction historique en tant qu’incarnation de la souveraineté
nationale restaurée.
Reconquis de haute lutte, grâce aux sacrifices et à l’abnégation
de tout un peuple, l’Etat algérien est avant tout l’expression
de la volonté populaire, le garant de l’indépendance du pays
et de la liberté de ses citoyens.
Produit de la Révolution du 1 Novembre 1954, l’Etat algérien
en a revêtu le caractère démocratique et populaire. En cela, il
se démarque radicalement de toute conception féodale comme
de toute conception bourgeoise-libérale de l’Etat.
Le caractère démocratique anti-féodal de l’Etat algérien, a été
affirmé dans la Proclamation du 19 juin 1965, qui appelait à
T’institution d’un «Etat democratique et sérieux, régi par des
lois, et basé sur une morale, un Etat qui saura survivre aux
événements et aux hommes ».
Cette Proclamaton marquait ainsi ia volonté de faire passer
le pays de l’anarchie qui a caractérisé les premières années
de l’indépendance, au stade de l’organisation rationnelle d’une
société nouvelle exigeant l’édification d’un Etat sérieux, stable
et fort.
Au cours de ces dix dernières années, ont été jetées les bases
d’un appareil d’Etat populaire répondant aux normes de
rationalité, d’efficacité et de stabilité. Cet appareil d’Etat sans
cesse développé et démocratisé, a globalement répondu aux
grandes tâches qui lui ont été assignées. Cependant, un Etat
se définit, avant tout, par sa finalité sociale et son contenu
ideologique. En Algérie, cete finalité, ce contenu, apparaissent
déjà à travers les grandes transformations et les mutations que
connaît le pays..
728 JOURNAL OFFICIEL DE LA
Grâce aux mesures de socialisation prises depuis le 19 juin
1965 et aux investissements productifs realisés par l’Etat les
principaux moyens de production sont desormais aux mains de
la collectivité et gérés au bénéfice et avec la participation des
masses laborieuses. Les travailleurs et les paysans constituent
de plus en plus la base consciente de transformations sociales
d’envergure. Le contenu démocratique et populaire de l’Etat
algérien s’est ainsi développé peu à peu en contenu socialiste.
De ce fait, se trouvent écartées les perspectives d’un Etat de
type bourgeois dominé par les propriétaires privés des moyens
de production aux dépens des travailleurs, permettant ains au
peuple et à sa direction politique d’instaurer un Etat de type
nouveau, l’Etat socialiste.
1 Rôle de l’Etat socialiste
Le contenu social de l’Etat socialiste est fondé sur la propriété
collective des moyens de production qui constitue la bașe sur
laquelle se développe le système socialiste. Son objectif est la
transformation radicale de la société, afin d’effectuer le passage
général des principes légués par l’organisation sociale antérieure
aux principes de l’organisation socialiste.
A la différence de l’Etat bourgeois, l’Etat socialiste ne se
limite pas à des interventions ponctuelles dans la vi économique laissant à l’entreprise privée le soin de la diriger à
sa guise. Il veille à ce que l’économie nationale ne soit pas
accaparée au profit d’une couche privilégiée, et que soit
assurée à chaque citoyen la part du produit correspondant à
son travail. La prise en main de l’économie, sa transformation
et sa direction dans le cadre de la planification socialiste,
constituent donc l’une de ses fonctions fondamentales. L’Etat
socialiste organise la production et la répartition du produit
national et s’affirme ainsi comme l’agent principal de la
refonte de l’économie et de l’ensemble des rapports sociaux.
Le rôle de l’Etat socialiste ne se borne pas à transformer
les rapports de production, mais à développer au maximum
les forces productives, base matérielle du socialisme. Dans
ce cadre, tout en augmentant sans cesse la production des biens
matériels, il assure le progrès social et culturel, généralise
l’enseignement, garantit la santé de tous les citoyens et veille
à l’amélioration constante du bien-être de tous. C’est en ce
sens qu’il doit impulser la révolution agraire, la révolution
Industrielle et la révolution culturelle, tâches essentielles de
l’édification socialiste.
2 L’Etat et la démocratie
L’Etat socialiste est l’instrument des masses populaires pour
assurer la réalisation de leurs aspirations.
L’Etat socialiste n’est pas une entité extérieure au peuple;
il puise sa raison d’être et son efficience de son adhésion.
Son autorité émane de la volonté populaire. Aussi le sens
de l’Etat, la conscience claire de sa fonction et de son rôle
en tant qu’instrument au service des masses, doivent-ils être
cultivés et entretenus chez tous les citoyens.
Expression fidèle des aspirations des travailleurs et des
paysans, défenseur des masses populaires, l’Etat socialiste leur
donne les moyens de participer à la gestion des affaires publiques.
L’Etat socialiste est démocratique non seulement dans ses
objectifs, mais dans son fonctionnement. La participation active
du peuple travailleur à l’édification économique, sociale et
culturelle, à l’administration et au contrôle de l’Etat est un
impératif de la Révolution.
Principaux organes du pouvoir d’Etat, les assemblées populaires incarnent la volonté du peuple. Instituées d’abord au
niveau communal puis au niveau de la wilaya et enfin à
l’échelon national, ces assemblées constituent des organes
d’orientation, de décision et de contrôle.
L’amélioration des formes de la représentation populaire,
le perfectionnement du travail des assemblées et l’adaptation
de leurs prérogatives à l’évolution générale de la société
doivent être un souci constant de la Révolution. Cela permettra
d’élargir la base démocratique de l’Etat et de mieux préparer
le peuple à la réalisation des grandes tâches du développement
national. On veillera notamment à un choix rigoureux des
candidats en privilégiant les critères de la compétence, du
dévouement à l’intérêt général et d’un engagement prouvé
dans l’action quotidienne.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
La démocratie socialiste est de nature fondamentalement
differente de la démocratie formelle des pays capitalistes dont
les mécanismes sont fondes sur l’appropriation privée des
moyens de production et la confiscation du pouvoir par les
couches privilégiées dominantes. Elle garantit l’exercice du
pouvoir par les masses populaires pour qu’elles puissent elles-mêmes réaliser sans entraves leurs aspirations légitimes et
défendre les acquis de la Révolution. Cela implique que la
majorité, au sein des assemblées populaires, doit être composée
de travailleurs, de paysans auxquels doivent s’ajouter des
éléments révolutionnaires éprouvés.
L’Etat socialiste instaure la démocratie au niveau de la
production non seulement par la socialisation des moyens de
production, mais aussi par la participation directe des travailleurs à la solution des principaux problèmes qui se posent
dans ce domaine A la différence de la conception bourgeoise
qui limite la démocratie à la seule vie politique, la démocratie
socialiste l’élargit au domaine de la vie économique, sociale
et, culturelle. Elle se traduit notamment par l’établissement
d’assemblées de travailleurs dotées de pouvoirs étendus pour
participer à la gestion des entreprises.
3 - L’Etat et le citoyen
La démocratie socialiste s’identifie finalement avec la libération du citoyen de toute forme d’exploitation de l’homme
par l’homme. Elle abolit les privilèges, donne la terre au
paysan, transforme le travailleur en gestionnaire, redistribue
le revenu national au profit des masses laborieuses et leur
ouvre les perspectives d’une promotion historique.
En instituant la démocratie socialiste, l’Etat algérien
garantit la liberté véritable de l’individu en le libérant de
l’exploitation, du chômage, de l’incertitude du lendemain, de
la maladie, de l’ignorance, de l’inquiétude pour l’avenir de
ses enfants. La démocratie socialiste crée ainsi les conditions
objectives de l’exercice réel des libertés et droits fondamentaux des citoyens qu’elle s’attache à promouvoir pleinement.
L’Etat socialiste garantit l’ensemble des libertés publiques,
et notamment la liberté d’expression, d’opinion, de pensée, de
circulation, à condition qu’elles ne soient pas utilisées pour
porter atteinte à la Révolution. L’exercice de ces droits est
fixé par la loi.
La liberté de conscience est un principe fondamental de
l’Etat.
L’Etat socialiste garantit à tous les citoyens le droit à une
information totale et objective sur tous les problèmes nationaux
et internationaux.
L’Etat socialiste fonctionne sur la base du respect et de
l’application des lois. Les lois ont pour objet d’établir les
règles qui régissent l’édification de la société socialiste et
édictent les droits, les devoirs et les libertés de ses citoyens.
Ceci implique un effort permanent de refonte ou de réaménagement de notre législation pour l’adapter aux objectifs de
la Révolution grâce à l’élaboration de lois nouvelles et à leur
adaptation constante à l’évolution de la société.
Les agents de l’Etat et plus particulièrement les représentants
de l’autorité doivent être les premiers défenseurs de la loi.
L’exercice de l’autorité dans l’appareil de l’Etat doit être
inscrit dans le cadre de prérogatives précises, d’attributions
claires, définies par la législation. Il doit faire l’objet d’un
contrôle régulier et permanent. Les agents de l’Etat doivent
assumer leurs fonctions dans le respect rigoureux des droits
des citoyens et des intérêts de l’Etat. Aussi l’Etat doit-il
réprimer sévèrement les abus de pouvoir qu’il s’agisse de la
violation ou du déni des droits des citoyens.
Nul ne peut être au-dessus de la loi; tel est l’un des principes
majeurs de la révolution. Ce principe doit se concrétiser dans
toutes les institutions de l’Etat, des collectivités publiques et
des entreprises socialistes.
La sécurité du citoyen est une fonction de l’Etat. L’Etat doit
garantir au citoyen la sécurité et la jouissance paisible du
fruit de son travail. Cette fonction est assurée par les services
de sécurité, appareil indispensable à l’administration de la
justice, qui doivent, en outre, veiller à protéger la Révolution
contre toutes les formes de subversion interne et externe et
concourir à la défense nationale.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
Les services chargés de la sécurité sont au service du peuple |
et du citoyen Les rapports du citoyen avec les services de
sécurite doivent être fondes sur la volonte commune de
sauvegarder la paix, l’ordre public et les vertus de notre
Révolution.
La protection des droits des citoyens est une fonction de
l’Etat. Le principe de l’égalité de tous devant la loi est un
principe intangible. Il implique la garantie pour tous les
citoyens du libre exercice de leurs droits. Les citoyens doivent
avoir l’assurance que leurs droits sont inviolables et qu’ils
peuvent mettre en action l’ensemble des moyens légaux destinés
à les protéger pour imposer le respect de leurs droits.
Cela exige une justice et une fonction judiciaire vigilantes,
intègres et fermes, d’autant plus que pour le citoyen algerien,
l’ère coloniale révolue se confondait avec le regne de l’injustice
et que la Révolution est synonyme d’équité.
Le renforcement de la justice en vue de défendre les acquis
de la révolution et de garantir à chaque citoyen la défense
légitime de ses droits, sera une preoccupation permanente de
l’Etat. On s’attachera en particulier à améliorer la qualité
de l’encadrement par un recyclage permanent. Des procédures
et institutions appropriées devront garantir au magistrat le
déroulement normal de sa carrière et le protéger contre toute
immixtion quelle que soit sa nature. de même qu’on instituera
un contrôle rigoureux susceptible de deceler toute défaillance
Défense des prégogatives des juges et défense des justiciables
contre les déviations possibles du juge sont les conditions
premières de la justice
Dans la phase actuelle de l’édification socialiste, les juges
sont appelés à jouer un rôle important en tant qu’agents de
l’Etat chargés de l’interprétation et de l’application des lois.
D’où la nécessité de la formation idéologique des cadres de la
Justice. Cela n’implique nullement une intervention quelconque
de l’appareil administratif ou des agents d’autorité dans les
décisions de justice. Le libre arbitre du juge doit être une
règle fondamentale que les organes du Parti et de l’Etat doivent
scrupuleusement respecter. De même le respect des décisions
de justice rendues au nom du peuple ne doit souffrir aucune
exception.
Si l’Etat socialiste garantit la liberté et les droits des
citoyens, il fixe en outre leurs obligations envers la société
Le développement du pays et l’amelioration des conditions de
vie des masses populaires dépendent en premier lieu de l’engagement de chacun à assumer ses devoirs de citoyen, du développement du sens civique et de l’esprit de solidarité nationale.
Le dénigrement systématique de l’Etat et l’hostilité a priori
envers tout appareil étatique, sont une maladie infantile de
la décolonisation et constituent des actes contre-révolutionnaires.
L’Etat socialiste est l’instrument de réalisation des aspirations
des masses populaires Il ne peut assurer sa mission que dans
la mesure où tous les citoyens contribuent à asseoir son autorité.
Aussi la discipline civique, l’application de la loi, le dévouement
à l’intérêt national, le respect du bien public, ne sont as
l’apanage des seuls agents de l’Etat. Ils constituent un devoir
sacré de chaque citoyen.
4. Le contrôle
Si la révolution fait confiance aux hommes, il n’en demeure
pas moins qu’elle doit prévoir de la base au sommet des
mécanismes de contrôle qui ont pour tache de verifier si
l’exercice de la responsabilité et l’exécution des decisions
s’inscrivent dans le cadre de l’orientation générale du pays
et sont conformes aux normes prévues par la loi.
L’insuffisance de contrôle est source d’abus, de taisser-aller,
voire de corruption. Elle crée des conditions d’une degenérescence du phénomène révolutionnaire et, à la limite, de son
étouffement. L’activite de contrôle constitue donc un élément
essentiel du processus révolutionnaire Elle exprime la volonte
de la Révolution d’assurer la gestion du pays dans l’ordre, la
clarté et la rationalite, et de veiller à prévenir les insuffisances,
les carences et les déviations.
Le contrôle doit, en premier lieu, garantir la stricte application des principes de la morale socialiste Il doit detecter les
infractions à la morale socialiste,, les malversations, les détournements de fonds et de biens publics et les réprimer sévèrement,
REPUBLIQUE ALGERIENNE 729
indépendamment des personnes et de leur place dans la
hierarchie de l’Etat Il doit, en outre, veller adecuation
à des fins personnelles, des moyens de producion mis a la
disposition des organismes administratifs et economiques de
l’Etat, détecter les gaspillages et les dépenses somptuaires.
Le contrôle doit concerner les conditions d’utilisation et de
gestion des moyens humains et matériels mis a la disposition
des organismes administratifs et économiques de l’Etat afın
qu’ils accomplissent leurs tâches. Il détecte la mauvaise organisation du travail, la mauvaise utilisation du potentiel de
production, l’élévation exorbitante des coûts, le manque de
rigueur dans l’action au sein des administrations et des
entreprises. Il vérifie l’utilisation des ressources matérielles et
des moyens financiers, la repartition rationnelle des cadres
les normes de rendement, l’application des techniques nouvelles.
Il doit veiller à la conformité des actions entreprises par
les agents économiques avec les objectifs du développement
et permettre d’effectuer les ajustements nécessaires à la concretisation des objectifs nationaux planifiés.
Le contrôle doit, en outre, s’étendre à l’application réelle
des lois, des orientations et des directives de l’Etat. Il veille
au respect de la discipline et de la légalité et lutte contre
le bureaucratisme et les lenteurs administratives.
Le contrôle doit s’exercer sur les relations que les administrations entretiennent avec les citoyens. Il doit s’attacher a
réparer non seulement les manifestations de désintérêt, de négligence ou de mépris des citoyens, mais aussi les lenteurs et
les désagréments dont ces derniers peuvent pâtir. Dans ce
domaine, la vigilance du contrôle doit être permanente car la
coupure entre l’administation et le peuple conduit inévitablement
à la démobilisation des masses.
Le contrôle ne doit pas se limiter à repérer les anomalies
et les insuttisances, mais également procéder à des inspections
aont le but sera moins de mettre en défaut les responsables
que de contribuer à améliorer leur travail. Ce n’est pas dans
la chasse aux déficiences que le contrôle voit le couronnement
de son travail, mais dans leur élimination. Il doit aller
au-delà de l’attitude passive du constat, aborder le diagnostic
qui est essentiel pour la mise au point de mesures propres a
éviter la prolongation ou le renouvellement des anomalies
decouvertes. C’est là que se trouve sa contribution décisive a
l’effort national car il vise non seulement la répression, mais
aussi à fournir les informations et les propositions pouvant
déboucher sur une amélioration générale du fonctionnemet
des administrations et des entreprises. A cet égard, le contrôle
doit pouvoir inspirer de nouvelles lois et de nouvelles législations.
Certes, le contrôle doit déboucher sur des sanctions sévères
à l’encontre des anomalies, carences et déviations. Cependant,
pour jouer pleinement son rôle, il doit aussi être correctif et
éducatif. Pour atteindre toute sa portée politique, il doit savoir
encourager les travailleurs qui contribuent, par leur dévouement,
à l’augmentation de la production et au progrès social et
permettre la promotion des cadres compétents et engagés.
Le contrôle doit s’appuyer sur des organes permanents au
niveau des différentes administrations de l’Etat. Ces organes
seront composés d’hommes engagés, compétents et intègres. Il
s’exerce, en outre, par des institutions nationales appropriées.
Mais quelles que soient leur vigilance et la compétence des
fonctionnaires qui en ont la charge, les organes de l’Etat ne
peuvent cerner a eux seuls, les tâches complexes du contrôle.
Pour que le contrôle soit integral, il doit être populaire. In
‘répond en cela, à l’une des nécessités de la démocratie socialiste.
Il s’inspire du principe que dans notre Etat rien ne doit être
caché aux masses et plus particulièrement en ce qui concerne
les problèmes de gestion, d’utilisation des biens du peuple et
hes atteintes au patrimoine économique de la Nation. Ainsi,
ces problèmes ne seront pas traites en vase clos, mais soumis
a la verification constante des masses populaires et les délits
y afférents sévèrement sanctionnés au vu et au su de tous.
Le contrôle populaire s’appuie sur des institutions élues dont
le membres offrent les garanties d’engagement, de compétence
et d’integrité. Il s’exerce dans un cadre organisé par la voie
des assemblees populaires à tous les niveaux, c’est-à-dire
l’Assemblée nationale, les Assemblées populaires de wilaya,
les Assemblées populaires de emmune ainsi que par la voie
des assemblées des travailleurs dans les entreprises socialistes.
730 JOURNAL OFFICIEL DE LA
La fonction de contrôle s’inscrit ainsi dans l’organisation
cohérente qui caractense l’Etat socialiste : les leviers de
contrôle qu’utnisent le Parti, l’Etat et les assemblees élues,
s’articulent avec harmonie pour prémunir la société et son
patrimoine contre toute forme d’abus, d’atteinte à ses fondements ou à ses objectifs. Quel qu’en soit l’agent, le contrôle
doit s’effectuer dans un cadre organise et pouvoir s’accompagner
en outre de sanctions, tant incitatives que coercitives.
5. - La politique de décentralisation
L’Etat algérien est un Etat unitaire. Cela ne doit pas
l’empêcher de se prémunir coner les dangers de la centralisation et l’hypertrophie bureaucratique.
Les structures de notre Etat sont conçues pour atteindre
avec le maximum d’efficacite, les objectifs qui lui sont assignės
Ses modes d’organisation doivent viser au développement acceléré du pays par le peuple et pour le peupie. L’Etat ne saurait
donc être une structure où la centralisation des pouvoirs cree
un système très lourd qui secrète une bureaucratie paralysante
et annihile tout esprit d’initiative à la base. Au contraire,
sor organisation doit éliminer les blocages administratifs,
rapprocher de la base les centres de décision, libérer l’ensemble
des énergies créatrices à tous les niveaux et permettre aux
masses populaires de résoudre elles-mêmes leurs problèmes.
L’Etat socialiste en Algérie base donc sa conception et son
organisation sur la décentralisation.
La politique de décentralisation est fondée sur une répartition
Judicieuse des compétences et des tâches qui correspondent à
une division rationnelle de la responsabilité dans le cadre de
l’unité de l’Etat aux communes et aux wilayas, la solution
des problèmes qui leur sont propres; au pouvoir central, les
problèmes d’importance nationale.
La décentralisation doit donc conférer aux wilayas et aux
communes la pleine compétence sur tous les problèmes d’intérêt
local ou régional qu’elles peuvent assumer. Elle doit s’étendre
à tous les domaines économique, social et culturel.
En tant que cellules de base de la planification, les wilayas
et les communes contribuent également à l’élaboration et
à la mise en œuvre de la strategie de développement et à
la régionalisation du Plan. En outre, la décentralisation permet
aux collectivités locales de servir de support à la diffusion du
développement, notamment dans le cadre de la politique
d’équilibre régional.
La décentralisation vise à donner aux collectivités les moyens
et la responsabilité de promouvoir elles-mêmes le développement
de leur région en complément des efforts entrepris par la
nation. Elles deviennent, ainsi, les organes de base de l’édification nationale dont l’activité créatrice, liée aux problèmes
concrets que vivent les masses populaires, constitue un puissant
moteur de développement du pays.
La décentralisation n’a donc de sens que si elle permet aux
masses populaires d’assumer leurs responsabilités de gestion et
de contrôle. Aussi, ce sont les Assemblées populaires de communes et de wilaya élues au suffrage universel qui sont chargées
d’exprimer et de concrétiser la politique de décentralisation.
Elles ont, seules, pouvoir de décision dans tous les domaines
décentralisés.
Cependant, la décentralisation n’implique nullement que le
Pouvoir central confie aux Assemblées populaires une partie de
ses compétences sans leur donner les moyens de les assuraer.
Elle n’est pas un simple transfert de problèmes. Elle est globale
et concerne autant les compétences que les moyens. Elies n’aurait
aucun sens si, tout en disposant de la liberté de décider, les
Assemblées populaires ne possédaient aucun moyen pour concrétiser leur volonté. Les collectivités locales et régionales
auront à l’avenir des moyens financiers plus importants. Une
réforme de la fiscalité sera mise en œuvre pour que certaines
recettes fiscales prélevées au bénéfice du budget national
soient transférées au profit des communes et des wilayas.
Ainsi, recevant des moyens conséquents, les Assemblées poри-
laires pourront répondre de plus en plus aux espoirs placés
en elles.
La politique de décentralisation repose, avant tout, sur les
masses populaires, sur leur génie créateur qui ne peut se
révéler que dans l’action et l’exercice de la responsabilité.
Eile comporte un contenu éminemment démocratique qui doit
être sans cesse élargi et renforcé.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
TITRE III
LES GRANDS AXES DE L’EDIFICATION
DU SOCIALISME
I. - LA REVOLUTION CULTURELLE
Les cent trente annees de colonisation ont laissé l’Algérie
profondement marquée par une politique d’obscurantisme
érigée en système de prepondérance et de sujétion et par
de graves atteintes à la personnalité du peuple algérien
à travers sa langue nationale interdite ou rétrogradée, son
histoire et sa culture niées ou dépréciées.
Il est évident qu’une Révolution ne peut être que très limitée
aans les objectifs quand elle est faite par un peuple en majeure
partie analphabète et qu’elle est sous-tendue par des mentalités
aliénées et des modes de penser et d’agir souvent contraires
ou en-deçà des buts que l’on s’assigne. De la même façon,
elle se trouve condamnee a la stagnation, au manque de
creativité, à un refus du renouvellement, toutes choses qui
sont susceptibles d’engendrer les conditions objectives d’un
recul et favoriser, même, l’émergence de la contre-révolution.
Donc, l’impulsion révolutionnaire à donner à la culture doit
pouvoir contribuer à elever le niveau intellectuel et technique
des masses, à changer les mentalités dans le but de créer
les conditions psychologiques, idéologiques et politiques pour
la consolidation de l’indépendance nationale et le développement
économique et social.
La socialisation des moyens de production est une condition
préalab’ du socialisme, mais elle doit s’accompagner nécessairement d’une profonde transformation intellectuelle et morale.
En effet, changer l’homme n’est pas moins indispensable que
transformer un pays, et rien n’est assuré tant que l’éthique
socialiste n’imprègne pas les mentalités et les comportements.
Dans cette perspective, la révolution culturelle a un triple
objectif pour aboutir à la formation d’un homme nouveau
dans une société nouvelle :
a) affirmer, en la consolidant, l’identité nationale algérienne
et favoriser le développement culturel sous toutes ses formes ;
b) élever sans cesse le niveau de l’instruction scolaire et
de la compétence technique ;
c) adopter un style de vie qui soit en harmonie avec les
principes de la révolution socialiste tels que définis par la
présent charte.
Il conviendrait d’ajouter à ces fonctions primordiales :
1 Celle d’instrument d’une prise de conscience sociale
et d’une action adéquate portées, toutes deux, à transformer
les structures archaïques et injustes de la société ;
2- Celle de lutte organisée et motivée contre le sous-développement socio-économique du pays;
3 Celle, enfin, d’effort éducatif vigilant destiné à combattre
tous les préjugés de race, de classe, de sexe, de métier manuel;
le goût de la violence anti-sociale, le chauvinisme, les idées
sectaires concernant la culture et le mode de vie. Cette même
dimension de la culture agira en vue d’une plus grande
solidarité avec les peuples opprimés victimes de ségrégation
ou de mépris racial, avec les peuples encore exploités ou
anciennement colonisés, pour une meilleure appréciation
de leur histoire, de leurs luttes libératrices, de leurs problèmes
d’édification nationale et le respect des cultures et civilisations
différentes des nôtres.
L’éducation et la culture ont un rôle particulièrement
important à jouer dans le développement de la personnalité
nationale et de l’identité collective ainsi que pour créer une
sociéte équilibrée dans laquelle chaque citoyen n’est ni coupé
de ses racines ni maintenu en marge du progrès. En se
proposant de réaliser tout cela, la Révolution culturelle aidera
à l’épanouissement de notre être national en conformité avec
la cuiture progressiste du siècle. Il s’agit, par là, d’affirmer,
à la fois, notre attachement à notre patrimoine culturel
et notre confiance dans les capacités d’adaptation du peuple
algérien au présent et d’ouverture toujours plus audacieuse
sur le monde moderne.
Il est évident qu’une certaine << culture > équivoque assez
vulgarisée, liée à tout un ensemble de faits et gestes et
de réflexes mentaux relevant de l’ambiance insidieuse den
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
genres de vie et de pensée conséquents à une domination
française petite-bourgeoise séculaire, continue d’imprégner les
comportements sociaux dans le milieu urbain Loin de constituer
comme on serait tenté de le croire, les résidus d’une culture
étrangere structurée et de caractère universel, il s’agit plutôt,
en l’occurrence, d’une sorte de climat moral déterminé par
des sous-cultures vaguement utilitaires, des conduites nées
de la longue subordination aux structures administratives et
mercantilistes et aux pressions sociales contraignantes de
l’ex-occupant colonial; des goûts faciles et attitudes mimétiques
inspirés pendant longtemps des modèles ennemis les plus
accessibles et impliquant les Algériens issus de tous les milieux,
abstraction faite de leur langue et de leur niveau intellecttuei
et englobant même les analphabètes. En bref, cette imprégnation
diffuse qui était due à certains phénomènes sociologiques
inhérents à une domination colonialiste à base de peuplement
étranger et qui se situait tres souvent en dehors de l’exercice
de la langue de l’ancien colonisateur, a agi à peu près sur tout
le monde, notamment dans les villes, et notre culture nationale,
cuel que soit son, mode d’expression, se ressent encore de
ses effets dont la caracteristique majeure reste l’esprit bourgeois
sous toutes ses formes.
LA LANGUE NATIONALE
La langue arabe est un élément essentiel de l’identité
culturelle du peuple algerien. On ne saurait separer notre
personnalité de la langue nationale qui l’exprime. Aussi, l’usage
généralis de la langue arabe et sa maîtrise en tant qu’instrument fonctionnel créateur, est une des tâches primordiales
de la société algérienne au plan de toutes les manifestations
de la culture et à celui de l’idéologie socialiste En retrouvant
son propre équilibre à travers l’expression légitime, authentique
et rationnellement outillée de son être national, l’Algérie
contribuera beaucoup mieux à enrichir la civilisation universelle
tout en profitant à bon escient de ses apports et expériences
Il ne s’agit nullement de choisir entre la langue nationale
et une langue étrangère. Le problème du choix étant dépassé
et irréversible, le débat sur l’arabisation ne peut porter,
désormais, que sur le contenu, les moyens, les méthodes,
les étapes. la conception générale d’une langue appelée
à jouer le rôle qui doit lui revenir si les siens savent en faire.
par leur travail et un effort acharné et positif de perfectionnement, l’outil culturel et scientifique destine à propulser
la marche en avant de l’Algérie socialiste Si le processus
d’arabisation est un fait sur lequel on ne doit plus revenir.
le lourd handicap, les préjuges tenaces hérités de l’ère coloniale.
et les retards subis par la langue arabe en Algérie, ont tous
contribué à faire en sorte que le problème ne peut pas être
resolun dehors des conditions d’une grave exigence de qualité
el d’étapes necessaires qui, seules, auront raison de ces
obstacles matériels et moraux. Il n’en demeure pas mons
que but assigné devra être atteint, non pas pour une
simple satisfaction d’amour-propre, mais d’une manière exigeante, éclairée, responsable, concernant la langue arabe en
tant qu’instrument d’evell et de création, de développement
et de progrès, de recherche scientifique et de transformation
sociale.
Portée par la faveur populaire, l’arabisation réalise de jour
en jour des progres considerables en Algérie et permet à
de larges secteurs, notamment parmi la jeunesse, de se
révéler dans leur pratique de la langue nationale I) s’agit la
objectivement, d’un acquis d’une grande portée et qui n’est
au demeurant, que très légitime. Il constitue déjà. en même
temps qu’une réponse à l’une des aspirations majeures du
peuple algérien pendant l’occupation étrangere, un environnement culturel et psychologique indéniable qui prédisposera
l’appareil de l’Etat, le Parti, les organisations de masse.
les diverses administrations et sociétés nationales, les organismes
officiels, les entreprises économiques, à rendre de plus en plus
effective, par des mesures appropriées, l’arabisation de leurs
services. De cette façon, et les initiatives du Pouvoir revolutionnaire aidant pour håter la realisation methodique de ce
grand projet, se concrétisera l’unification de l’usage d’une
même langue de travail, d’enseignement et de culture, objectif
qui s’identifie, parmi d’autres. au recouvrement de tous les
attributs historiques de la nation algerienne Cette récupération
totale de la langue nationale et sa nécessaire adaptation
e tous les besoins de la societé n’excluent pas un ferme
encouragement a l’acquisition des langues étrangères 4 cer
égard, notre idéal le mieux compris est d’être pleinement
nous-memes tout en nous ouvrant sur les autres et en
maitrisant, en même temps que notre langue dont la primauté
REPUBLIQUE ALGERIENNE 731
reste indiscutable, la connaissance de langues de culture
qui nous faciliteraient la constante communication avec
l’extérieur, c’est-à-dire avec les sciences et les techniques
modernes et l’esprit créateur dans sa dimension universelle
la plus féconde.
L’EDUCATION
La Révolution culturelle n’est donc ni un slogan, ni
l’expression d’une velléité, ni une action conjoncturelle Elle est
une composante essentielle du processus global de transformation
et d’assainissement social, et elle doit être mise en œuvre
avec tous les moyens nécessaires dont nous disposons, car
elle détermine, d’une manière décisive, le succes de та
Révolution algérienne. Dans ce cadre, doit intervenir, tout
naturellement, le rôle de l’éducation, valeur active et déterminante dont on néglige souvent de parler d’une façon
autonome, l’envisageant sous l’angle d’une école routinière et.
sans ouverture sur la vie. Un double danger menace la culture
et l’éducation: l’un, de l’extérieur par des « mass media >>
d’inspiration néo-colonialiste et bourgeoise ; l’autre, de
l’intérieur, du fait de certains concepts conservateurs. In serait
pour moins paradoxal qu’un pays révolutionnaire en pleine
mutation, poursuivant la réalisation d’un modèle de sociéte
Jeune et novatrice, accédant à la modernité et à l’édification
rationnelle d’une société socialiste, continue à subir les aléas
et parfois les carences d’un système de pensée non encore
approprié à ses ambitions légitimes, et dont les répercussions
sur l’éducation de ses enfants seraient grosses de conséquences.
L’éducation nationale est la pierre angulaire d’un ensemble
rationnel, la genèse irremplaçable de la formation et de la
sensibilité de l’homme, le foyer agissant de la personnalité
algerienne. le point de départ de toute vie intellectuelle
élaboré. Mais, c’est aussi et surtout la fonction enseignante
et la nécessité absolue de la révaloriser en même temps
que les programmes, méthodes et manuels scolaires par
lesquels elle est censée agir et se justifier. D’une manière
genérale, elle devra moderniser ses moyens éducatifs, lutter
contre le manque de conscience professionnelle de certains
maîtres, élever leur niveau de formation culturelle et pédagogique, et se montrer de plus en plus exigeante dans le
recrutement du personnel afin que la qualité de l’enseignement
n’en souffre pas. S’il s’avère impossible, dans l’immédiat,
de prolonger l’école fondamentale de neuf ans jusqu’à
t’incorporation des jeunes Algériens dans le service national,
l’Eta socialiste garantira la formation professionnelle ou
l’ouverture de centres d’apprentissage à ceux d’entre eux
qui n’auront pas la possibilité de faire des études secondaires.
En vue de soutenir rationnellement la fonction enseignante
et le contenu pratique sur lequel elle repose, une recherche
pedogogique sérieuse s’imposera dans toutes les institutions
spécialisées.
Par plus d’un point et parce qu’elle est le dénominateur
commun des diverses catégories de la culture, l’éducation
rejoint, à leur base même, l’idéologie, les sciences, les lettres
et les arts, l’identite nationale retrouvée dans le double cadre
d’une arabisation exigeante et d’une conscience algérienne
fidèle à son histoire plusieurs fois millénaire, non pas pour
les consacrer sentimentalement, mais pour les étayer, les
actualiser, les fonder sur un savoir rationnel et honnête
en relation avec la vie. Dans cette perspective, l’enseignement
genéral doit être, non seulement unifié, c’est-à-dire devenir
le meme pour tous, mais refondu dans son ensemble selon
des critères réalistes. L’unification de l’enseignement en Algérie
aura pour effet d’abolir les différences disparates de contenu,
‘orientations et de débouchés qui créent actuellement des
clivages dangereux et nuisent à une nécessaire uniformité
qualitative par une dispersion effrénée des moyens matériels
et humains Si les autres catégories de la culture, en Algene,
ont besoin d’être améliorées ou transformées dans leurs
structures et leur contenu idéologique et intellectuel, l’éducation,
elle, exige plus que cela une refonte totale, une pédagogie
de pointe, une unité excluant l’existence des deux secteurs
Juxtaposes, des nommes, des choix des principes et une
substance scolaire absolument nouveaux.
A cet egard et compte tenu du principe intangible de l’unité
de l’enseignement et de l’orientation ideologique commune
de la jeunesse, l’enseignement originel devra se fondre dans
un enseignement général unifié et s’harmoniser avec son esprit
ses disciplines intellectuelles et l’ensemble de ses programmes.
En effet, il y a lieu, dans les meilleurs délais. d’assurer le
même enseignement à tous les Algériens et d’y développer
732 JOURNAL OFFICIEL DE LA
l’éducation religieuse au double plan des études primaires
et secondaires, tout en faisant disparaître l’enseignement
originel en tant que tel.
D’abord, il faudra nécessairement algérianiser cet enseignement
général unifié dans ses programmes,. ses orientations, les
sources vivantes de son inspiration populaire la plus diversifiée,
la relation étroite de l’école avec le milieu géographique et
humain, la connaissance de l’environnement naturel, les réalités
sociales, l’expérience historique et révolutionnaire d’une nation
venue de très loin dans le temps et parcourant les étapes
d’un long processus mouvementé et résolu qui aboutit
aujourd’hui à l’indépendance institutionnalisée et à la démocratie socialiste. L’orientation en sera telle que le système
éducatif ne préparera pas seulement le sujet à assumer
une fonction donnée, mais aussi et surtout à jouer son rôle
de citoyen conscient de l’enjeu actuel et des préoccupations
de son peuple. L’éducation, étroitement liée à une formation
d’une extrême exigence qualitative, fera du citoyen algérien
un bâtisseur du socialisme.
LA FORMATION SCIENTIFIQUE ET TECHNOLOGIQUE
La Révolution culturelle dans le domaine de la formation
sera axée davantage sur la maîtrise de la science et de la
technique que sur le savoir approximatif et de pur prestige
social. L’Algérien de demain aura plus de goût pour la rigueur
scientifique et la rationalité que pour la rhétorique et les
connaissances archaisantes et approximatives, sans négliger
sa féconde initiation au patrimoine culturel arabo-musulman
dans ce qu’il a de plus enrichissant et universel. L’enseignement
des sciences prendra, à l’avenir, plus de place dans OS
institutions scolaires. Grâce à la recherche scientifique et à
l’importance accrue qui sera donnée à la formation technologique,
l’Algérie entrera dans l’ère de la créativité moderne et pourra
assurer le succès de la Révolution industrielle et de la
Révolution agraire. Le perfectionnement technique des travailleurs
doit être facilité et encouragé à tous les niveaux et fera partie
intégrante d’un enseignement de base organisé à l’intention
des adultes.
Si l’enseignement scientifique et technologique peut bénéficier
d’une certaine priorité en raison des retards à rattraper
et des exigences d’un développement rapide du pays, il n’en
reste pas moins qu’il ne s’agit pas là d’un choix exclusif.
En dehors de cette formation qui met l’accent sur la science
expérimentale et les techniques de pointe, il sera possible
au citoyen de l’Algérie future de s’initier à d’autres disciplines
intellectuelles et, en particulier, aux sciences sociales et humaines
telles que la philosophie, la psychologie, les langues vivantes,
la littérature comparée, l’histoire, la géographie, la sociologie,
qui fortifieront chez lui, le sens de la mesure, l’esprit
critique, le goût de la recherche, en étayant les bases
idéologiques de ses convictions socialistes et les moyens de
prospection, d’analyse et de réhabilitation de l’héritage culturel
algérien populaire et classique actuellement négligé, méconnu
ou déprécié.
Aussi scientifique et technologique soit-elle pour les besoins
pressa ‘s de l’économie, la culture algérienne de demain
préservera, en le développant, le secteur important de la
connaissance de l’homme, de son milieu social, de sa création
artistique multiforme, du leg du passé et de la relation
intime de l’être humain avec la nature.
LA LUTTE CONTRE L’ANALPHABETISME ET LA SCOLA-
RISATION DES ENFANTS ET DES ADULTES
La base fondamentale de la transformation culturelle est
la lutte contre l’analphabétisme et la diffusion généralisée
de l’instruction publique. La lutte menée contre l’analphabétisme,
séquelle de la colonisation, devra se renforcer dans les années
à venir, afin de pouvoir toucher tous les citoyens concernés,
sans distinction de sexe. L’ensemble des structures d’accueil
seront mises au service de cette grande initiative nationale
pour faire en sorte que dans chaque quartier, dans le moindre
hameau, dans la plus petite agglomération paysanne, le peuple
soit en mesure d’exercer son droit à l’acquisition du savoir
La lutte contre l’analphabétisme et pour l’instruction de base
des adultes ne doit pas être menée d’une façon anarchique
e: improvisée; elle fera appel à toutes les énergies disponibles
dont les éléments recevront, au préalable, une formation
précise avant de participer utilement à l’alphabétisation des
masses selon des méthodes pédagogiques arrêtées à l’avance,
un contenu et des programmes concrets. La jeunesse trouvera
là un rôle à sa mesure.
REPUBLIQUE ALCOHENNE 30 juillet 1976
L’enseignement destiné aux adultes, dans les villes et les
villages, dépassera le stade de la simple alphabétisation et sera
conçu de telle sorte qu’il puisse donner aux sujets ainsi formés
à un âge plus ou moins avancé et compte tenu de leurs
moments de loisir, les connaissances essentielles appropriées
qui leur font défaut dans leurs responsabilités de citoyens,
de pères et mères de famille, de travailleurs, de coopérateurs,
de petits producteurs, d’hommes et de femmes assoiffés de savoir
et portés à parfaire leur nécessaire initiation au monde moderne,
aux problèmes idéologiques et pratiques du socialisme, et aux
réalités nationales de leur pays.
En ce qui concerne la scolarisation des enfants nés après
l’indépendance, la responsabilité de l’Etat sera pleine et entière.
L’objectif consiste à passer désormais, à une nouvelle étape,
qualitative, celle-là. Il s’agira de prolonger davantage la durée
de l’instruction publique de base, grâce à l’extension, puis
à la généralisation de l’école fondamentale de 9 ans».
Ainsi, les enfants qui entreront à l’école après l’adoption
de la présente charte, pourront bénéficier, dans leur totalité,
d’une colarisation complète jusqu’au brevet d’enseignement
fondamental.
Dans le même temps, sera réalisé un véritable quadrillage
du pays par des universités, des instituts universitaires et des
établissements d’enseignement secondaire.
L’EQUIPEMENT CULTUREL ET LA FORMATION DES ANI-
MATEURC DE LA CULTURE
Si, comme il a été déjà dit, la socialisation des moyens
de production est une condition prealable à l’intauration
du socialisme, il est non moins vrai que la socialisation
des moyens de production et de diffusion de la culture
est également une des conditions préalables de la Révolution
culturelle. Cela implique, selon ia conception moderne et
socialiste de la culture, l’existence d’un équipement culturel
nombreux soutenu par un esprit novateur soucieux de servir
les masses populaires dans le sens du progrès et animé
par des agents formés en conséquence. Loin d’être une simple
affaire de technique, de savoir-faire et de virtuosité, l’action
culturelle s’appuyant sur un équipement adéquat, devra se
justifier autant par ses choix et ses orientations que par
son contenu formateur et les réalités et aspirations nationales
qu’elle reflète. Les artistes et les producteurs culturels ne
peuvent faire du bon travail que s’il ont du talent dans
leur propre art et s’ils croient aux idées progressistes qu’ils
défendent. L’engagement dans ce domaine est à ce prix,
et se justifie autant par la qualité que par la conviction.
La presse, la radio, la télévision, l’édition, les musées,
les écoles de musique, le cinéma, le théâtre, un réseau très
fourni de bibliothèques communales et de quartier, des moyens
audio-visuels de toutes sortes, seront à même de diffuser
une culture attrayante de qualite susceptible de satisfaire
les besoins idéologiques et esthétiques tout en élevant le
niveau intellectuel du citoyen. Pour cela, tous les représentants,
spécialistes, techniciens et animateurs de ces importantes
structures culturelles dont le développement et la modernisation
s’imposent à plus d’un titre, devront recevoir une formation
rigoureuse qui les mettra à l’abri de l’improvisation et des
facilites. La politique du livre, entre autres, sera conçue de
façon à répondre aux besoins accrus des étudiants, de la
jeunesse intellectuelle, des techniciens, des hommes de culture,
des chercheurs, des travailleurs en voie de spécialisation
et, d’une manière générale, du lecteur moyen dont l’avénement
et la multiplication à travers tous les milieux est un fait
de civilisation indéniable dans notre société actuelle depuis
l’indépendance.
Par ailleurs, l’animation culturelle et éducative, faisant
une grande place à l’idéologie, à l’esthétique et aux arts
formateurs, devra être l’objectif majeur de tous les moyens
d’éducation, notamment la presse, la radiotélévision, les musées.
Il est certain que la réalisation des grandes tâches nationales
et la participation collective au développement et à l’essor
de la société algérienne, exigent que tous les citoyens soient
bien informés, éclairés et motivés par les moyens dont
nous disposons, sans en excepter aucun. Cet aspect pratique
et opérationnel qui est déjà important dans le contexte de
l’Algérie d’aujourd’hui, devra être accentué davantage, comme
seront mieux définis et consacrés par la loi, le rôle de la
presse et de la radio-télévision, celui d’avant-garde du cinéma
algérien, leur responsabilité dans l’éducation des masses er,
d’abord, une initiation plus poussée des journalistes aux
proble:nes nationaux et internationaux, avec l’exigence de la
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
vérité et le souci constant de l’objectivité. Ainsi, sera affirmé
le droit à l’information chez un peuple qui, chaque jour,
fait la preuve incontestable de sa maturité et de son civisme.
LA LUTTE CONTRE LES DEVIATIONS
La culture nationale ainsi enrichie autour de son noyau
spécifique et à partir de lui, soutiendra l’effort déjà entrepris
pour susciter chez tous les citoyens une mentalité socialiste.
D’autre part, et sans se borner à la seule économie, la
transformation de la société implique nécessairement que,
grâce à l’éducation, aux valeurs intellectuelles, à la justice
sociale et aux techniques, la qualité de la vie elle-même
et la dignité de la personne humaine soient assurées au
citoyen. Ces dernières supposent, aussi, la disparition des
freins objectifs de toute nature qui perpétuent la stagnation
et ne répondent pas au sens moral. Pour cela, la révolution
culturelle doit, en premier lieu, détruire ou aider à résorber
toutes les structures mentales nocives qui bloquent notre
développement et faussent, en la figeant, parfois, notre vision
du monde.
Le conditionnement féodal qui, après avoir longtemps asservi
les paysans, a débordé les campagnes pour agir sur les villes,
est encore visible dans plus d’un secteur de la vie nationale.
Il se manifeste à travers la personnalisation de l’autorité,
l’abus e pouvoir et le mépris inconscient des masses populaires.
La révolution culturelle doit tendre à détruire tout comportement ou mode de penser de ce genre, là où ils existent et, plus
particulierement, dans les institutions politiques, économiques
et administratives. Elle doit également combattre l’opportunisme,
l’irresponsabilité, l’arrivisme, la corruption, la démagogie, qui
représentent un état de déliquescence avancée des valeurs
revolutionnaires.
A tous les niveaux et dans tous les secteurs, le comportement
des fonctionnaires et agents de l’Etat, celui des cadres du Parti
et des organisations de masse, des responsables des entreprises
socialistes, doit être tel que le citoyen les considère comme
des hommes dont l’objectif essentiel est de servir le pays
avec dévouement. Aussi, les attitudes et conduites bureaucratiques doivent-elles être vigoureusement combattues. Les
méthodes bureaucratiques ne sauraient l’emporter sur la notion
très stricte et généreuse de service public agissant au bénéfice
de tous et capable d’évoluer pour le bien de la société.
LA LUTTE CONTRE LES MAUX SOCIAUX
La révolution dans les esprits est inséparable de la révolution
dans les structures politiques, économiques et sociales. La société
socialiste est guidée par une éthique qui doit se traduire
par le respect d’un ensemble de normes dans le travail et
la manière de vivre et d’agir: vigilance et défense constante
des principes et acquis de la Révolution protection du
patrimoine national, primauté de l’intérêt général sur les
intérêts particuliers, conscience professionnelle, et lutte contre
les insuffisances, les gaspillages, le vandalisme et les abus ;
élimination de l’esprit de lucre et de l’amour du luxe ;
souci de se perfectionner, civisme éclairé, sens de la discipline
collective. En plus de cette mission multiple qu’elle doit
accomplir, la Révolution culturelle s’appliquera à résorber les
maux sociaux qui entachent le bon renom d’un pays et portent
atteinte à la sécurité du citoyen, à la morale islamique et
à l’éthique socialiste, tels que la délinquance adulte et juvénile,
la prostitution, l’alcoolisme et la mendicité.
Pour que les mentalités rétrogrades et les comportements
négatifs ou anti-sociaux disparaissent à jamais, il faut qu’un
effort incessant de persuasion, étayé par une justice ferme
et des sanctions adequates, vienne renforcer l’impact que
la Révolution culturelle aura laissé dans les esprits.
Cet effort sera mené d’une manière organisée par le Parti,
les administrations, les collectivités locales et régionales, les
organisations de masse, les institutions éducatives, les entreprises
socialistes.
LA PROMOTION DE LA FEMME ALGERIENNE
La condition de la femme, que l’éthique féodaliste et
des traditions contraires à l’esprit émancipateur de l’Islam
ont longtemps ravalé à un rang injuste dans la société
algérienne avec, pour corollaires, la restriction de ses droits,
des attitudes discriminatoires à son égard, l’ignorance et des
tâches plus ou moins pénibles selon le milieu social, s’est
beaucoup améliorée depuis la guerre de libération nationale.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 733
Il n’en demeure pas moins que sa promotion légitime exige
encore des efforts constants et des initiatives courageuses.
Cette promotion loin d’être subordonnée au rôle patriotique
et social que la femme a joué aux côtés de ses compagnons
d’armes, est, à la fois, un impératif de l’esprit de justice
et d’équité, une exigence dictée par la dialectique du
progrès, de la démocratie et de l’édification harmonieuse
du pays. une implication absolue de son statut de citoyenne
dans une Algérie libre, révolutionnaire et socialiste. Dans
l’amélioration du sort de la femme, doivent intervenir des
actions qui viseront, avant tout, à transformer une sorte
d’environnement mental et juridique négatif et parfois préjudiciable à l’exercice de ses droits reconnus d’épouse et de
mère, ct à sa sécurité matérielle et morale. Ainsi, il devra
être mis un terme à la pratique de la dot exorbitante et
ruineuse, à l’abandon par des maris peu scrupuleux d’enfants
laissés à leurs mères démunies de ressources, à l’enlèvement
injustifié d’enfants arrachés à l’affection maternelle, aux
divorces non motivés et sans garanties de pension ni de soins,
aux violences exercées impunément contre les femmes, à leur
exploitation par une catégorie d’éléments anti-sociaux. Quoi
qu’il en soit, c’est encore la femme qui reste le meilleur
défenseur de ses propres droits et de sa dignité, tant par
son comportement et ses qualités, que par une lutte inlassable
contre les préjugés, les injustices et les humiliations. L’Etat
qui lui a déjà reconnu tous les droits politiques, est engagée
au service de l’éducation et de la promotion inéluctable
de la femme algérienne.
LA FORMATION POLITIQUE
C’est ici que doit intervenir le rôle important de la prise
de conscience politique destinée à donner à toutes nos actions
et même à la technologie une destination plus conforme
aux impératifs de développement, de l’indépendance nationale
e du progrès des esprits en général. Pour cela, la culture,
sous ses différents aspects de formation, de recherche, de
promotion économique et sociale, devra s’intégrer nécessairement
dans l’effort idéologique et l’action éducationnelle les mieux
éclairés. Cette dimension, devenue un acquis à enrichir sans
cesse en l’actualisant au rythme des événements de la vie
nationale et internationale, exige qu’à son sujet il s’agisse
vraiment d’une culture sérieuse soutenue par une idéologie
sérieuse. La culture idéologique, loin des mécanismes routiniers
et des slogans, doit, patiemment, qualitativement, pouvoir
former les cadres supérieurs du pays et susciter des vagues
chaque fois plus nombreuses et motivées de militants, de
travailleurs et de citoyens responsables.
De plus, la culture idéologique socialiste ne saurait tolérer,
dorénavant, l’existence d’idéologies et d’habitudes réactionnaires,
féodales, néo-bourgeoises et populistes qui tendent à perpétuer
l’exploitation, le parasitisme, le mépris des travailleurs, le
sabotage de l’économie et de l’indépendance nationale.
II. LA REVOLUTION AGRAIRE
La Révolution agraire qui prépare une injustice historique
due aux méfaits conjugués de la féodalité et du colonialisme,
porte en elle tous les espoirs, toutes les aspirations des masses
paysannes, car elle vise à la transformation du monde rural,
à son émancipation, à son intégration dans le processus
révolutionnaire et l’économie nationale moderne.
L’exploitation séculaire de la paysannerie pauvre et la part
importante qu’elle a prise dans la résistance à la domination
coloniale française, ont abouti à faire du problème de la terre
une des bases fondamentales du nationalisme populaire algérien
dont il a contribué fortement à accentuer le contenu social,
Ainsi, au combat pour la libération nationale, se sont
étroitement associées la récupération des terres et la promotion
socio-économique de la paysannerie. En effet, la guerre
de libération, en s’appuyant principalement sur les campagnes,
a détruit les structures archaïques et anti-sociales qui les
caractérisaient et provoqué l’émergence de nouvelles forces
populaires dont la lutte et les épreuves ont déterminé
l’approfondissement du contenu politique et idéologique de
la Révolution algérienne.
Les bouleversements politiques et sociaux qui ont marqué
cette période et celle qui l’a suivie dans l’immédiat après-guerre,
ont donné lieu à des tentatives par lesquelles les textes
fondar entaux du FLN ont essayé d’apporter une réponse
aux aspirations légitimes et à la longue attente des masses
paysannes. Mais il aura appartenu au Pouvoir révolutionnaire
734 JOURNAL OFFICIEL DE LA
du 19 Juin 1965, sur la base d’une analyse rationnelle
des données historiques en la matière et des réalites vécues
par le monde rurai, d’édicter une véritable Révolution agraire
Dans la phase actuelle qui est une phase de consolidation
des acquis socialistes et de leur extension dans tous les secteurs.
le niveau déjà atteint dans l’application de la Révolution
agraire place le secteur agricole autogéré et la paysannerie
pauvre, parmi les forces d’avant-garde du socialisme. S’assignant
pour objectif la transformation radicale d’une société rurale
longtemps paralysée par des structures socio-économiques
injustes et dégradées, la Révolution agraire ne pouvait se
borner à une simple redistribution des terres sans permettre
à l’ensemble des paysans d’accéder à des conditions de vie
et de travail conformes à l’éthique socialiste et aux exigences
durogrès.
Par un élargissement et une meilleure utilisation des
investissements et des structures de production, et par une
complète transformation des rapports sociaux, la Révolution
agraire inscrit dans ses objectifs :
a) une transformation des rapports sociaux par la mise
en place de nouvelles formes de gestion et la création
de villages socialistes ;
b) une organisation de services liés à la production, grâce,
notamment, à une politique de commercialisation et à des
prix assurant une rémunération adéquate du fruit du travail;
c) la modernisation des méthodes et techniques de production,
grâce l’affinement de nouveaux modes de gestion reposant
sur une participation effective des travailleurs et la lutte
contre le morcellement.
Ainsi, la Révolution agraire détruit dans les campagnes
les fondements matériels et les concepts anti-sociaux de
l’exploitation de l’homme par l’homme. Elle élimine les
propriétaires absentéistes, les gros propriétaires, les gros
éleveurs qui contrôlaient, sans pour cela participer directement
au travail, les moyens d’existence et de production des paysans
et des bergers et les maintenaient dans un état de sujétion
économique totale.
En démantelant la grosse propriété foncière, en limitant
aussi bien les superficies agricoles, le nombre des palmiersdattiers que le cheptel ovin, elle a pu distribuer aux paysans
sans terre et aux bergers exploités, les moyens de production
qui leur faisaient cruellement défaut pour mener une vie
docente, légitimer leur travail et contribuer à leur propre
premotion d’hommes libres. Ce faisant, la Révolution agraire
a brise les liens de l’ancien ordre économique de dépendance
et d’exploitation patriarcales et jeté les bases de nouveaux
rapports sociaux dans le milieu rural.
A cet égard, la Révolution agraire substitue à l’ancienne
exploitation coloniale et féodale, une organisation socialiste
qui met fin au dualisme entre secteur traditionnel et secteur
développé, oriente principalement la production vers la satisfaction des besoins nationaux, abolit l’absentéisme, la sujétion
à une hiérarchie tribale exploiteuse, la khemassa et ses
équivalents pastoraux, en même temps qu’elle supprime toute
forme de commerce spéculatif sur les ressources en eau
en les nationalisant.
Le mode de production socialiste qu’introduit la Révolution
agraire restitue la terre à ceux qui la travaillent directement
et personnellement et organise les attributaires dans des structures de production et de gestion collective et opérationnelle.
Parmi les formes de gestion que la Révolution agraire consacre, la coopérative constitue un mode d’association démocratique
apte à concrétiser et à élargir la socialisation de l’agriculture.
En effet, si la bataille de la production est un impératif majeur,
son issue dépendra, en particulier, de l’efficience des structures
mises en place tant au niveau de la production qu’au plan des
services nécessaires à la production. A ce propos, il convient de
préciser quelques, données du problème quant au choix des
formes de gestion socialiste dans leurs rapports avec la bataille
de la production qui est à l’ordre du jour. Certes, les coopératives constituent pour le paysan un système d’organisation qui
correspond à la gestion collective des moyens de production, et
les différentes formes de coopération permettent une adaptation
très souple aux conditions culturelles et socio-économiques du
milieu rural. Cependant, si la coopération dans l’agriculture a
permis dans le monde, au cours des trente dernières années, un
développement et une efficacité économique indiscutables, il y
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
a lieu de constater que dans l’ensemble du processus de valolisation agricole couvert par la coopération, la fonction production nécessite, pour sa meilleure réalisation possible, des formules de gestion appropriées que doivent imposer les réalités
sociales et culturelles de l’homme, sans oublier les exigences
économiques et techniques. Dans le système socialiste, une formule de gestion se juge d’après ses résultats, et la meilleure
forme est bien celle qui donne le meilleu rendement dans la
production. En tout état de cause, il est préférable de parvenir,
dans les meilleurs délais, à une conception unifiée des principes
généraux de gestion du secteur agricole. A la longue, et la
prise de conscience des paysans aidant, ainsi que leur maîtrise
des techniques modernes, de méthodes organisationnelles et
cuiturales adaptées au pays, la Révolution agraire, qui propose
des formes précises et parfois développées de socialisation des
moyens de production, trouvera d’elle-même les correctifs
nécessaires et réalisera d’autres acquis au bénéfice d’un monde
rural qu’elle a tiré d’une injuste et cruelle marginalité. Les
groupements de mise en valeur, pour ne citer que cet exemple,
préfigurent déjà l’œuvre pionniere des paysans défricheurs de
demain qui gagneront de nouvelles terres et de nouveaus périmètres irrigués à l’économie vivrière.
Plus qu’une réforme foncière limitée à un redimensionnement adéquat des parcelles et à la modernisation de leur exploitation, plus qu’une réforme agraire limitée à la mise en œuvre
d’une politique de limitation de la grande propriété et à la
redistribution des terres aux paysans, la Révolution agraire, en
ce qui concerne son approche de la production, réunit les
conditions optimales pour une modernisation des techniques de
production et une mise en valeur intensive des terres au moyen
d’une planification globale des actions intervenant dans les
activités agricoles et pastorales. Il convient, également de mettre
à ‘actif de la Révolution agraire la nationalisation des ressources en eau, et la politique de reforestration.
La Révolution agraire, dans les zones pastorales, constitue un
impératif important au même titre que la regénérescence et
l’extension de notre patrimoine forestier. Elle concerne les petits
éleveurs et les bergers qui, du fait de leur dénuement et des
moyens aléatoires et archaïques de leur production et d’activités
professionnelles longtemps dépréciées à l’ère féodale, connaissent
une situation économique, sociale et culturelle confinant à celle
de véritables parias de la société. La Révolution agraire s’assigne pour objectifs, dans les steppes et les terrains de parcours,
l’organisation du pastoralisme sur la base de rapports socio-économiques nouveaux, la réhabilitation sociale et le relèvement
du niveau de vie des bergers, la modernisation des moyens de
production des petits éleveurs, la sauvegarde rationnelle des
pâturages, une action plus conséquente visant à améliorer et à
préserver les ressources en eau destinées au succès de cette
politique pastorale et à la mise en valeur de nouvelles terres
dans la steppe.
La Révolution agraire n’est pas uniquement une action de
justice sociale; elle est aussi une action politique de grande
envergure qui intéresse, en même temps, les paysans sans terre
et les petits paysans. En ce qui concerne ces derniers, la Révolution agraire a permis d’améliorer les conditions de leur insertion dans le processus de développement national, notamment
par un affinement de la politique de redistribution des revenus
dans nos campagnes grâce à l’attribution des terres, à la construction de villages agricoles socialistes, à la réalisation de
plans communaux de développement, à la suppression de la
fiscalité, à la garantie d’un revenu permanent et convenable et
à la prise de conscience du caractère précieux de la terre
et donc de la nécessité de sa pleine utilisation comme de sa
sauvegarde.
Les petits paysans sont en train, ainsi, de s’intégrer dans le
nouveau secteur socialiste, et c’est là, pour la Révolution algérienne, à travers la Révolution agraire, la meilleure manière
possible de gagner à sa cause et à sa raison d’être, des alliés
dans les campagnes.
La Révolution agraire a permis la démocratisation de la vie
politique et sociale dans les campagnes, et la dynamisation de
l’ensemble des organismes et institutions administratifs et politiques concernés par le développement du monde rural.
L’application d’une tâche aussi importante que la Révolution
agraire ne se fait pas sans quelques insuffisances. Aussi implique-t-elle une action minutieuse et coordonnée pour que les
opérations de nationalisation et d’attribution des terres soient
partout terminées, les formules coopératives judicieusement
choisies et les difficultés d’habitat rapidement aplanies.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
Il importe notamment :
1 que tous les services de soutien à la production (vulgarisation approvisionnement, financement, commercialisation,
animation politique et administrative) s’adaptent rapidement à
la nouvelle situation;
2 que la participation des petits paysans, des attributaires
et de I’UNFA au processus de décision et de contrôle de l’application de la Révolution agraire soit encore améliorée.
Les tâches présentes et futures sont déterminées par la nécessité de poursuivre les opérations de Révolution agraire et de
corriger les insuffisances qui se sont révélées au cours de
l’application.
Les insuffisances d’ordre politique sont progressivement surmontées, notamment par une participation et une mobilisation
encore plus grandes des paysans pauvres au sein de l’UNPA
dans le processus de décision et de réalisation de la Révolution
agraire.
Les insuffisances d’ordre matériel sont en voie de résorption
par la mise en place et le renforcement de structures de soutien
s’adaptant à la situation nouvelle.
Les grands problèmes qui vont conditionner la réussite de la
Révolution agraire résident dans la prise de conscience politique
des paysans, la production, la commercialisation et l’amelioration
du revenu du travail des nouveaux coopérateurs et de l’ensemble
de la paysannerie.
Ces objectifs s’articulent autour de deux idées maîtresses
étroitement liées consolider les bases matérielles et structurelles de la production agricole et répondre aux besoins de toute
la population rurale.
La Révolution agraire doit faire impérativement des petits et
moyens paysans, des allies qui beneficient des bienfaits de la
commercialisation et des services et amorcer parmi eux un
mouvement volontaire de coopération progressive. Cette cooperation peut, au début, prendre des formes tout à fait élémentaires d’organisation et se perfectionner par la suite.
Pour ce qui est des autres tâches de moyen terme, le développement de l’agriculture ne se fera plus indépendamment des
autres secteurs qu’ doivent pour leur part, tenir compte de ia
qualite des sols. En effet, le gaspillage des terres est une perte
pour la société tout entière qui a besoin, au contraire, de
préserver et d’augmenter, par une instante récupération, toutes
les surfaces cultivables du pays.
Dans le cadre des moyen et long terme, s’inscrivent aussi
certaines tâches telles que la lutte contre l’exode rural et tout
le problème de l’infrastructure économique ainsi que sa diversification.
La solution de l’exode rural réside dans un ensemble d’actions
multiformes qui permettront d’arrête le depart des meilleurs
travailleurs de l’agriculture vers d’autres secteurs, par des mesures prévoyant une politique juste et efficace des revenus
susceptibles de favoriser un attachement plus grand à la terre
et au métier agricole. Cette politique ces revenus reposera avant
tout sur la nécessité de faire rattraper par les campagnes te
niveau de vie existant dans les villes.
La responsabilisation des paysans dans la création de leur
propre environnement par des moyens politiques, économiques
et socio-culturels adequats au sein des villages socialistes
conformes à leurs besoins et habitudes de vie et de travail,
contribuera aussi à résorber l’exod^ rural.
La lutte contre les disparités économiques et sociales entre
la ville et la campagne fera le reste le jour où le paysan trouvera à sa disposition les services sanitaires, culturels et commerciaux qui manquent à sa vie quotidienne C’est là, entre autres,
l’une des fonctions principales du village socialiste.
Enfin la Révolution agraire doit s’atteler à une tâche de court,
moyen et long termes qui est la recherche de meilleures conditions pour exploiter les capacites foncières existantes et, à
l’échelle de tout le territoire national, apprendre aux coopérateurs et aux paysans à mieux travailler, à mieux organiser le
processus de travail et de commercialisation. Il est évident que
l’agriculture doit, dans une première étape, lutter pour l’indépendance alimentaire, ce qui signifie qu’en plus de l’autosuffisance souhaitée, elle tendra à devenir aussi une source d’accumulation. D’où, la nécessité urgente de fixer les critères et les
normes les plus aptes à améliorer les conditions de vie des
populations rurales.
Par-delà les bouleversements de structure et d’organisation,
c’est l’homme de la campagne que la Révolution agraire veut
changer; c’est la socialisation de l’agriculture qu’elle vise.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 735
Elle n’avancerait pas si elle ne parvenait à modifier la mentalité du paysan et à détruire chez lui toutes les structures
archaïques de pensée, d’action, de vision du monde. La Révolution agraire, instrument de transformation sociale, est ainsi
inséparable de la Révolution culturelle dans le domaine du changement des esprits, des habitudes de vie et des rapports sociaux.
Chacune de ces actions concerne des modalités à la fois techniques, économiques, politiques, sociales, tant il est vrai que
le paysan d’abord. et le monde rural, ensuite, émergeant tous
deux d’une ère anachronique, éprouvent le plus vif besoin d’une
restructuration globale de l’homme et du milieu.
Dans sa dynamique même, la révolution agraire apparaît comme le renforcement de la capacité du paysan à jouer pleinement
son rôle politique et social, à être un élément conscient de la
Révolution socialiste, un des moteurs du développement harmomeux du pays La Révolution algérienne donne à la paysannerie
pauvre, longtemps frustrée de ses droits et d’une vie décente,
toutes ses chances positives pour se libérer, transformer son
milieu géographique et ses conditions d’existence et s’épanouir
dans un monde nouveau qu’elle aura créé par le travail productif et le sens du progrès.
La transformation des vieilles structures agricoles, l’impact
et l’ampleur du mouvement coopératif, l’introduction de techniques nouvelles de travail et d’organisation sociale, la suppression
des écarts de caractère colonial entre secteur traditionnel et
secteur moderne, portés tous deux, désormais, à s’uniformiser
dans le sens du progrès, sont parmi les actions qui s’inscrivent
dans la réalité a gérienne d’aujourd’hui grâce à la Révolution
agraire.
A tout cela, il convient d’ajouter d’autres faits tangibles qui,
en dépit des difficultés inhérentes au milieu, à l’inexpérience
du début, aux oppositions et sabotages, aux habitudes d’esprit
rétives, vont en se fortifiant à plus ou moins long terme. Ce
sont autant d’acquis et de moyens objectifs pour abolir à
jamais l’exploitation de l’homme par l’homme, contribuer à la
lutte contre le chômage et le sous-emploi, résorber les retards,
freiner l’émigration et l’afflux vers la ville, assurer une certaine
qualité de la vie dans les campagnes longtemps déshéritées,
donner aux paysans pauvres une conscience politique accrue et
ur. sens plus het de leurs droits et devoirs, faire du village
socialiste un véritable creuset de la future société travailleuse
et libérée du besoin, permettre, enfin, aux masses rurales de
prendre en main la gestion de leurs propres affaires publiques
dans le cadre d’institutions communales adéquates.
La paysannerie algérienne a, certes beaucoup d’obstacles à
vaincre dont les séquelles de l’esprit feodal, le gaspillage, le
bureaucratisme et l’acharnement contre elle des intermédiaires
et des spéculateurs ne sont pas les moindres, mais, tous les
travailleurs animes d’un sens actif de la solidarité sociale l’aideront dans cette grande tâche de survie et de promotion après
les épreuves effroyables qui ont failli, plus d’une fois, l’anéantir.
Si l’Etat consent des investissements énormes pour stimuler
l’agriculture, s’il prodigue aux paysans un soutien et une aide
matérielle et technique importants, il n’en demeure pas moins
qus c’est en définitive. l’effort personnel des petit producteurs,
des attributaires de la Révolution agraire et des travailleurs du
secteur autogéré qui doit déterminer le succès de la bataille
de la production.
III. LA REVOLUTION INDUSTRIELLE
La colonisation a légué cu peuple algérien une économie aux
structures archaïques, fondée sur l’Agriculture et l’exploitation
ces matières premières, orientée vers l’exportation de produits
bruts, et caractérisée par l’inexistence d’une infrastructure industrielle.
La consolidation de l’indépendance, la construction du soclalisme, la volonté de développement économique, exigeaient plus
qu’une politique audacieuse d’industrialisation, une véritable
Révolution industrielle.
La Révolution industrielle ne saurait être réduite à l’industrialisation. L’industrialisation n’est pas conçue exclusivement comme un mode de croissance economique. Elle n’a de signification
que par les objectifs vises à travers elle, car elle s’inscrit dans
un processus révolutionnaire. C’est une composante de la Révolution industrielle.
L’industrialisation en Algérie prend la signification et les
dimensions d’une véritable Révolution en ce sens que, comme
la Révolution culturelle et la Révolution agraire, elle intègre, aux
736 JOURNAL OFFICIEL DE LA
objectifs, qu’elle s’assigne par ses actes d’investissements et par
les activités qu’elle crée, et à la transformation des rapports
de production consécutive à l’option socialiste, la mutation profonde de l’homme et la refonte de la société, en même temps
qu’elle agit pour remodeler le visage du territoire.
La Révolution industrielle tend à entraîner des transformations
profondes dans les structures économiques du pays, pour qu’il
passe d’une économie traditionnelle fondée essentiellement sur
le secteur tertiaire et les activités agricoles, à une économie
moderne, où l’articulation et la complémentarité des activités
productrices, caractérisées par l’intensification des échanges entre les branches d’un même secteur d’activité économique, et
entre secteurs économiques différents, assurent un développement global harmonieux par l’extension des méthodes industrielles à tous les secteurs de la production.
Par là, la Révolution industrielle s’inscrit dans une perspective
socialiste qui lui acine sa signification profonde et ses dimensions politiques. Elle jette les assises matérielles du socialisme
dont la réalité se mesure au substrat économique sur lequel il
repose.
En effet, l’option pour le socialisme, en Algérie, dérive de la
notion de l’indépendance nationale et postule l’indépendance
économique.
L’édification de la base matérielle du socialisme implique la
création d’une industrie développée et diversifiée s’étendant à
toutes les branches. Cette industrie est nécessaire au fonctionnement d’une économie moderne, dégagée de la dépendance
étrangère.
D’autre part, la Révolution industrielle s’inscrit dans un processus d’élévation du niveau de vie de chaque citoyen. Ce n’est
pas seulement un mode de croissance économique et d’accumulation du capital. Elle se fixe dans ses objectifs, l’élimination
du chômage, l’amélioration des conditions d’existence des travailleurs et la redistribution du revenu national pour la promotion des masses déshéritées.
En outre, plus que par ses objectifs sociaux, la Révolution
industrielle s’inscrit bien dans une perspective socialiste à travers ce fait capital que l’industrialisation permet l’élargissement et le renforcement du prolétariat en tant que composante
sociale révolutionnaire.
Les perspectives socialistes de la Révolution industrielle ressortent également du mode de gestion des unités de production.
l’Etat socialiste, qui anime et réalise la Révolution industrielle,
organise la participation responsable des travailleurs à la gestion
des entreprises. Par cet aspect important de son action, la
Révolution industrielle vise à faire acquérir aux travailleurs le
sens de la responsabilité et jette les bases de la gestion démocratique des unités de production.
Bien plus, elle provoque des changements profonds dans les
mentalités des cadres, des ouvriers, des paysans et du peuple
tout entier, par l’élévation générale du niveau scientifique et
technologique qu’elle entraîne, par l’ouverture sur des modes
d’action et d’organisation modernes qu’elle implique.
Aussi, la Révolution industrielle exige-t-elle d’implanter des
activités industrielles dans toutes les régions du pays afin que
ces régions puissent toutes bénéficier des transformations profondes que le système de production industriel crée dans la
société. La décentralisation fait, en effet, entrer l’ensemble du
peuple et, en particulier, les ruraux, dans un mode de production
industriel qui modifie radicalement la physionomie du territoire
en faisant entrer toutes les zones du pays dans l’ère de la
civilisation industrielle.
La Révolution industrielle, par là, est un facteur décisif du
développement économique, social et culturel du pays. Elle ne
se donne nullement pour objectif exclusif la croissance d’un
secteur déterminé de l’économie. Si le socialisme exige la croissance économique, la croissance économique à elle seule n’est
pas le développement et, encore moins, le socialisme, comme le
montre abondamment l’exemple de certains pays du Tiers-
Monde qui, bien que disposant de capacités industrielles importantes, portent toujours la marque du sous-développement.
L’industrialisation, en effet, n’a de signification que si elle
permet la consolidation de l’indépendance nationale et renforce
le socialisme.
Les implications du choix d’une telle politique confirment
l’option pour le socialisme, comme la seule voie possible de
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
développement. S’engager dans une forme différente d’industrialisation, qui s’apparenterait à la démarche capitaliste propre
à l’investisseur privé qui limite la portée de la rentabilité à la
seule recherche du profit et à la fructification immédiate du
capital, qui n’accorde aucune considération aux priorités du développement national et qui s’ingénie à accaparer à son avantage
exclusif le surplus dégagé par l’investissement, c’est se condamner à un rythme forcément lent, dans le développement et
renoncer, pratiquement pour toujours, à rattraper le retard
accumulé par rapport aux nations avancées Au lieu d’attendre,
comme l’enseignent les théories du développement, que les milieux capitalistes tendent de faire adopter par les peuples du
Tiers-Monde, que les conditions d’accueil de l’industrie soient
réunies et que l’homme et le milieu social aient accompli le
cycle d’évolution nécessaire pour les rendre aptes à entrer dans
l’ère industrielle, la Révolution industrielle comporte une certaine
anticipation sur l’aménagement du milieu industriel ambiant
indispensable au déroulement des activités qu’elle crée.
A cet effet, la politique d’industrialisation englobe,
dans sa stratégie, des actions qui aménagent l’environnement
et préparent les hommes aux tâches nouvelles auxquelles elle
les destine. Ces actions provoquent, à travers l’économie, des
déséquilibres qui se transforment en une puissante poussée qui,
à son tour, agit comme une force d’entraînement et de dynamisation sur les autres secteurs de l’activité nationale. De ce
fait, même si elle n’a pas bénéficié de conditions d’accueil
préalablement aménagées, l’industrie, grâce à l’effet multiplicateur qui lui est connu, finit par créer autour d’elle l’environnement dont elle a besoin pour s’épanouir.
Le choix d’une telle politique entraîne, comme conséquence
majeure, de ne pouvoir compter que sur soi pour la réaliser.
Le monde capitaliste ne peut prendre une participation à une
politique qui n’est pas de nature à lui procurer le résultat
garanti qu’il recherche, sous forme de profits énormes et immédiats. Il n’accorde aucune adhésion à une politique qui développe un modèle qui va parfaitement à l’encontre des méthodes
d’accaparement et de domination par lesquelles beaucoup de
peuples du Tiers-Monde subissent le drainage de leurs ressources, connaissent le détournement du produit de leur force de’
travail et souffrent d’un retard technologique sans cesse accru.
Cette conception de la Révolution industrielle doit nous conduire à effectuer les choix dans le domaine de l’industrialisation
en fonction de ces composantes et de ces objectifs.
Pour pouvoir atteindre ces objectifs, la Révolution industrielle
doit jeter les fondements d’une industrie de base capable elle-même d’engendrer de nouvelles industries, et dont l’extension
doit permettre la création d’une dynamique de développement
de l’économie en général et de l’industrie de façon particulière.
La Révolution industrielle vise à assurer au pays la maîtrise
de la science et de la technologie.
La science et la technologie fondent l’ensemble des processus
de production dans le monde moderne. Leur maîtrise, par la
théorie et la pratique, constitue une des composantes du développement autonome et rapide du pays, une des lignes de force
de toute transformation économique et sociale.
Par la multiplication et la diversification des productions industrielles installées dans le pays, la Révolution industrielle constitue une vaste école de formation scientifique et technologique. La formation que les cadres reçoivent à l’université leur
est nécessaire, mais non suffisante pour l’accès à la maîtrise
totale de la science et de la technologie. Encore faut-il qu’ils
utilisent leurs connaissances à la solution des problèmes concrets et vécus que posent l’implantation et le fonctionnement
des industries dans les circonstances spécifiques au pays.
A ce titre, dans les entreprises industrielles comme dans les
administrations, il serait utile, au fur et à mesure que grandit
le nombre des cadres formés par le pays, que ces derniers, à
l’issue de leur formation, soient d’abord affectés à des tâches
concrètes sur le terrain, avant qu’ils soient appelés à des postes
de responsabilité notamment à l’échelon des directions centrales.
La production industrielle la plus importante s’effectue dans
de grandes unités qui utilisent des techniques avancées et qui
constituent des organisations complexes dont la mise en place
et la gestion doivent être menées avec rigueur, et requièrent
des cadres expérimentés et une main-d’œuvre ayant une qualification de plus en plus élevée. Ce ce fait, la Révolution industrielle ne saurait se renforcer et progresser si le pays se contente
de méthodes de production industrielle correspondant aux faibles
30 juillet 1976: JOURNAL OFFICIEL DE LA
capacités de réalisation et de gestion qui caractérisent la situation de sous-développement que lui a léguée la période coloniale
C’est par l’affrontement des difficultés et l’acceptation des
défis que lancent les systèmes de production industrielle moderne, que les cadres peuvent accéder aux connaissances et à l’expérience nécessaires pour installer et gérer les unités de production
et, ainsi, faire avancer la révolution industrielle.
Cela n’implique nullement l’adoption d’une politique qui viserait à opter systématiquement et de manière inconsidérée pour
des technologies de pointe. Il s’agit, pour la Révolution industrielle, d’embrasser l’ensemble des branches qui composent et
caractérisent l’existence d’une industrie moderne et, à cet égard,
ae penétrer celles de ces branches qui relèvent, de par leur
nature même, d’une technologie avancée. 11 demeure évident
aussi que l’amélioration du niveau technologique du travailleur
va de pair avec l’élévation du niveau de sa productivité qui, de
son côté, commande, dans une très large mesure, l’augmentation
du revenu du travailleur et l’amélioration de ses conditions de
vie.
En dehors des domaines où elle s’impose sans autre alternative, le recours à la technologie avancée doit être lié à l’amélioration de la productivité. Des technologies intermédiaires et
moins complexes devraient pouvoir être maintenues dans d’anciennes installations ou utilisées dans des réalisations nouvelles,
sous réserve qu’elles n’aboutissent pas à figer le niveau de
qualification des travailleurs et a condamner leur revenu à une
stagnation préjudiciable à l’élévation de leur niveau de vie.
La formation professionnelle menée à une vaste échelle dans
le pays. et les actions destinées à élever d’une manière constante
et continue la qualification des travailleurs, permettent à ces
derniers de s’adapter progressivement et de mieux en mieux
aux exigences de la technologie moderne.
Mais, c’est au fur et à mesure de sa progression que la Révolution industrielle crée des facteurs de son propre renforcement
et qu’elle engendre et forge les caractères aptes à assurer son
avance. Ni sa formation nécessaire des compétences indispensables à la gestion de grandes entreprises, ni l’initiative creatrice
et l’audace novatrice, ni la capacité d’entreprendre ne sauraient
se manifester si les occasions ne leur en sont pas données par
la marche même de la Révolution industrielle.
La Révolution industrielle doit englober la maîtrise d’une
gamme sans cesse plus étendue des Irocessus industriels, par la
diversification des branches industrielles installées dans le pays.
La Révolution industrielle doit donner au pays les moyens
propres de son développement en visant à faire assurer par la
production nationale l’essentiel de ses besoins en biens de consommation et en biens d’équipement.
La Révolution industrielle vise à l’élimination des structures
économiques coloniales qui maintiennent les pays du Tiers-Monde
au stade d’exportateurs de matières premieres et d’importateurs
de produits finis Elle rejette egalement les structures neocolonialistes et impérialistes qui, sous prétexte d’une nouvelle
division internationale du travail, tendent a transferer au Tiers-
Monde des industries que les pays développes considerent comme
peu attrayantes sur leur territoire, mais qu’ils veulent continuer
à contrôler directen.ent ou indirectement, quand ils réussissent
à les implanter au sein des pays en voie de développement
Ce sont ces caractéristiques qui permettent aux pays les oius
avances de perpétuer leur domination sur les pays d’Afrique.
d’Asie et d’Amérique Latine et de consolider le néo-colonialisme
L’indépendance économique, et par-là, l’indépendance politique 1
ne saurait être totalement assurée sur de telles bases. La Revolution industrielle vise donc à la transformation, dans le pays
même, des ressources naturelles et à leur exportation sous forme
de produits finis ou semi-finis.
Elle doit conduire à la consolidation de notre capacité de
financement extérieur, car la dependance financière conduit à
la subordination politique et à la domination économique. Par
son déploiement et par ses progrès, la Révolution industrielle
s’affirme donc comme un acte de libération totale de l’individu
et de la société et comme une composante essentielle de la
Révolution globale.
REPUBLIQUE ALGERIENNE 737
IV. L’EQUILIBRE REGIONAL
Si la Révolution algérienne vise à la promotion des hommes,
à l’égalité entre tous es citoyens, elle ne pourrait atteindre
ces objectifs que dans la mesure où elle supprime les inegalites
de chances entre Algériens, indépendamment de la région où ils
vivent. La Révolution ne saurait accepter, en effet, une inégalite
de développement entre les différentes parties du pays Le
principe de l’égalité et de plein épanouissement de tous les
citoyens implique le refus d’accepter qu’une partie de la population soit obligee de se déraciner et d’aller chercher ailleurs
l’instruction, le travail et les moyens de vie qu’elle ne trouve
pas a sa région d’origine.
La Révolution algérienne a choisi d’orienter les plus gran is
efforts de developpement sur les régions déshéritées afin qu’en
peu de temps elles se hissent au niveau des zones les plus
prospères. C’est le sens de la politique d’équilibre régional.
Cette politique est fondée sur la démocratie socialiste qui impose un développement au profit des masses populaires et, en
priorité, à celui des couches les plus déshéritées. Elle concrétise
l’option fondamentale de la Révolution qui consiste à éliminer
la misère et à garantir des conditions de vie convenables a
chaque citoyen, sans aucune distinction. Expression de la solidarité nationale, cette politique marque la consolidation des
liens entre les différents éléments de la Nation. Elle se propose,
dans une première étape, de garantir une vie décente à chaque
citoyen pour parvenir, dans une deuxième phase, à une simılı-
tude de modes de vie entre tous les Algériens. De ce fait, elle
dessine déjà le visage de la société de demain, juste, équitablement développée, où dans chaque point du territoire, les conditions du mieux-être deviendront, pour tous, une réalité concrète
La politique d’équilibre régional s’intègre dans le cadre d’une
vision socialiste de l’aménagement rationnel du territoire, en
fonction des besoins de développement de chaque région, par
une accélération des investissements dans les centres où les
conditions ne sont pas forcément les plus appropriées. Elle entraine, par-là même, une succession d’investissements d’infrastructure d’appoint qui créent les conditions du décollage économique. Il s’agit d’éliminer les poches de stagnation et de jeter,
dans les parties les plus démunies du pays, les bases d’une
dynamique de développement auto-entretenu. La répartition
judicieuse des investissements à travers le pays doit se traduire
par la mise en valeur des ressources de chaque région. Cette
mise en valeur s’appuiera sur une intégration de la planification
régionale à la planification nationale et sur une répartition équitable des cadres à travers toutes les régions. Elle comportera
également une répartition équilibrée des activités économiques
à travers le pays ainsi que l’utilisation rationnelle du sol afin
de faire progresser le développement dans un cadre harmonieux
et d’assurer la préservation des terres propres aux cultures. Cela
implique, en particulier, une vision cohérente du développement
de l’infrastructure du pays, de même qu’une conception rationnelle de l’aménagement des centres urbains, notamment par une
approche moderne des problèmes de l’urbanisme.
En visant la promotion de chaque individu plutôt qu’un développement global inégalitaire, cette politique répond, ainsi, concrètement, à la démarche qui tend à créer une démocratie
socialiste véritable Elle est fondée sur une répartition harmonieuse entre l’effort de développement de l’infrastructure de
production, et l’extension du réseau d’enseignement, de formation professionnelle et de diffusion de la culture: Elle prépare
ainsi pleinement le citoyen à son rôle économique et social. Une
extension des activités économiques qui ne s’accompagne pas
d’un développement culturel, scientifique et technologique aboutirait à l’exploitation des populations de zones déshéritées
reduites à fournir de la main-d’œuvre à bon marche, parce que
non qualifiée.
La politique d’équilibre égi nal, dans la globalité de sa
conception, cree donc les conditions de la prise en charge de
leur développement par les populations locales. Elle empêche
que la création d’emplois, dans des zones pauvres, s’effectue
au profit de personnes provenant de régions plus favorisées.
Elle vise à corriger le processus de division du travail où
certaines régions fournissent la main-d’œuvre non qualifiée et
d’autres les techniciens aptes a organiser et à diriger les unités
de production. Elle empêche, en outre, que s’accentuent
l’inégalité des revenus, les disparités sociales et culturelles
entre les différentes régions dont les unes se développeraient
de plus en plus, tandis que les autres s’appauvriraient en
hommes et en substance.
738 JOURNAL OFFICIEL DE LA
Aussi, la politique d’équilibre régional accorde-t-elle une
importante particulière aux investissements sociaux afin de
donner à tous les citoyens la même qualité de vie création
d’hôpitaux, extension de l’infrastructure sanitaire, construction
de logements, édification de villages, généralisation de l’électrification, multiplication des liaisons téléphoniques, développement
des moyens de communication, rapprochement de l’administration des citoyens, pénétration de la radio et de la télévision
dans les régions les plus reculées du pays. Les aspects sociaux
de cette politique lui donnent toute sa portée et lui confèrent
une dimension qui transcende ses aspects matériels pour donner
toute sa valeur et sa dignité à l’homme.
En tendant à offrir, à tous, les mêmes conditions de vie, la
politique d’équilibre régional permet une répartition saine du
peuplement entre les différentes parties du pays, la diminution
des mouvements internes de population, qui, incontrôlés. aboutissent au dépeuplement de vates régions et donc à leur stagnation, car elles sont vidées de leurs éléments les plus jeunes,
c’est-à-dire des éléments les plus dynamiques et les plus ouverts
au changement. Ces mouvements engendrent la concentration
humaine sur certains points du territoire, le développement
d’immenses métropoles où les problèmes économiques et sociaux
prennent des aspects dramatiques. Les ensembles urbains gigantesques favorisent la dislocation du tissu social, génératrice de
déséquilibres et de déchirements tant individuels que familiaux
L’homme est inséré dans un environnement physique et materiel
qui accroit ses fatigues et sa tension. De plus, ces ensembles
urbains ne trouvent pas de justification economique dans la
mesure où leur réalisation, leur entretien et leur gestion exigent
la mobilisation de sommes énormes dont le poids doit être
supporté par toute la nation.
La politique d’équilibre régional vise à la mise en place d’une
armature urbaine harmonieusement répartie sur toute la surface
du pays en utilisant rationnellement le potentiel de l’homme.
Il s’agit de multiplier les communautés urbaines où chacun
est totalement intégré et trouve les pleines conditions de son
épanouissement culturel, social et économique.
La politique d’équilibre régional s’appuie sur des programmes
spéciaux élaborés en liaison avec les masses populaires elles-mêmes. Cette politique qui doit se pou suivre par les programmes communaux et d’autres moyens encore, marque la volonté
de maitriser le processus de développement et non de le subir
Elle exige une vigilance constante afin que soient évitées les
déviations, les inégalités et les tensions que provoque toute
expansion accélérée insuffisamment contrôlée. Elle sera mise
en œuvre chaque fois qu’un déséquilibre laisse apparaître un
revard économique dans une région par rapport à l’ensemble
du pays.
V. LES FORMES SOCIALISTES DE GESTION
L’appropriation collective des moyens de production et le
lancement du développement du pays selon la voie du socialisme posent le problème du mode de gestion du patrimoine
et des activités économiques, sociales et culturelles de la Nation
Les structures et les modes de fonctionnement qu’appelle la
solution de ce problème, doivent correspondre, de manière
adéquate, à une série d’objectifs obtenir une conservation
correcte des biens du peuple, assurer une croissance continue
et élevée du potentiel du pays dans tous les domaines, faire
fonctionner la vie économique, sociale et culturelle de la Nation
suivant les règles de l’efficacité et à la satisfaction de tous,
s’intégrer et s’adapter aux transformations qu’entraîne sans
cesse le progrès, veiller au respect des principes de justice
sociale qui sont à la base du socialisme et, enfin, faire des
travailleurs les artisans de leur propre destin.
Si l’appropriation collective des moyens de production élimine
la base matérielle et sociale de l’exploitation de l’homme par
l’homme, c’est en élevant les travailleurs à la dignité de producteurs responsables et en faisant d’eux la source d’inspiration
èt la force d’exécution des décisions qui engagent leur sort,
que le socialisme atteint la plenitude de sa signification et
du contenu révolutionnaire des transformations par lesquelles
il bouleverse l’ordre social révolu.
Le système de gestion qui découle ainsi de l’option socialiste
peut revêtir des formes diverses selon les exigences des activités
auxquelles il est appliqué et suivant le degré de complexité
qui caractérise ces activités: L’une des conditions de réussite du
système de gestion socialiste consiste à empêcher sa dégénérescence en un système bureaucratique qui aboutit à l’étouffement de l’esprit d’initiative et qui se caractérise par l’appa-
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
rition de formes autocratiques de l’autorité et par la cristallisation de nouveaux privilèges non justifiés et contraires à
T’ethique et à l’essence du socialisme.
A la suite de la récupération des terres exploitées naguère
par la colonisation et de l’abandon d’une multitude d’unités
économiques par leurs proprietaires étrangers, les travailleurs
de tous les secteurs se sont érigés en comités de gestion pour
assurer a relève des expioitants colonialistes. Ces comités se
sont mues ensuite en unités autogérées qui ont constitué la
première forme de gestion socialiste lancée dans le pays au
lendemain de l’indépendance.
Avec les grandes opérations de récupératior des ressources
nationales, la nationalisation des secteurs vitaux de l’économie
et le lancement des grands plans de développement et la mise
en œuvre de la Révolution agraire ainsi que celle de la gestion
socialiste des entreprises, réalisés par le Pouvoir révolutionnaire,
l’entreprise socialiste s’est établie comme la structure qui régit
la gestion des activites économiques sociales et culturelles en
Algérie. L’entreprise socialisto couvre aujourd’hui la quasi-totalité des secteurs d’activités du pays, y compris une partie
du secteur agricole socialiste.
Avec la mise en œuvre de la Révolution agraire, le système
coopératif qui couvrait déjà une partie des activités de proauction et de services dans l’agriculture, a pris une large extension. La coopérative constitue un moyen adéquat pour initier
les paysans attributaires au sens du travail collectif, donner
une forme organisée à leur solidarité, permettre d’atteindre
la taille necessaire pour l’utilisation des techniques et des
moyens modernes en matière agricole et, enfin, pour éduquer
et élever seur esprit d’ini’iative qui représente une exigence
primordiale dans ia vie de l’agriculture. Il ne fait pas de doute
que l’expérience en cours dans le cadre de la Révolution agraire
en ce qui concerne les structures organisationnelles et la gestion
ne manquera pas de déteindre dans l’avenir sur l’évolution de
l’ensemble du secteur agricole.
1 - La propriété d’Etat, qui se définit comme la propriété
détenue par la collectivité nationale à travers l’Etat,
qui est l’émanation de cette collectivité, représente lá
forme la plus élevée de la propriété sociale et l’entreprise
socialiste constitue la structure appropriée pour l’action
de l’Etat dans l’édification du socialisme..
L’entreprise socialiste, formant une entité appartenant à
l’Etat dont elle relève directement, constitue l’instrument le
plus approprié pour la matérialisation des objectifs de la
Révolution en matière de socialisation des moyens de production, car la propriété d’Etat représente la forme la plus élevée
de la propriété sociale. Etant l’expression de la collectivité
nationale dans son ensemble, l’Etat est l’institution la
mieux qualifiée pour conduire la gestion des biens qui
appartiennent à cette collectivité. Il correspond, dans la
hiérarchie de l’ordre institutionnel du pays, à l’échellon où
s’affirment et se manifestent les intérêts et la volonté de toute
la Nation prise dans son ensemble, et non les intérêts ou la
volonté d’une collectivité limitée aussi importante soit-elle, qui
ne serait d’une fraction de la Nation.
Emanation du pouvoir des forces sociales qui soutiennent
la Révolution et qui sont intéressées, au premier chef, au
succès du socialisme, l’Etat revêt un contenu socialiste et
s’affirme comme la manifestation du pouvoir de tous les travailleurs à l’échelle nationale. Par l’action de l’Etat et à travers
L’intervention de ses représentants, c’est donc le pouvoir des
travailleurs qui s’exerce sur la direction des institutions et des
activités du pays dans tous les domaines et, en particulier,
dans ceux de la vie économique, sociale et culturelle. A cet
égard, il convient de démasquer et de dénoncer certaines
tendances qui, en essayant d’opposer la notion de démocratie
socialiste à celle de l’Etat dans le développement de notre
Révolution, visent en fait à jeter la suspicion sur le caractère
socialiste de notre Etat et du Pouvoir révolutionnaire qui
Cirige l’œuvre d’édification nationale et de construction du
socialisme.
L’action de l’Etat, elle-même, implique, pour être réussie
et guidée valablement dans la ligne directrice de la Révolution la présence d’un Parti d’avant-garde solide, armé d’une
conception théorique juste des tâches de la Révolution, animé
d’une foi révolutionnaire ardente dans l’avenir de la Nation et
dans la justesse de la cause du socialisme et sachant adapter
son travail à la lumière des enseignements tirés de l’expérience
pratique et des idées neuves issues du progrès de la pensée.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
Aussi, est-il naturel que, parmi les structures sur lesquelles
s’appuie ie processus de sociahsation des moyens de production
engagé par la Révolution, figurent les entreprises qui sont la
propriété de l’Etat et qui constituent, en outre l’un des instruments directs de l’action que cet Etat mène dans le domaine
économique La mise en œuvre de la Charte sur la gestion
sociste des entreprises a constitué une nouvelle étape dans
l’o nsation des entreprises et dans la mobilisation des
travailleurs dans l’œuvre de socialisation de l’économie.
On ne peut concevoir, en effet, que l’exploitation des richesses
du sous-sol ou la gestion des installations édifiées avec des
ressources considérables consenties par l’Etat socialiste ne soient
pas menées directement sous le contrôle et le direction de ce
dernier.
De plus, la période coloniale n’ayant créé dans le pays que
des activités industrielles marginases et limitees, la politique
d’industrialisation entreprise par le Pouvoir révolutionnaire
comportait, comme objectif, en plus de a recupération des
richesses nationales et de l’édification des installations de
production. la formation même de l’assise humaine de cette
industrialisation représentée par les travailleurs manuels et cadres
nécessaires au fonctionnement des activités créees. En d’autres
termes, l’existence d’une couche proletarienne large, comportant
en son sein les éléments nécessaires à son propre encadrement
et à la prise en charge des multiples responsabilités inherentes
a la conduite des activités de production, devant résulter de
1.. mise en œuvre même de l’industrialisation. il était difficile
de concevoir, pour la conduite de l’économie, des structures
qui ne reposeraient pas, au départ, sur l’intervention directe
de l’Etat. Des problèmes analogues se posent également pour
les autres secteurs d’activités et appellent des solutions
similaires.
Avec la refonte des wilayas et des communes, refonte consacrée par les deux codes qui ont été suoptés, à cet effet, par
le Pouvoir révolutionnaire, le secteur socialiste en Algérie s’est
enrichi de deux nouveaux types d’entreprises: l’entreprise de
wilaya et l’entreprise communale. De la sorte. la wilaya et
l’A.P.C. deviennent des plate-formes nouvelles pour la consolication et l’expansion de la base économique du socialisme en
Algérie.
Ces deux types d’entreprises répondent essentiellement à
la nécessité :
de compléter l’action des entreprises nationales, en se
concentrant sur les activités de transformation relevant de
la moyenne et de la petite industrie, ainsi que sur les activités
de services, notamment dans les domaines de la distribution
et des travaux publics;
de la décentralisation économique et de l’équilibre régional,
en visant de plus en plus à dotiner, aux différentes régions
du pays une certaine autonomie dans leurs moyens de développement et dans leurs approvisionnements courants.
En prenant en main la solution d’une partie de leurs problèmes immédiats et en s’inserant dans la production et dans
la gestion des activités économiques, les wilayas et les
communes deviennent une structure d’appui et une force active
au service de l’édification du socialisme.
Dans le secteur de l’agriculture, les structures de gestion
sont plus décentralisées en raison des spécificités des activités
agricoles auxquelles il est difficile d’appliquer un mode de
gestion monolithique et concentré. La Charte Nationale expose,
à propos de la Révolution agraire, les conceptions qui sont à
la base de l’application des méthodes socialistes à la gestion
des activités agricoles, qu’il s’agisse des terres appartenant à
l’Etat et affectées au secteur socialiste, y compris les coopératives. ου bien des terres appartenant aux petits paysans.
dans le cas où ces derniers manifesteraient le désir de coopérer
pou o nir une meilleure efficacité dans l’utilisation de leurs
moyens et pour faire bénéficier leur action des avantages de
la coordination et de la solidarité.
L’Etat, pour ce qui le concerne, exerce son rôle d’orientation
et de coordination à travers l’action des différentes administrations et des offices qui regroupent les activités communes
de services, de commercialisation et de valorisation.
Enfin, fentreprise socialiste comporte dans sa vocation, une
mission sociale destinée à completer l’effort national d’éducatior et de formation pas les actions qu’elle doit mener pour
contribuer à la solution des problèmes de l’environnement
REPUBLIQUE ALGERIENNE 739
socio-culturels du secteur productif et pour élever le niveau
professionnel, technique et culturci des travailicurs.
2 La gestion socialiste des entreprises permet aux travailears
de prendre conscience de leur situation de producteurs
libres et responsables et d’assumer pleinement leur rôle
dans la construction du socialisme.
Grâce à la politique suivie par le Pouvoir révolutionnaire, les
travailleurs sont aujourd’hui en mesure d’asstuner la place
qui leur revient dans la gestion de l’économie. Ils sont en
mesure d’apporter ainsi un appui plus grand et un prolongement à l’action de l’Etat. C’est à cet objectif que répond ia
gestion socialiste de l’entreprise lancée par le Pouvoir révolutionnaire.
L’édification du socialisme implique. en plus de la sociallsation des moyens de production, la détention du pouvoir
d’Etat par les forces sociales acquises à la Révolution socialiste,
la participation des travailleurs à la gestion de l’économie,
ainsi que l’engagement des masses laborieuses dans toutes les
phases de la construction du socialisme et de la lutte pour
assurer le triomphe de ce dernier.
Il est naturel, des lors, que l’organisation des structures de
gestion des secteurs de l’économie trouve son parachèvement,
grâce à la Charte sur la gestion socialiste des entreprises, par
la mise en place des organes et des règles qui permettent à
la participation responsable des travailleurs à la gestion de
prendre corps, dans l’élaboration et la prise des décisions ainsi
que dans le contrôle de l’application de ces décisions qui
engagent la situation et l’avenir de ces travailleurs à travers
le sort de l’entreprise, dont ils font partie. La Charte sur la
gestion socialiste des entreprises marque ainsi le point de
depart d’une étape nouvelle dans l’édification des nouveaux
rapports sociaux initiés par le Pouvoir révolutionnaire.
Les travailleurs du secteur productif agricole, pour ce qui
tes concerne prennent une part active à la gestion de leurs
unités. grâce aux structures mises en place à cet effet dans
l’agriculture.
La gestion socialiste des entreprises constitue aujourd’hui
un cadre adéquat pour la mobilisation des travailleurs au
service du développement économique, social et culturel et pour
engager davantage ces travailleurs dans la bataille de la proauction et dans l’œuvre de consolidation du secteur socialiste.
Elle crée les conditions qui permettent à tous les travailleurs
de prendre conscience de leur situation de producteurs libres
et d’assumer pleinement leur rôle d’artisans de la construction
du socialisme en Algérie. Ce rôle prendra un relief particulier
au fur et à mesure que la gestion socialiste des entreprises
deviendra effective à travers l’ensemble des activités économiques, sociales et culturelles de la nation et que s’accentuera
l’aigerianisation, qui s’inscrit comme un objectif prioritaire
dans la politique du pays.
La mise en œuvre de la participation des travailleurs à la
gestion de l’entreprise constitue une étape nouvelle dans le
renforcement de l’exercice du pouvoir des travailleurs sur la
gestion des activités économiques, sociales et culturelles du
pays. Elle ne marque pas le début de la prise en main de cette
gestion par les travailleurs. En effet, le pouvoir des travailleurs
s’est déjà établi sur la gestion du patrimoine économique,
social et culturel du pays par l’émergence de l’Etat socialiste
comme produit du processus révolutionnaire qui a transformé
les bases de la société algérienne. La gestion socialiste de
l’entreprise s’inscrit donc, dans le processus révolutionnaire,
comme un pas en avant dans la consolidation du pouvoir
socialiste et repond à l’une des formes privilégiées que peuvent
revêtir les structures d’organisation du fonctionnement des
activités économiques, sociales et culturelles dans le cadre de
la société socialiste.
A cet egard, il convient de noter la distinction qui différencie
très nettement la participation des travailleurs qui prend corps
à travers la gestion socialiste de l’entreprise dans le cadre
de l’édification de la sociéte socialiste dans notre pays, de la
participation à la gestion que revendiquent, pour des travailleurs.
certaines organisations politiques ou syndicales au sein des
pays capitalistes Dans le premier cas, la participation prend
la signification d’un renforcement du pouvoir des travailleurs
deja incarné par l’Etat socialiste, tandis que, dans le second
cas. 1. s’agit simplement, pour les travailleurs, d’arracher ou
d’obtenir une parcelle du pouvoir que détiennent les possesseurs
privés du capital sous l’égide d’un Etat qui demeure l’expression
du pouvoir de la bourgeoisie.
740 JOURNAL OFFICIEL DE LA
La participation des travailleurs, dans le cadre de la gestion
socialiste en Algerie, constitue un moyen d’associer, dans la
conduite des affaires d’une entreprise déterminee et par le
biais de leurs assemblées élues, les travailleurs de cette entreprise aux gestionnaires désignés par l’Etat. Ceux-ci sont euxnemes des travauleurs rémunérés de la même entreprise et
ne représentent pas une categorie antagoniste mer rapport aux
autres travailleurs. En définitive, la gestion socialiste de l’entreprise se caractérise comme le creuset où se fondent toutes
les énergies humaines de l’entreprise et s’affirme comme un
farteur de cohésion entre tous les travailleurs engagés solidairement dans la même tâche d’édification du socialisme Par
contre, dans une société capitaliste, la participation, même
poussée jusqu’au degré de la cogestion paritaire, n’a pas d’autre
signification que celle d’un nouvel équilibre entre des forces
qui demeurent antagonistes les travailleurs d’une part et les
possesseurs privés du capital, d’autre part.
Sans doute, la gestion socialiste n’est-elle pas encore appliquée integralement et qu’il est nécessaire que son application
soit étenaue dans les meilleurs délais à l’ensemble des entreprises à caractère économique, social et culturel du pays
comme le stipule in Charte sur la gestion socialiste des entreprises.
Sans doute aussi, la mise en œuvre de la gestion socialiste
de l’entreprise donne-t-elle encore lieu sur le terrain à des
difficultes qui accompagnent le plus souvent ues insuffisances
dans l’organisation des entreprises et dans la maturité des
cadres gestionnaires ou des responsables syndicalistes.
Ces difficultés seront surmontées aisément par un travail
politique d’éducation et de clarification qui doit être mené
auprès de l’ensemble des travailleurs à tous les niveaux.
Le rôle de l’organisation syndicale est primordial dans la
conduite de ce travail politique qui doit être initié, orienté
et dirigé sous l’égide du Parti. D’une manière plus générale.
l’amélioration des règles de gestion et du bon fonctionnement
de la démocratie au sein des entreprises ne manquera pas de
contribuer à la pleine réussite de la gestion socialiste des
entreprises.
Mais, par-delà ces difficultés qui demeurent négligeables si
on les met en parallèle avec les succès enregistrés dans la
plupart des entreprises socialistes parmi lesquelles figurent
les plus importantes, la gestion socialiste de l’entreprise s’affirme
déjà comme une option juste et comme étant bien une solution
d’avenir.
Regroupant l’avant-garde militante parmi toutes les catégories de travailleurs et au sein de l’ensemble des secteurs
qui composent l’activité du pays, le Parti doit jouer un rôle
essentiel pour établir l’harmonie nécessaire entre les représentants des travailleurs de l’entreprise ou de l’unité et ceux
de leurs collègues qui ont pour mission de deprésenter l’Etat
socialiste en qui s’incarnent les intérêts et le pouvoir de
toute la collectivité des travailleurs de la nation.
3 Le phénomène bureaucratique a pour antidote le plus
actif l’intervention de la base et son meilleur remède
réside dans l’aptitude de l’appareil de l’Etat et des
structures de gestion à réaliser leur propre amélioration.
Comme dans toute action qui repose sur des structures
organisées et qui fait intervenir des centres de décision relevant de hiérarchies centralisées, l’écification du socialisme et
de l’économie comporte le risque permanent d’engendrer le
phénomene bureaucratique.
La bureaucratie représente une dégénérescence de la fonction
administrative et du système de gestion. De ce fait, elle denature l’organisation qu’elle dévie ainsi de sa raison d’être. Elle
provoque la sclérose ou la paralysie et peut conduire aux
déviations qui éloignent des objectifs de la Révolution et
altèrent le sens et l’esprit du socialisme.
L’administration et la gestion constituent donc une fonction
vitale dans la vie de toute organisation. Cette fonction englobe
à la fois les structures sur lesquelles repose cette organisation
ainsi que leur mode de fonctionnement. L’administration. et
la gestion ne sont pas des fins en soi; elles ne sont que
des moyens mis en œuvre en vue de parvenir à l’objectif
REPUBLIQUE ALCERIENNE 30 juillet 1976
que se propose d’atteindre l’action. Dans les activités économiques, la gestion se situe en aval et en amont de la production. Elle assure la logistique de l’action de production proprement dite, dont elle organise également le processus technique.
Sur un plan plus général, l’administration règle les relations
qui existent entre tous les secteurs de l’activité nationale A
ce titre, son comportement en son deroulement ont des répeг-
cussions directes sur la vie du pays. La fonction administrative
apparait ainsi comme étant primordiale dans l’économie. Pour
une entreprise socialiste, la manière dont sont assumées les
tâches administratives devient à la fois la condition et la
marque de la réussite. 1. convient, par conséquent, que les
entreprises socialistes travaillent pour améliorer sans cesse
leurs méthodes administratives et qu’elles y affectent un
personnes dont les qualifications doivent être perfectionnées
d’une façon constante. Il importe d’observer que les résultats
auxquels sont parvenus les pays avances et ceux qui ont réussi
Cur développement sont dus, dans une large proportion, à
‘efficacité avec laquelle sont administrées leurs affaires et à
l’efficience de leurs méthodes d’organisation.
Cependant, quand les structures administratives font de leur
propre existence la finalité de leur action, phénomène de
la bureaucratie se substitue à une véritable gestion et devient,
pour la production et la marche des affaires, une source de
sclerose et d’étouffement. Ce phénomène atteint son paroxysme
torsqu’il imprègne le comportement des responsables et de
tous ceux qui détiennent l’autorité. Les décisions sont alors
prises sans aucune considération pour les nécessités de la
production et du travail au niveau des réalités souvent
même, elles se trouvent en contradiction avec l’intérêt de
t’entreprise. Une telle situation peut naître egalement d’une
conception erronée de l’adıministration, laquelle en prétendant
mieux gérer, aboutit à vouloir tout régenter et engendre en
définitive un système rigide qui étouffe l’initiative et détruit
l’esprit créateur.
La bureaucratie ne constitue pas un phénomène spécifiquement interne à l’entreprise et aux organismes économiques.
L’appareil de l’Etat, à tous les échelons, est également sujet
au mal bureaucratique et peut être la source d’entraves particulierement contraignantes pour le bon for ctionnement des
entreprises et de l’activité économique. La bureaucratie, dans
l’appareil de l’Etat se caracterise surtout par la multiplication
aes procédures et des réglementations qui, en plus du fait
qu elles sont parfois superflues et n’apportent aucune solution
aux problèmes qu’elles sont censées régler, finissent souvent
par se contredire entre elles et par former un enchevêtrement
con.plexe qui désorienté les opérateurs économiques et déroute
les simples citoyens. Bien plus, elles peuvent susciter des problèmes nouveaux encore plus préjudiciables que ceux qu’elles
entendent prévenir ou résoudre. Certes, les exigences de l’organisation et du contrôle impliquent l’existence de procédures
appropriées. Mais il s’agit de distinguer les réglementations
dépassées et entretenues par la routine, des procédures indispensables au bon fonctionnement de l’organisation et à l’accomplissement du contrôle socialiste. La lutte contre la multiplication des procédures inutiles fait partie de la bataille du
céveloppement, car elle permet d’économiser un temps précieux dans l’édification de la nation en même temps qu’elle
introduit une dimension importante à la Révolution culturelle
aans le sens de la constitution d’une administration vouée au
service du peuple.
Pour prévenir l’ensemble des inconvénients de la bureaucratie,
l’intervention de la base devient salutaire. Les assemblées
populaires et les assemblées de travailleurs, au sein des entreprises, des unités autogérées et des coopératives, constituent à
la fois un signai d’alarme pour attirer l’attention des responsables et un centre de reflexion et d’action pour déclencher
les mécanismes correcteurs.
Les assemblées populaires et les assemblées de travailleurs
J’affirment, de la sorte, comme un moyen démocratique de
réagir contre le phénomène bureaucratique; mais il appartient
aux instances responsabies, à tous les niveaux, de rechercher
et de mettre en œuvre les solutions adequates pour maintenir
ou ramener les structures administratives à leur rôle de soutien
a la production et à la bonne marche des affaires du pays. Le
meilleur remède contre la bureaucratie tient, en définitive, à
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE ALGERIENNE
ia perspicacité et à la diligence avec lesquelles l’appareil
administratif de l’Etat et les structures de gestion de l’économie
travaille à la détection et à la correction de leurs propres
insuffisances, ainsi qu’à l’amélioration de leurs méthodes et
de leur efficacité.
L’action consciente des cadres et militants révolutionnaires,
au sein de l’appareil administratif de l’Etat et des structures
de gestion comme dans le cadre de l’action du Parti et des
organisations de masse, aussi bien que le contrôle et la participation de la masse des travailleurs à la gestion, au travers
ae leurs assemblées au sein des coopératives agricoles et dans
le cadre de la gestion socialiste de l’entreprise constituent,
e verite. l’antidote le plus actif pour prévenir et enrayer les
risques provenant de la bureaucratie.
S’il est nécessaire de mener une lutte résolue contre toute
forme de bureaucratie, il convient, cependant, d’observer avec
la plus grande circonspection les agissements qui, sous le
couvert de la critique de la bureaucratie, masquent en réalité
des tendances qui visent au depérissement de l’Etat et n’aboutissent qu’à étendre le lit de la réaction. Aussi, faut-il prendre
garde aux pseudo-théories sur le socialisme qui n’expriment, en
fait que les récriminations d’un égalitarisme petit bourgeois
et qui, comme l’expérience l’a montré dans de nombreux pays,
font le jeu des forces conservatrices, en diffusant des germes
dissolvants qui conduisent à la déliquescence de la Révolution.
La restauration de la souveraineté nationale, la construction
du socialisme la lutte contre le sous-développement, l’édification
d’une économie moderne et prospère et la vigilance contre
les dangers exterieurs exigent un Etat solide et sans cesse
renforcé, non un Etat invité à dépérir, alors qu’il ressurgit à
peine du néant sous prétexte que le socialisme, pour faire
epanouir l’individu et favoriser son émancipation, est incompatible avec l’existence de hiérarchies centralisées et d’une
organisation structurée.
4 - La gestion des entreprises socialistes doit de plus en plus
obéir aux normes de l’efficacité économique.
La mise sur pied de l’entreprise socialiste a créé le cadre
organisationnel adéquat qui permet aux différentes branches
de l’économie, en dehors des activités de production de l’agriculture organisées selon d’autres formules, de se structurer et
de donner naissance à des entités dont l’organisation aura
à s’adapter aux différentes étapes du développement national
et aux progrès réalisés dans la maîtrise de la technologie et
des techniques modernes relatives à la gestion des entreprises.
L’entreprise nationale englobe souvent et à l’échelle de
l’ensemble du territoire, toute l’étendue d’une branche sectorielle
et, dans le reste des cas, elle couvre des sections déterminées
et cohérentes de l’activité economique. intégrant parfois entre
elles les fonctions de production, de commercialisation e de
services, afin de mieux assurer le soutien de la production et
de renforcer l’efficacité des moyens disponibles.
Dans les conditions d’un pays marqué par les contraintes
héritées du sous-développement colonial, l’édification de la
société nouvelle et la construction de l’économie ne peuvent
se faire que sous l’égide de l’Etat dont l’intervention est
nécessaire pour coordonner les efforts, pour impulser et diriger
les actions qui visent à suppléer à l’absence d’un encadrement
humain adéquat et de traditions établies en matière de gestion
et de fonctionnement des activités économiques, sociales et
culturelles modernes et pour affronter toutes les difficultés
inhérentes à l’insuffisance d’un environnement interne favorable et a l’existence de situations extérieures le plus souvent
hostiles.
Cependant, la concentration des moyens que le Pouvoir révoutionnaire a voulu obtenir dans le but de donner, aux entreprises socialistes, l’envergure nécessaire à la réussite de leur
mission, ne doit pas déboucher sur la centralisation paralysante et sur la bureaucratie étouffante.
La force d’une entreprise dépend davantage de la manière
dont elle utilise les moyens qui lui sont accordés que du
volume de ces moyens.
C’est la raison pour laquelle la structure de l’organisation
interne de l’entreprise, comme les règles qui régissent sa
gestion, doivent respecter les principes de la déconcentration
et de la décentralisation dont le Pouvoir révolutionnaire a fait
des fondements de l’organisation politique et économique du
pays.
A cet effet, il revient à la direction et aux services centraux
de se réserver ce qui concerne la détermination de la politique
de production, de commercialisation, de développement et de
contrôle, ainsi que ce qui a trait à la mise en place des
structures et des moyens les plus adaptés à la réalisation des
objectifs impartis à l’entreprise et tout ce qui concourt à
renforcer l’efficacité de l’entreprise et à élever le niveau de
sa rentabilité ainsi que celui de la productivité de ses travailleurs.
Par ailleurs, une large liberté d’initiative doit être laissée
à l’unite et aux grandes divisions qui correspondent à la
répartition des tâches établies à l’intérieur de l’entreprise,
de telle sorte que le travail d’exécution puisse s’accomplir
sans entrave et ne pas subir le carcan d’une bureaucratie
inutile.
L’entreprise à caractère national est placée sous l’autorité
directe du Gouvernement par le truchement du ministère qui
en assume la tutelle. Cette tutelle est assumée par la wilaya
pour les entreprises de wilaya et par l’A.P.C. en ce qui concerne
les entreprises communales. Les activités de toutes ces catégories d’entreprises s’exercent, suivant leur nature, dans le
cadre des règles fixées par le Gouvernement selon les compétences attribuées aux différents départements ministériels.
Quand il a fallu aborder la construction du pays et amorcer
le développement, il était nécessaire de s’attacher en priorité
à ce qui devait permettre d’atteindre les objectifs fixés, en
cherchant d’abord à surmonter les énormes obstacles nés de
la situation. léguée par la colonisation. Le moment est cependant
venu, au sein de toutes les entreprises socialistes comme pour
l’ensemble des unités et des coopératives du secteur productif
agricole, de faire prévaloir la rigueur des règles de la gestion
et de restituer de plus en plus la priorité à l’efficacité économique reposant sur les résultats financiers, au fur et à mesure
que seront réalisés les objectifs. supérieurs de la Révolution.
Elles doivent, en particulier, déployer tous les efforts nécessaires
pour diminuer leurs coûts de production et de distribution,
améliorer la qualité de leurs produits, et livrer ces produits
à des prix de plus en plus compétitifs. C’est à ces conditions
que la croissance économique du pays et que la poursuite de
la marche vers le progrès technique, culturel et social seront
assurés de la continuité nécessaire à la prospérité et à l’épanouissement de la nation.
Par ailleurs, les entreprises socialistes doivent s’animer de
plus en plus du souci de contenter au maximum les exigences
dc leurs clients et de donner la meilleure satisfaction possible
aux consommateurs et aux utilisateurs de leurs produits et de
leurs services. La recherche de la qualité et de la diligence
deviendra de la sorte le signe distinctif de l’aptitude de
chaque entreprise socialiste à assumer sa mission vis-à-vis
de la population. Les entreprises socialistes devront se pénétrer
de l’idée que ce sont elles qui sont au service du peuple et
non l’inverse et qu’elles ont des obligations envers le public.
Du reste, la satisfaction qu’elles donneront à leur clientèle,
ne peut que stimuler l’écoulement de leur production, ce qui
constitue un facteur déterminant pour la continuité de leur
expansion et de leur prospérité.
Dans la mesure où ces principes d’organisation et ces règles
de fonctionnement sont respectés et où leur mise en œuvre,
sur le plan pratique, s’effectue d’une manière correcte utilisant
toutes les ressources des techniques modernes sur la gestion
des entreprises, l’entreprise socialiste en Algérie fonctionnera
comme un organisme vivant et efficace, suscitant sa propre
dynamique et jouant, au sein de l’économie, une fonction
d’impulsion et de renouvellement, cui est la source de la
croissance et du progrès.
5 Les formes de gestion ne constituent pas un dogme
immuable.
Si l’élimination de l’exploitation de l’homme par l’homme,
l’appropriation collective des moyens de production, l’exercice
du pouvoir d’Etat par les forces sociales de la Révolution, la
participation des travailleurs à la gestion et la répartition
équitable du revenu national représentent les bases fondamentales du socialisme et constituent des principes permanents qui ne sauraient être changés sans entraîner une alté
ration du caractère socialiste de l’organisation sociale, les
structures de la gestion, qu’il s’agisse de l’entreprise socialiste,
742 JOURNAL OFFICIEL DE LA
de l’autogestion ou de la coopérative sont, par contre et de par
leur nature merae, periectibles et par conséquent évolutives.
Elles ne représentent pas un dogme immuable. Cela signifie
que ces structures peuvent être amendées, perfectionnées ou
transformées en fonction de l’expérience, des nouveaux objectifs
à atteindre, du développement des forces productives, de l’élévation du degré de maturité de la conscience sociale des
travailleurs et de l’avancement du progrès sous toutes ses
forn.es.
TITRE IV
LA DEFENSE NATIONALE
Le Front de Libération Nationale et l’Armée de Libération
Naticuale, indissolublement liés, ont puisé, l’un et l’autre
leur raison d’etre dans la volonté libératrice de la Nation
algérienne contre le joug colonial, et en s’appuyant sur les
énergies vives du peuple tout entier. Appliquant les principes
stratégiques de la guerre révolutionnaire, l’Armée de Libération
Nationale a constitué le fer de lance d’une lutte dont le peuple
algérien est sorti victorieux.
La guerre de iibération a forgé la conscience révolutionnaire
des militants-soldats de l’Armée de Libération Nationale issus
des masses pobuisires et particulièrement de la paysannerie
dont les sacrifices visaient, au-delà de l’indépendance, à la
transformation radicale de la société. De ce fait, se trouvait
exclue la conception traditionnelle qui, en isolant le soldat
du peuple, fait de l’armée une institution en marge de la
société. Dans les pays du Tiers-Monde, il ne saurait y avoir
de Révolution sans une armée acquise à la Révolution.
Héritière de l’Armée de Libération Nationale, l’Armée
Nationale Populaire en a revêtu le caractère profond et
constitue, à ce titre, le premier bouclier de l’Etat socialiste.
L’Armée Nationale Populaire est apparue au lendemain
de l’indépendance comme la seule force cohérente et structurée
pouvant faire face aux graves problèmes qui se posaient alors
au pays. C’est pour remédier au vide économique et administratif de l’époque que nombre de ses cadres ont été
versés dans les différents services du Parti et l’Etat.
Aussi, tout en menant la mission difficile de sa propre
reconversion, l’Armee s’est réorganisée en fonction des tâches
nouvelles de la Révolution. Il fallait, dans le cadre d’objectifs
constamment enrichis, non seulement assurer la défense du
pays, mais aussi participer à la reconstruction nationale
et contribuer à l’approfondissement des options socialistes
C’est ainsi que l’A.N.P., garante de l’indépendance et de
la souveraineté du pays et facteur de stabilité et d’unité
nationale, s’est vue confier, d’une façon permanente, les
missions suivantes :
défendre l’intégrité du territoire et l’intangibilité de ses
frontières,
- défendre la Révolution socialiste,
contribuer au développement du pays et à l’édification
d’une société nouvelle.
Parmi les tâches militaires que l’A.N.P. a dû accomplir,
il y a lieu de noter son action pour la défense de l’intégrité
du territoire national et sa participation à la lutte contre
les agressions sionistes au Moyen-Orient. En outre, conformément aux options du pays, elle n’a pas ménagé son soutien
tant aux mouvements de libération des pays encore sous
domination coloniale ou confrontés à la politique d’apartheid
et de discrimination raciale, qu’aux Etats amis menacés
par l’impérialisme.
L’engagement de l’A.N.P. aux côtés des paysans pauvres
et des travailleurs de la terre s’est concrétisé dans tous
les domaines. Ainsi, l’A.N.P. a contribué, d’une façon substancielle à l’application de la charte de la Révolution agraire.
De même, dans le cadre de la Révolution industrielle, l’A.N.P
a participé à des travaux d’envergure et contribue au succès
des mesures de récupération des richesses nationales. Au plan
de la Révolution culturelle, l’A.N.P. a attaché son nom
à d’importantes réalisations dans les constructions d’ensembles
scolaires et universitaires En particulier. elle a procede
la cession à des fins educatives, d’une partie du patrimoine
REPUBLIQUE ALGERIENNE 30 juillet 1976
relevant initialement du domaine de l’Armée telles que
les case casernes et les terrains militaires. L’A.N.P. a apporté,
par ailleurs, sa contribution aux campagnes d’alphabétisation
et d’arabisation, et à la formation de techniciens et spécialistes
pour l’économie nationale. A ces réalisations, il convient
d’ajouter l’exécution d’un certain nombre de tâches importantes
telles que le déminage des régions frontalières, la route
de l’Unité africaine, le barrage vert, la défense et la restauration
des sols, et la construction des villages socialistes agricoles,
qui s’inscrivent dans le cadre de la Révolution agraire et
de la lutte contre les disparités régionales.
L’Armée Nationale Populaire est l’organisme permanent de
défense autour duquel s’articule l’organisation et le renforcement de la défense nationale.
La politique de défense nationale est déterminée en fonction
des options idéologiques du pays, de l’expérience révolutionnaire
acquise au cours de la lutte armée, du progrès technologique,
des réalités et de la position du pays.
Arabe, africaine et méditerranéenne, l’Algérie se trouve
à un carrefour du monde où les conflits et les tensions
entre les puissances trouvent leurs répercussions immédiates.
Cette position stratégique et les options idéologiques de
l’Algérie n’en rendent que plus impératif son souci de
préserver la souveraineté nationale et lui impose une politique
de défense qui la mette à l’abri des influences étrangères.
Pays non aligné, l’Algérie ne saurait s’accommoder de la
stratégie des blocs ni devenir un enjeu de la politique
des grandes puissances avec ce qu’elle implique comme bases
et pactes militaires.
L’Algérie milite pour la paix, la coexistence pacifique,
la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats
et le règlement négocié des problèmes internationaux. Elle
aspire à avoir des relations amicales avec tous les pays
du monde et à vivre en paix à l’intérieur de ses frontières.
Elle ne nourrit aucune visée agressive ou expansionniste.
C’est dire que sa conception de la défense revêt un caractère
purement défensif. Les responsabilités suprêmes en matière
de défense et de mise en œuvre des forces armées relèvent
de la Direction du pays à laquelle il appartient d’arrêter
la politique de défense.
La défense nationale doit être populaire, globale et intégrée,
permanente et évolutive, se développant harmonieusement
avec la politique économique et sociale du pays.
Pour être conséquente avec l’esprit de la Révolution, la
conception de défense nationale doit raire du acteur populaire
un élément décisif de sa stratégie, celle-ci s’appuyant sur
le nombre, l’espace et la durée.
Les vertus traditionnelles du peuple algérien, son farouche
attachement à la terre et à la liberté, sa foi dans
l’indépendance ses capacités révolutionnaires ont été à l’origine
des succès de la guerre de libération nationale Ces vertus
sont toujours en honneur dans notre pays. Notre conception
de la défense nationale doit donc puiser ses sources dans
l’Histoire militaire de notre pays, tant il est vrai que
l’expérience accumulée dans l’épreuve constitue un cadre
de référence à la mesure du génie du peuple algérien. Redevenu
maître de ses destinées, le peuple peut et doit faire face
à tous les dangers ou agressions qui pourraient menacer
l’indépendancé nationale, l’intégrité du territoire et la sécurité
de la Révolution.
La réalisation de cet objectif nécessite la structuration
rationnelle et judicieuse de toutes les forces populaires. Forces
principales de la Révolution, les paysans, les travailleurs,
les jeunes constituent un réservoir immense d’énergie et de
vertus combattantes. Leur contribution effective à la défense
nationale sera fonction du niveau de conscience qu’ils pourront
acquérir grâce à une politique d’éducation, de formation
idéologique et d’encadrement. Une telle préparation sera
assumée par l’A.N.P.
Pou. réaliser une défense nationale populaire, il importe
de solutionner le problème de la formation militaire du peuple
pour qu’il puisse accomplir efficacement son devoir dans
le domaine de la defense nationale En e qui concerne la
jeunesse, en particulier. une préparation militaire adéquate
peut lui être assuree au cours de ses études.
30 juillet 1976 JOURNAL OFFICIEL DE LA
La notion de défense nationale doit exprimer la capacité
de la nation à mobiliser toutes les énergies susceptibles d’assurer
la sécurité du pays et de la Révolution.
Le potentiel économique constitue un paramètre fondamental
dans toute politique de défense nationale. L’économie et la
défense nationale sont intimement liées, en ce sens, que
le développement économique du pays exige en même temps
une défense nationale conséquente, tout comme la politique
de défense repose sur l’économie et doit en tenir compte.
Toute politique de défense nationale à caractère populaire
doit donc s’inscrire dans la perspective de son intégration
dans les différents secteurs de la vie économique. Cette
conception de défense nationale trouvera sa projection pratique
dans tous les secteurs et particulièrement ceux qui représentent
une importance pour la continuité de la sécurité de l’édification
socialiste.
Par delà, les organismes spécialisés qui ont pour tâche
essentielle d’assurer et de garantir la sécurité nationale,
chaque citoyen doit pour sa part se sentir concerné par
cette dernière et y apporter sa contribution en donnant
la preuve de sa vigilance active au service du pays.
L’organisation de défense nationale doit être permanente,
c’est-à-dire être en mesure d’assurer la sécurité du pays et
de la Révolution, en tout temps et en toutes circonstances,
contre toute agression. Elle doit viser à la préparation,
à la mobilisation et à la mise en état de défense de la nation
en cas de conflit et permettre une rapide reconversion
de toutes les énergies humaines et matérielles ainsi que
leur meilleure utilisation et leur protection efficace.
La défense nationale doit constamment évoluer pour s’adapter
aux techniques modernes. Les progrès technologiques font,
qu’aux moyeyns traditionnels s’ajoutent constamment des
moyens nouveaux qui bouleversent parfois, d’une façon radicale,
l’ensemble des problèmes stratégiques. Aussi, l’une des tâches
fondamentales de notre armée est d’élever sans cesse son
niveau technologique et d’accroître la capacité de résistance
de toute la nation.
La défense nationale répondra aussi bien aux exigences
des situations d’exceptions qu’aux nécessités d’une protection
continue de la Révolution. Cette protection revêt toute son
importance au moyent où le pays connaît de profondes
mutations dans tous les domaines.
Le pays est engagé dans la réalisation d’un certain nombre
d’actions qui ont pour but de concrétiser les options politicoéconomiques de la nation. La Révolution algérienne a touché
dans leurs fondements mêmes, les intérêts de tous ceux qui
à l’intérieur ou de l’extérieur, ont tenté ou tentent encore,
de s’accaparer les richesses nationales ou de les détourner
à leur profit au détriment des masses populaires. L’Algérie
mène, en outre, sur le plan international, une action qui
la place parmi les pays du Tiers-Monde, à l’avant-garde
de la lutte anti-impérialiste. Aussi ne doit-elle, en aucun
cas, sous-estimer les menaces latentes ou déclarées des forces
agressives attachées au maintien du système de dominatíon
des peuples et d’exploitation de l’homme par l’homme. Ces
menaces imposent une défense nationale puissante organisée
autour de l’A.N.P.
S’il appartient aux travailleurs, aux paysans et à la jeunesse
de défendre la Révolution et d’en assurer la sauvegarde,
l’A.N.P. doit demeurer quant à elle le bouclier contre lequel
viendront se briser toutes les tentatives de l’impérialisme, de ses
alliés et ses auxiliaires.
Mais ce rôle ne se limite pas seulement à la mission
de protection. L’A.N.P. constitue aussi un élément moteur
dans l’avance de la Révolution et l’édification du socialisme.
Elle est associée dans tous les domaines à la construction
de la société nouvelle. Son immense potentiel constitue
un facteur important dans la promotion de la Révolution
culturelle, de la Révolution agraire et de la Révolution
industrielle. Dans le cadre de la reconstruction et du progrès
social, l’A.N.P. a toujours été à l’avant-garde des réalisations
nationales dans la plupart des secteurs. Les tâches grandioses
de développement qu’elle accomplit en font une institution
totalement intégrée dans le mouvement global de la Révolution.
Le service national, par la formation militaire dispensée
aux jeunes appelés, constitue la base de la défense nationale
populaire. II obéit également à des objectifs qui sont insé-
RÉPUBLIQUE ALGERIENNE 743
parables du processus révolutionnaire d’édification socialiste.
Outre qu’il permet aux jeunes d’acquérir une formation
militaire, il a une profonde portée économique et sociale
dans la mesure où il élève leur niveau politique et culturel,
leur conscience sociale, et les intègre dans des actions de
développement.
Il amène la jeunesse à vivre, à sentir et à mieux comprendre
les conditions d’existence des masses populaires, à se mettre
en contact direct avec les réalités, à se confronter sur le
terrain aux difficultés objectives auxquelles se heurtent les
efforts de développement
Les jeunes prennent alors connaissance de toutes les
dimensions de la Révolution, en saisissent l’ensemble des
composantes et des implications et comprennent qu’elle se
réalise non en théorie mais par l’action anonyme quotidienne
et désintéressée sur le terrain. Ils sont alors amenés à donner
au concept de Révolution son sens réel et son contenu
concret.
En ce sens, le service national contribue efficacement à la
diffusion et au renforcement de la mentalité socialiste.
Sa conception et son mode d’organisation doivent en faire
une véritable école de socialisme car il donne l’occasion
aux jeunes de connaître une vie communautaire fondée sur
une égalité stricte de traitement entre tous ses membres,
leur inculque le sens de l’austérité au profit de la collectivité
et leur permet de renforcer le sens de l’effort désintéressé
au profit de la promotion populaire. Le service national
donne ainsi à la jeunesse la possibilité de s’élever à la
responsabilité sociale et leur fait prendre conscience de la
nécessité de la discipline librement consentie, fondée sur
l’accord de tous quant aux objectifs visés, accord qui transcende
les velléités individuelles et fait d’un groupe d’hommes,
une unité soudée autour de ces objectifs. Tous ces facteurs
font du service national un moyen d’éducation révolutionnaire
qui forge des militants conscients capables de concevoir
les solutions les plus appropriées pour dynamiser encore plus
le processus révolutionnaire du pays.
Mais de par ses composantes et ses objectifs, le service
national prend aussi une autre dimension: il consolide
la solidarité nationale. Par le brassage de jeunes venant
de couches sociales diverses et de niveaux intellectuels différents
qui partagent la même vie et exercent le même travail,
il accroît chez eux le sens de la solidarité, de l’égalité
et du devoir dans le cadre de la participation à la défense
nationale et aux efforts de développement. Il fait ainsi,
dans l’action, prendre conscience aux jeunes de leur communauté d’aspiration avec les ouvriers et les paysans et leur
volonté de participer à l’édification d’une société où tous
les citoyens pourront avoir une vie digne et décente et
les mêmes chances de promotion sociale.
Le service national est une organisation de promotion
culturelle et sociale des jeunes issus des couches déshéritées
du peuple. Les cours d’alphabétisation qui sont destinés aux
appelés analphabètes, tant dans les casernes que sur les
chantiers, la formation professionnelle qui prend une importance de plus en plus grande dans l’éducation des jeunes
conscrits sans métier, donnent une autre dimension au
service national en tant qu’institution de promotion de la
jeunesse. Le service national se donne, ainsi, pour mission
de créer les meilleures conditions pour l’intégration des
appelés dans la vie économique et sociale afin qu’ils soient,
avec plus d’efficacité, les bâtisseurs de l’Algérie nouvelle.
Parmi les objectifs qui lui sont fixés, l’un des plus importants,
prolongeant celui de la défense nationale, est la mobilisation
de la jeunesse pour la réalisation des grandes tâches de
développement, en particulier en faveur des régions les plus
déshéritées du pays. Il est appelé à apporter une contribution
de plus en plus importante à l’effort d’édification générale
du pays, à la lutte contre les disparités régionales, au succès
de la Révolution dans toutes ses composantes. La transsaharienne constituera une réalisation importante par sa
portée nationale et intérafricaine. Le « barrage vert », qui
couvrira des milliers de kilomètres carrés, créera de nouvelles
conditions de vie et contribuera à transformer le visage
même de l’Algérie de demain.
C’est vers des tâches de cette nature que le service national
sera de plus en plus orienté. Les jeunes les accompliront
avec d’autant plus d’enthousiasme qu’ils seront convaincus
744 JOURNAL OFFICIEL DE LA
que leur travail contribue d’une façon décisive à l’amélioration
du sort des masses populaires, au développement du pays
et à l’avance de la Révolution.
Le service national s’intègre dans la défense nationale
Il doit s’effectuer dans le cadre de l’Armée nationale
populaire et permettre à tous les jeunes de recevoir une
formation militaire qui les rende capables d’être, à tout
moment, les défenseurs armes de la Revolution, de l’indépendance
nationale et de l’intégrité du territoire. Ainsi, de promotion
en promotion, pourra se réaliser progressivement l’objectif
politique de la préparation de tous les citoyens à la défense
nationale qui doit être l’affaire de tout le peuple.
Le service national est donc une institution fondamentale
dans le processus révolutionnaire, une composante essentielle
de la solidarité et de l’unité nationales autour d’objectifs
communs pour une société plus juste et plus prospère.
Il est un devoir envers le peuple et la Révolution où la
défense et le développement sont profondément intégrés.
TITRE V
LA POLITIQUE EXTERIEURE
Lo politique extérieure de l’Algérie est le reflet de sa
politique intérieure. Elle vise fondamentalement à servir
les intérêts supérieurs du peuple algérien et de sa Révolution
en veillant aux impératifs de sécurité et de défense de la
souveraineté nationale. Notre option pour une société socialiste
fondée sur l’indépendance nationale, la justice sociale, l’égalité
entre les citoyens, la promotion de l’homme et la lutte
contre le sous-développement, détermine la conception de
notre politique extérieure L’Algérie œuvre au renforcement
de la solidarité dans la utte contre le colonialisme, le néocolonialisme et l’impérialisme. A cet effet, son action s’inscrit
en faveur de l’appui inconditionnel des peuples en lutte
pour leur libération nationale et pour le respect de l’exercice
de leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance
de même qu’elle poursuit un combat inlassable pour un
nouvel ordre économique dans le monde et des rapports
internationaux garantissant le droit de tous les Etats de
participer au règlement des grands problèmes de notre temps.
L’extension des forces socialistes et démocratiques dans le
monde, le développement impétueux du mouvement de libération
nationale, créent de plus en plus des conditions historiques
favorables à la cause de l’indépendance nationale et de
l’émancipation économique et sociale des peuples du Tiers-
Monde.
Le recul de la guerre froide et les progrès accomplis
par la détente internationale du fait, notamment, de « l’équilibre nucléaire», n’ont pas entraîné la paix et la sécurité
pour tous.
C’est en Asie, en Afrique et en Amérique latine que se
situent, de plus en plus, les guerres, les complots, les coups
d’Etat organisés de l’extérieur et que les luttes les plus
violentes sont menées pour s’assurer l’hégémonie sur la planète
Le Tiers-Monde est devenu le lieu privilégié où éclatent
et s’aiguisent les grands conflits du monde contemporain
L’une des caractéristiques principales de notre époque réside
dans la contradiction fondamentale entre, d’une part, les
forces agressives de l’impérialisme et, d’autre part, le mouvement
de libération des peuples du Tiers-Monde.
L’Algérie se félicite des progrès réalisés par la détente
internationale qu’elle considère comme מני élément capitas
de l’évolution du monde vers le progrès et la paix. Elle ne
saurait, cependant, accepter une interprétation restrictive
qui limiterait la détente aux pays développés, et vouerait
le reste du monde, c’est-à-dire l’écrasante majorité de
l’humanité, aux affres de l’exploitation, de l’insécurité et
de la guerre.
Une coexistence pacifique qui n’engloberait pas tous les
peuples, serait dangereuse et sans lendemain. Car il serait
vain de parler de détente, si les tensions et les conflits,
éliminés de certaines zones géographiques, devaient reprendre.
de plus belle, dans d’autres. La paix est indivisible. Elle doit
être globale et concerne non seulement les rapports entre